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Thomas Charat, nouveau Président de l'UJA de Paris : "L’association au sein d’une structure ne doit pas être l’alpha et l’oméga d’une carrière"

Par LJA - LETTRE DES JURISTES D'AFFAIRES

L'Union des jeunes avocats (UJA) de Paris a élu son nouveau président en la personne de Thomas Charat, auparavant vice-président du syndicat. Avocat depuis 2006 et associé fondateur du cabinet RCCL Avocats, il succède à cette fonction à Aminata Niakate. Entretien.

Quelles seront les priorités de votre mandat à la présidence de l'UJA de Paris ?
Nous, jeunes avocats, devons être fiers de notre profession et optimistes, et guider nos confrères vers l’exercice de demain. Nous devons rassurer ceux qui n’ont pas foi en l’avenir et sont très inquiets, en faisant œuvre de pédagogie et en les accompagnant dans leur exercice professionnel et ses nécessaires évolutions compte tenu des nouvelles données du marché. Pour cela, il nous faut une ambition communicative et être au plus près de nos confrères, avec beaucoup d’écoute et des outils dédiés.
Nous sommes des entrepreneurs et devons agir comme tels en nous adaptant aux évolutions sociétales, aux mutations profondes du marché de la prestation juridique et aux nouvelles demandes des justiciables...


Nous sommes des entrepreneurs et devons agir comme tels en nous adaptant aux évolutions sociétales



L’adaptation, notamment, aux nouveaux modes de consommation du droit est un enjeu important, qui doit se faire toujours dans le respect de notre déontologie. Attaquée de toute part par ceux qui pensent – à tort – que déréguler c’est avancer, nous devons la défendre ardemment. Notre déontologie doit rester notre socle, notre valeur ajoutée dans un monde en mutation, tout en ancrant notre pratique dans son temps.

Nous devons transmettre aux entreprises le message que nous sommes leurs interlocuteurs naturels, ainsi qu'à nos confrères. Les derniers débats sur la domiciliation de l’avocat dans l’entreprise montrent que nombre d’entre eux ne se sentent pas être les interlocuteurs privilégiés de l’entreprise. La dernière étude de l’Observatoire du Conseil national des barreaux sur le marché des PME vient renforcer notre conviction. Il en ressort en effet une image très positive des avocats auprès des chefs d’entreprise, ainsi que des attentes fortes : un avocat plus présent à leur côté, réactif et démontrant sa connaissance de l’entreprise.

Nous accompagnerons la profession dans la voie d’une modernisation raisonnée de nos règles, dont nous rappellerons qu’elles sont notre plus-value dans la conquête des marchés. Les réflexions et les actions auprès des pouvoirs publics et de nos institutions représentatives ne doivent jamais être décorrélées des services concrets rendus aux confrères qui permettent tout à la fois de rompre l’isolement de certains et de les accompagner dans la voie de la modernisation.

Selon vous, la profession d’avocat fait-elle toujours autant rêver les élèves-avocats malgré les difficultés d’insertion dans le monde professionnel ?
La profession fait toujours rêver en dépit des difficultés que vous évoquez. Les élèves-avocats sont attachés à la robe et au serment. Et il y a nécessairement de l’amertume, des désillusions et de la colère, pour ceux qui soit restent au bord du chemin, soit mettent du temps à trouver leur première collaboration.


Les élèves-avocats sont attachés à la robe et au serment



Nous constatons une réelle méconnaissance de la profession pour certains et une ultra-spécialisation dans des matières à faibles débouchés pour d’autres.
Il faudrait intervenir en amont, dans les facultés de droit et les instituts d'études judiciaires (IEJ), pour expliquer la profession, ce qu’elle recouvre, ses contraintes, les attentes des cabinets quant aux formations souhaitées, et sensibiliser les plus jeunes aux domaines et marchés les plus porteurs, car perpétuellement en quête de jeunes pousses. Cette pédagogie pourrait permettre de rétablir le juste équilibre entre rêve et réalité, et éviter nombre de désillusions.

Quels peuvent-être les débouchés pour les collaborateurs alors que l’accès à l’association est de plus en plus difficile ?
L’association au sein d’une structure ne doit pas être l’alpha et l’oméga d’une carrière. Une première piste pourrait être de repenser ce schéma qui consiste à opposer les associés aux non-associés.


Être associé implique, en principe, une fibre entrepreneuriale que tous les avocats n’ont pas ou n’ont pas envie de sur-développer



Être associé implique, en principe, une fibre entrepreneuriale que tous les avocats n’ont pas ou n’ont pas envie de sur-développer. Il faut en outre correspondre à certains critères, à certains codes propres à chaque structure. L’association dans ces structures est un subtil mélange entre le dit et le non-dit.
Repenser ce schéma passe, au sein des cabinets structurés, par la mise en place de parcours d'association diversifiés : un pour ceux qui sont d’excellents praticiens mais n’ont pas d’appétence pour le développement de clientèle – les techniciens – et un autre pour ceux qui, au contraire, sont des apporteurs d’affaires. Un tel parcours ne peut être effectif sans un véritable statut de collaborateur senior qu’il nous faut proposer.
Une autre piste pourrait consister à développer le réflexe "avocat hors cabinet" et à permettre une plus grande mobilité entre le barreau et le monde extérieur. La suppression de la règle des 15 ans de cotisations auprès de la Caisse nationale des barreaux français (CNBF), réclamée par l’UJA, va dans le bon sens. Elle lève une barrière à cette mobilité et offre des perspectives aux avocats pour aller se former en-dehors du barreau, cultiver d’autres réseaux qui leur seront utiles une fois de retour dans la profession.

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