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« Va lentement, tu es pressé(e) »

Par Emmanuelle Vignes - emmanuelle.vignes@gmail.com

« Je vis une difficulté actuellement avec l’un de mes associés. Il trouve que « je mets toujours un temps fou » à me décider. La plupart du temps ça se passe bien. Mais plus les décisions engagent le cabinet, plus je suis lent. Je ne sais pas répondre par « oui » ou par « non » à une question. C’est toujours plus complexe que cela pour moi. Il me faut du temps. Lui voit cela comme une faiblesse. Du coup, il prend des décisions parfois sans consulter les autres associés de son groupe de pratique alors qu’ils sont concernés. Comment enrayer le système avant que la situation n’empire ? ».

Une approche de la question au travers de nos besoins et notre fonctionnement
Nous n’avons pas tous besoin des mêmes choses pour prendre une décision. Certains ont besoin d’informations, de structure : qui fait quoi pour quand ; d’autres ont besoin de consulter leur entourage (experts, amis, confrères, etc.) ; d’autres encore ont besoin de temps pour se projeter, visualiser, envisager… Certains font plus vite que d’autres des connections, des rapprochements. Celui-ci a plus d’expérience : il se décidera plus vite sur la question que le jeune associé qui découvre. Celui-là est plus à l’aise dans l’action et ne s’attarde pas sur les détails. Un autre préfère attendre que les autres se prononcent pour décider.  Etc. Les équipes forment un patchwork de personnalités, d’expériences, d’âges, de genres, de cultures, ce qui, le plus souvent, est constitutif de richesses et parfois, il faut bien avouer que le processus de décision s’en trouve ralenti.

Retrouver du sens pour gérer la frustration
Mais que se passerait-il si cet associé continuait à prendre des décisions qui ne le concernent pas uniquement sans consulter ses confrères ? Il finirait sans doute par se mettre ses associés à dos. Les options sont claires : à partir du moment où j’accepte que mon associé fonctionne différemment (il n’y a pas de meilleur fonctionnement qu’un autre), alors soit je fais cavalier seul (et je risque de finir seul), soit je gère ma frustration en donnant un peu de hauteur ou de profondeur à l’événement : ça mettra un peu plus de temps mais on prendra cette voie ensemble ou pas.

Éviter de porter un jugement de valeur sur le rythme
Certains d’entre nous ont tendance à valoriser un rythme plutôt qu’un autre et ainsi, à élaborer des croyances : « les gens rapides sont efficaces » ; « les gens lents sont moins brillants ». Ou « les gens rapides ne sont pas rigoureux » ; « les gens lents sont sages ».

Ne pas se laisser imposer le temps
Certaines personnes trouvent toujours plein de « bonnes » raisons pour imposer le temps aux autres ou se le laissent imposer : « tu comprends, c’est le marché qui veut ça » ; « si tu ne te décides pas dans l’heure, l’affaire va me/nous passer sous le nez ». Quel est notre problème avec le silence et les pauses dans les conversations ? Avec la lenteur ?

Accepter de varier les rythmes en les adaptant aux situations
Ne pourrions-nous pas opter pour une variation de rythme ? Puis-je décider que dans certaines situations, je suis plus rapide parce qu’il est inutile de faire le tour du quartier avant de se décider (et dans certains cas, c’est possible) ? Et dans d’autres, j’accepte d’aller lentement, surtout si je suis pressé(e), car je risque de perdre encore plus de temps à tout refaire parce que la vitesse m’a amené à sous-estimer tel ou tel point.

À nous de choisir !


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