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Patrick Sayer : « J’ai appris à ne pas avoir peur du droit »

Paru dans LJA Magazine n°53 - Mars/Avril 2018

Patrick Sayer, ancien président du directoire d’Eurazéo, a laissé la main en mars à Virginie Morgon. Juge consulaire depuis 2014, il a le projet de s’investir encore davantage dans ces fonctions et avoue s’être découvert une véritable passion pour la chose juridique. Portrait.

Patrick Sayer est d’abord réticent à se raconter. « Les juges sont tenus à la discrétion !», lance-t-il. Puis, il finit par accepter. « J’ai été élevé aux écoles de la République » rappelle-t-il d’emblée. « Je me suis senti redevable ». Cet ancien de Polytechnique et des Mines explique notamment ainsi son engagement comme juge consulaire au Tribunal de Commerce de Paris. « Je n’avais jamais fait d’études de droit, mais au cours de ma vie, j’ai rencontré des personnes qui m’ont marqué et qui m’en ont donné le goût ». Un grand-père magistrat d’abord, et puis son beau-père, Marc Bret, qui fut président de chambre au tribunal de commerce de Versailles et de Nanterre. « Le week-end, il étalait ses dossiers dans la salle à manger, pour préparer ses jugements, et nous discutions beaucoup ». Patrick Sayer a été banquier d’affaires pendant plus de 20 ans chez Lazard, puis a dirigé la société d’investissement Eurazeo, autant d’occasions de travailler étroitement avec de grands juristes et de grands avocats. Daniel Boullet, d’abord, qui a été secrétaire général chez Lazard, ou André Dupont-Jubien, aujourd’hui avocat, qui lui a succédé après avoir mené une carrière de magistrat et dirigé le service juridique de la COB. « J’ai également eu le plaisir de côtoyer d’immenses avocats comme le regretté Jean-François Prat ou Jean-Michel Darrois mais aussi Jean Veil, qui est devenu un ami proche». Avec eux, il a surtout été question de droit des affaires, sur des opérations parfois très complexes. C’est surtout du plaisir à travailler avec eux et avec leurs collaborateurs que Patrick Sayer retient de ces échanges.  « Ces gens m’ont appris à ne pas avoir peur du droit, à le prendre simplement. Pas comme quelque chose que l’on subit, mais comme une aide ». Patrick Sayer a eu, par ailleurs, l’occasion de comparer notre droit avec les systèmes juridiques étrangers, ayant travaillé chez Lazard New-York mais aussi en tant qu’administrateur de sociétés cotées aux USA.  Il en conclut que nous avons la chance en France d’avoir un corps de règles très claires marquées par le bon sens. « Il a indiscutablement un véritable goût pour le droit et prend réellement plaisir à entrer dans des problématiques juridiques », souligne le professeur Nicolas Molfessis, qui le connaît depuis de nombreuses années. Il estime que Patrick Sayer, contrairement à beaucoup de non-juristes confrontés au droit, essaye, lui, de creuser et d’approfondir les questions.

L’engagement comme juge consulaire

Patrick Sayer, président du Directoire d’Eurazeo pendant 16 années a mené l’internationalisation et la transformation de la société d’investissement. Il a passé la main le 19 mars à Virginie Morgon. Même s’il reste administrateur de plusieurs sociétés comme Europcar ou Accor, il dispose désormais de plus de temps à consacrer à autrui. Pour s’acquitter de ce qu’il appelle sa « dette morale » envers la République, il a d’abord envisagé la présidence d’associations. « Mais je me suis rendu compte que j’étais meilleur pour donner de l’argent que pour en récolter », plaisante-t-il. Il a aussi songé un temps à la politique. Nous sommes alors fin 2013, début 2014. Patrick Sayer estime que ses compétences et son expérience en tant que chef d’entreprise seraient immédiatement exploitables dans la fonction de juge consulaire. Il connaît Franck Gentin, qui à l’époque, est président du tribunal de commerce de Paris. « Je connaissais Patrick depuis 20 ou 30 ans, et, un jour, au cours d’une conversation, alors que j’étais président, il a montré son intérêt pour la fonction de magistrat », se souvient Franck Gentin, qui considère immédiatement que la notoriété du candidat, en plus de ses compétences, est intéressante et utile pour le tribunal de commerce. « C’est un plus », estime-t-il.

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« La volonté de rendre service et, peut-être, aussi, une main invisible, m’ont poussé dans ces fonctions » dit Patrick Sayer. Un engagement qui n’étonne pas Jean Veil, qui côtoie l’homme depuis une quinzaine d’années. « Il était ami avec un de mes associés et ils m’avaient  appelé à la rescousse à propos d’une sombre histoire de salle de bains dans une location de vacances » se souvient Jean Veil en riant. Avocat d’entreprises clientes de Lazard, Jean Veil a, de ce fait, l’occasion de croiser fréquemment Patrick Sayer. «  La curiosité qui était la sienne nous a amenés à explorer la problématique juridique dans beaucoup de dossiers ». Il n’a donc pas été étonné que Patrick Sayer ait souhaité apporter de son temps, de ses compétences et de son énergie au tribunal de commerce. « Je l’y ai d’ailleurs incité, car c’est quelqu’un de très consciencieux et d’une probité absolue », souligne l’avocat.

Évoluer dans les fonctions

C’est naturellement au sein de la 16e chambre, dévolue au droit des sociétés et présidée par Édith Merle, qu’il va débuter en temps que magistrat. « J’ai passé deux années très belles au sein de cette chambre, sur des dossiers à haute technicité ». La présidente de la chambre aurait dit du bien de sa nouvelle recrue, qui a rejoint, pour deux nouvelles années, la prestigieuse 1re chambre, chargée des affaires spéciales ou médiatiques. En plus de la formation permanente, dispensée par l’ENM, à laquelle sont astreints les magistrats consulaires, il est sélectionné pour le DU de droit des entreprises en difficulté  de l’université Paris I, dirigé par François-Xavier Lucas. « Patrick est quelqu’un qui aime l’idée  de se plonger dans une discipline nouvelle. Pour cette formation, il est redevenu élève avec beaucoup d’appétit et de curiosité », note Nicolas Molfessis. La formation qu’il a suivie sur le droit des entreprises en difficulté est particulièrement appréciée. Depuis le début de l’année, il a rejoint la 11e chambre du tribunal, chargée des procédures collectives. Patrick Sayer ne dissimule pas la passion qui l’anime. « J’ai beaucoup de plaisir à exercer ces fonctions. C’est passionnant, parce que derrière toute entreprise en difficulté, il y a d’abord des hommes », souligne-t-il, tordant par la même occasion le cou au cliché qui veut que les juges consulaires travaillent en solitaires. « Même si, en contentieux, on reçoit seul le plus souvent les parties, nous échangeons toujours entre magistrats sur les dispositifs ».

Prévenir les difficultés des entreprises

Après quelques mois à la 11e chambre du tribunal, Patrick Sayer estime que le système  français de prévention des difficultés des entreprises permet  de bien les anticiper. Il est cependant alarmé par l’impréparation des dirigeants d’entreprise et considère qu’avec de modules courts de formation en droit civil et en comptabilité, beaucoup de difficultés pourraient être évitées. « Il faudrait davantage de formation continue pour les dirigeants d’entreprise ». Pour lui, les juges consulaires ont un rôle à jouer  dans cette perspective. En effet, si les magistrats doivent avant tout rendre un jugement qui permet d’évacuer un conflit, ils doivent aussi, dans leurs décisions, faire preuve de pédagogie, permettre à celui qui est condamné d’en comprendre les raisons. « Le tribunal de commerce est à cet égard une particularité française et un immense atout. Les juges, qui sont des praticiens du droit des affaires, comprennent parfaitement  les difficultés des justiciables qui les sollicitent. Pour preuve, 3 % seulement des décisions rendues sont réformées en appel ». Il constate que les décisions, de qualité, sont rendues relativement vite, en dépit de la faiblesse des moyens de fonctionnement.  « Être bénévole est une chose, mais ne pas avoir les moyens d’accomplir sa mission en est une autre », estime-t-il, racontant qu’il a vu certains de ces collègues transporter avec peine, dans l’escalier, 40 kilos de pièces, faute d’ascenseur en état de marche.

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Attractivité de la place de Paris

L’officialisation de la chambre internationale du tribunal de commerce de Paris est, selon lui, un nouvel atout pour la place de Paris. « Au moment où les Anglais quittent l’Union européenne, c’est l’opportunité de ramener à Paris les sièges des grandes entreprises internationales. Le bon fonctionnement de la justice des affaires et du contentieux est un critère important » estime-t-il. Jean Messinesi, président du Tribunal de Commerce, a d’ailleurs confirmé cette orientation, amorcée par Franck Gentin, lors de l’audience solennelle de rentrée du tribunal, ce qu’il estime « de bonne augure ».

Les fonctions qu’il exerce en qualité de juge consulaire lui apportent, dans sa vie professionnelle, davantage d’ouverture d’esprit. « Mes dialogues avec le directeur juridique d’Eurazeo, Nicolas Huet, ancien avocat sont maintenant plus intéressants, plus profonds », note-t-il. « Je sais qu’il prend très au sérieux son activité et il y consacre un temps incroyable. Il est très respectueux de la règle de droit et ne considère pas son activité comme celle d’un praticien qui juge en équité, mais veut vraiment juger en droit », souligne Nicolas Molfessis.

Responsabilité sociétale des entreprises

Patrick Sayer en est convaincu, la responsabilité sociétale des entreprises est un enjeu majeur. Sa position est que l’entreprise n’est pas isolée. Autour d’elle gravitent dirigeants, collaborateurs, fournisseurs, tout un environnement économique qu’il faut préserver et qui pourrait compléter quelques dispositions des codes de gouvernement d’entreprise.

Mais si vous lui demandez sa plus grande fierté, il vous répondra simplement d’avoir prêté son serment de juge consulaire à quelques semaines d’intervalle dans la même salle du Palais de Justice que sa fille Valentine devenue avocate.

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