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Coaching et changement

Par Emmanuelle Vignes

QUESTION

« On me parle beaucoup de coaching en ce moment. Il est possible ce soit un moyen de faire face à mes problématiques actuelles. Cependant, j’ai de sérieux doutes sur l’efficacité à long terme  de l’exercice. Un de mes associés s’est fait « coacher » il y a cinq mois. Au début, on a vu quelques changements dans son attitude. Après quelques semaines, il avait repris ses vieilles habitudes… Que pouvez-vous me dire à ce sujet ? »

REPONSE

 

 

 


Il existe presque autant de façon de coacher que de coachs. Par ailleurs, nous ne savons rien du contrat de mission qui unissait votre associé au sien : quel était son objectif ? Combien de temps a duré la mission ? Etc. Tout est affaire de volonté et de compétences. Une fois ce pré-requis posé, on parle souvent de différents niveaux de changement. La systémique évoque, entre autres, des changements de type 1 et 2.


 

Le changement de type 1 porte essentiellement sur le comportement. Prenons le cas d’un associé qui se ferait coacher pour gérer son stress, améliorer sa conduite de réunion ou gérer ses conflits. A l’aide de son coach, il va apprendre à écouter d’avantage, ne pas couper la parole de son interlocuteur, etc. Bref, il cherche davantage à changer des éléments de son système que son système lui-même. De façon apparente, il aura progressé. Il attendra un peu plus longtemps pour exprimer son désaccord, sa frustration ou sa colère mais ils seront toujours présents en lui. Il s’agit d’un changement, disons, fonctionnel. Ce type de changement peut néanmoins être utile et très efficace. Nous pouvons le comparer à un fumeur qui s’arrêterait de fumer - régulièrement - mais qui ne traiterait pas en profondeur la raison de son addiction.


 

Le changement de type 2 porte d’avantage sur la structure de l’individu. Son comportement général, ses croyances, son attitude ou la représentation qu’il se fait de la/sa réalité. Ce type de changement est parfois moins visible à court terme mais il s’avère souvent plus radical. Et plus pérenne. L’associé qui chemine sur cette route va, en effet, laisser parler davantage ses associés, ses collaborateurs ou un client. Mais, dans ce cas, ce sera le résultat d’un apprentissage différent, au cours duquel il va apprendre à gérer sa colère, sa frustration, exprimer son besoin, comprendre ce qui se joue – pour lui et pour les autres - et agir en conséquence. Son objectif consiste à mieux vivre ces situations délicates et à améliorer ses performances. Les coachs apprécient d’accompagner leurs clients dans ce type de changement car ce dernier favorise l’autonomie du client. Et l’autonomie est un des piliers de la philosophie du coaching. Ainsi notre fumeur s’arrête également de fumer, mais de façon plus durable. Il a fait l’effort de


 

Quel changement adopter ? Celui de type 1 ou celui de type 2 ? Evidemment, la question ne se pose pas en ces termes. Cela dépend de plusieurs éléments : le type de relation entre le coach et le coaché, de leur rapport de confiance (on parle d’« alliance »), de la demande du client, de son stade de développement personnel, de l’urgence de la situation, etc. Le changement de type 1 est opportun ici ou là. Le changement de type 2 peut être plus pertinent notamment si les changements de type 1 se sont avérés inefficaces en laissant les équipes ou le client ou ses interlocuteurs frustrés, insatisfaits…


 

Enfin, il faut savoir que le changement est rarement conscient. Je n’ai jamais entendu de client dire « je veux changer ». Il demande à être accompagné sur une problématique professionnelle qu’il a du mal à gérer. Le changement peut s’opérer au cours du travail avec le coach. Cela dépend aussi beaucoup de l’expérience qu’a le client dans ce type d’accompagnement. Généralement, on ne choisit pas, en commençant un coaching, son type de changement comme on choisirait un programme de lavage... Le changement s’opère parfois après l’intervention. Et d’autre fois, il n’arrive pas… Il existe de multiples raisons pour qu’un coaching n’ait pas d’effets apparents sur le client, comme dans le cas de votre associé : une certaine résistance au changement, un coaching subi plus que choisi, etc. Certaines personnes également ont besoin de temps. Et quoiqu’il arrive, je ne pense pas qu’on puisse « changer » d’un coup de baguette magique. Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit d’évoluer vers un comportement, un savoir-être et un savoir-faire qui nous permettent d’accroître notre performance sur tel ou tel domaine et de vivre mieux certaines situations.