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Coronavirus : comment les cabinets s’organisent ?

A quelques heures de l'allocution d'Emmanuel Macron, comment les cabinets d’avocats vont-ils s’organiser ? Ont-ils déjà pris les devants ? La rédaction de la LJA a enquêté.

Lorsque l’enquête de la rédaction a débuté, le coronavirus n’était encore qu’une crainte en France. L’épidémie n’avait pas encore traversé les frontières transalpines. Très peu de cabinets avaient donc pris les devants. L’enquête s’est alors concentrée sur les maisons qui avaient déjà été confrontées au virus, c’est-à-dire celles ayant des bureaux en Chine. Et les langues se sont très facilement déliées, les personnes interrogées souhaitant toutes témoigner d’une situation véritablement anxiogène qu’ont vécue leurs équipes locales. Fanny Nguyen notamment, qui est associée de LPA-CGR Avocats. Le cabinet dispose d’un bureau en Chine continentale, à Shanghai, qui compte une dizaine de salariés -les avocats ayant sur place un statut de juriste salarié selon le droit local. Elle raconte : « L’épidémie a réellement démarré un peu avant le nouvel an chinois, alors que l’ensemble des salariés du pays allait entrer en période de congé national. Le travail aurait dû reprendre le lundi 3 février, mais les autorités ont prolongé les jours fériés jusqu’au 10 pour limiter la propagation. Les immeubles de bureaux étaient donc fermés ». Lorsque les autorités ont finalement levé les interdictions locales, le travail a été réorganisé. « En tant qu’employeur, nous devons assurer un environnement de travail respectant les conditions de sécurité. Des mesures sanitaires ont bien sûr été prises, comme le port du masque, l’installation de distributeur de liquides antibactériens, des contrôles de fièvre, etc. Mais il ne faut pas non plus négliger l’aspect psychologique des salariés et le climat anxiogène qui existe, notamment dans les transports en commun ». Elle raconte également que les autorités placent d’elles-mêmes en quarantaine une personne sans même qu’elle ait de symptôme avéré, mais parce qu’elle a pris le même bus qu’une autre personne contaminée. « On peut se retrouver confiné chez soi pendant deux semaines, du jour au lendemain. Il faut pouvoir l’anticiper autant qu’on peut », explique-t-elle. Anne Séverin, associée responsable de l’activité Chine chez DS Avocats, raconte à son tour que, lors de la reprise du travail dans leur bureau de Shanghai, les salariés ont eu la grande maîtrise de leurs déplacements au regard de leur crainte de se faire contaminer dans les transports. « Nous avons autorisé le travail à distance sans aucune limitation, ce qui n’a pas contraint notre activité puisque nos clients n’ont pas sollicité de réunion physique. Dans les faits, après avoir été isolés plusieurs jours chez eux, la majorité des salariés a décidé de revenir au bureau pour retrouver une vie sociale. Une restauration sur place a donc été organisée car les restaurants demeurent fermés ». Si tout n’est pas encore revenu à la normale à Shanghai, le cabinet a néanmoins pu compter sur son bureau de Pékin qui, lui, n’a pas été fermé sur ordre des autorités locales. « Nous avons, là aussi, été très pragmatiques dans le traitement de chaque cas personnel. Le travail à distance a bien sûr été autorisé et l’activité a été intense. Nous avons donné un rôle moteur au bureau de Pékin en mettant en place une veille pour toutes les questions sociales rencontrées par les clients. Si l’épidémie se propage en France, le bureau de Pékin aura fixé le tempo pour pouvoir organiser toutes nos équipes », poursuit-elle.

La place parisienne se prépare

L’épidémie a désormais atteint l’Europe. Les cabinets doivent s’organiser. On a d’ailleurs appris en fin de semaine dernière, la fermeture temporaire du bureau de Londres de Baker McKenzie après la suspicion d’un cas – qui s’est finalement avéré négatif. À l’heure où nous bouclons ces pages, rien de semblable en France. Les autorités se disent en alerte mais aucune mesure de confinement n’est imposée au sein des entreprises. « La mise en quarantaine d’office par les autorités serait du jamais vu en France. Mais elle est possible », reconnaît Sophie Mariner, associée spécialiste de la mobilité internationale chez LPA-CGR avocats.

Au-delà des mesures préconisées par les ministères, plusieurs cabinets ont déjà activé des plans d’urgence. Au premier rang desquels, Gide. Frédérique Misk Malher, secrétaire générale de la maison, témoigne : « À Paris, nous nous sommes organisés très tôt. Le comité exécutif a décidé, dès la fin du mois de janvier, de publier des communications sur le virus et sa prévention. En début de semaine dernière, nous avons pratiqué le confinement pour tous les collaborateurs ayant voyagé dans des zones à risque. Ils exercent désormais de chez eux et sont payés à 100 % ». Depuis, les déplacements en Chine et en Italie, notamment, sont interdits. « L’objectif, poursuit-elle, est d’éviter de nous retrouver dans une situation où l’épidémie se développerait à l’intérieur de nos bureaux. C’est un principe de précaution qui, même s’il peut être considéré par certains comme créateur de stress, répond néanmoins à un intérêt collectif. Notre volonté est d’adapter nos mesures au jour le jour et de communiquer le dispositif auprès des collaborateurs pour une parfaite compréhension et adhésion ». Nul doute que les autres cabinets suivront le pas dans les prochains jours. Une occasion, pour certains, de découvrir les bienfaits du télétravail.

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