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Tiphaine de Gaudusson : la matheuse

Par Nathalie Bru

Paru dans La Lettre des Juristes d’Affaires Magazine, N° 51 du 01/11/2017
Par Nathalie BRU

Après une quinzaine d’années passées en cabinet, Thiphaine de Gaudusson a choisi la banque. Elle est maintenant directrice juridique de la filière affacturage du Crédit Mutuel. Portrait

Il fait gris ce jour-là sur la Défense et les gens se pressent pour s’engouffrer dans les tours. Dans le quartier Reflets, derrière la tour Praetorium abritant Euronext, et la tour CB16-CGI, un peu en contrebas, se dresse un nouveau bâtiment ovoïde, bardé d’une résille de métal qui semble seule le tenir debout. C’est là, dans la Tour D2, que les sociétés Factofrance et CM-CIC Factor se sont installées en début d’année après le rachat de GE Factofrance par le groupe Crédit Mutuel en juillet 2016. « La Tour qu’ils construisent à côté est censée s’appeler R2 », précise Tiphaine de Gaudusson, directrice juridique de la nouvelle entité. C’est en tout cas le bruit qui court. R2-D2, quand on dit La Défense futuriste…

Venue de GE, où elle dirigeait l’équipe de juristes de Factofrance, Tiphaine de Gaudusson est désormais à la tête d’une équipe de vingt-sept personnes. Dans son bureau au 31e étage, tous les cartons ne sont pas encore vidés. La décoration – en tout cas pour l’instant – est sommaire. Il y a bien un grand panneau d’affichage gris sur le mur de droite, mais il est vide. Pas de photos de famille ni de documents de travail retenus par des magnets. À côté du clavier de l’ordinateur : trois codes civil 2018 tout neufs et une bouteille de Vittel. Tout l’étage à la décoration dépouillée semble flotter entre ciel et terre, éthéré.

Depuis début 2012, où elle a quitté la profession d’avocat pour rejoindre l’entreprise, Tiphaine de Gaudusson travaille à La Défense. « C’est vrai que la différence d’ambiance avec le 8e arrondissement est colossale, dit-elle, dans Paris ça vit, tandis qu’ici l’ambiance est assez austère, assez rude, ça déverse le matin et ça repart le soir. » Pas de nostalgie pour autant dans sa voix. De toute façon, quand on a la passion du droit et des chiffres, l’enthousiasme vient tout seul, avec les dossiers. « Le droit bancaire et financier, je trouve ça vivant et amusant, assure-t-elle. On ne doit pas être nombreux ! » Elle sourit. Se souvient de cette année, en fin de prépa, où elle était « tellement dans la révision des maths » qu’elle avait « continué à en faire l’été ». Juste comme ça. Pour le fun. À Hossegor, dans les Landes, où la famille a l’habitude de passer ses vacances.

L'amour des chiffres

Tiphaine de Gaudusson, dans son enfance bordelaise, a toujours baigné dans le droit. Son père, professeur de droit public, a été doyen de la faculté et président de l’université Bordeaux 4. Le grand-oncle de Tiphaine aussi était professeur de droit. Et dans la famille, les avocats ne manquent pas. Bref, son bac C en poche, la jeune femme ne sait pas encore exactement si elle veut laisser l’atavisme l’emporter. « J’avais hésité à faire du droit ou des math, raconte-t-elle. Mais je n’étais pas assez douée pour faire du scientifique. » Ce sera donc une prépa, puis HEC en 1992 – par amour des chiffres. Et l’année suivante, elle s’inscrit aussi en droit à Sceaux. Directement en deuxième année, comme le lui permettent les équivalences. Le diplôme de l’école de commerce en poche, elle passe le CRFPA avec seulement une licence. En 1995-1996, c’est l’école d’avocats et, en parallèle, la maîtrise de droit des affaires à Paris 1. « Pour mon père, il était impensable d’être diplômée d’HEC sans aller au moins jusqu’à la maîtrise. »

S’ensuit le stage chez Freshfields, Bruckhaus, Deringer. « Franchement par hasard », assure-t-elle. « J’ai postulé, j’ai été prise, je suis restée. » Voilà comment commence une carrière. Pour les cabinets anglais, c’est le début de l’âge d’or. Une croissance soutenue. La place de Paris à leurs pieds. Le stage est généraliste. Et une fois collaboratrice, Thiphaine voit sa pratique peu à peu se structurer autour du droit bancaire et financier. « Ce que j’apprécie particulièrement dans cette spécialité, c’est qu’elle est très chiffrée, très technique », dit-elle. « J’aime beaucoup quand il y a de la complexité, avoir quelque chose à décrypter, poser des concepts juridiques sur des chiffres. Les systèmes juridiques auxquels on se raccroche sont souvent des principes du droit civil. En fait, le droit se marie très bien avec les mathématiques, les systèmes de logique sont assez similaires. »

MINI BIO

1973 : Naissance à Madagascar

1992 : Entre à HEC

1996 : CRFPA et Maîtrise de droit des affaires à Paris 1

1997 : Prestation de serment. Collaboratrice chez Freshfields.

2011 : Rejoint August & Debouzy

2012 : Directrice juridique de GE Factofrance

2016 : Rachat de Factofrance par CM-CIC,

devient directrice Juridique de Factofrance et de CM-CIC Factor

Des débuts comme avocate

Chez Freshfields, auprès des associés Jean-Luc Michaud et Michel Quéré, elle se forme à de nombreuses méthodes de financement. L’école est bonne. L’élève consciencieuse, convaincue qu’une carrière se construit avant tout au mérite. Vision qu’elle qualifie aujourd’hui de « gentille naïveté ». « Je souffrais un peu du syndrome de la bonne élève, dit-elle, réfléchir à ma carrière est venu tard. » Or, à mesure que les années passent, les collaborateurs seniors sont poussés à développer aussi l’aspect commercial. « C’est logique, concède-t-elle, mais ça peut être assez ingrat et difficile, surtout pour ceux qui ont une formation d’expert. » Quand Tiphaine de Gaudusson arrive en âge de briguer l’association, au début des années 2010, la crise est de surcroît passée par là.

Tout ça mis bout à bout, « ne permettait pas une évolution que j’avais envie d’avoir », dit-elle, sans amertume. Cela dit, encore aujourd’hui, Jean-Luc Michaud, l’ancien managing partner de Freshfields, s’en désole. « Tiphaine est une femme très intelligente et très rapide intellectuellement, qui s’intéresse surtout à trouver des solutions, qualités reconnues par tous, mais devenir associé dans ces cabinets est aussi une question de timing. Tiphaine n’a pas eu la chance, si c’en est une,  d’être “the right woman at the right place at the right moment”. Elle s’est aussi toujours tenue à l’écart des petites bisbilles et de la politique internes.

Trop, peut-être ? Elle pouvait penser que ses qualités seules suffiraient. » Une fois la fenêtre de tir pour l’association derrière elle, Tiphaine analyse froidement la situation et se dit qu’il est temps de changer. Une proposition intéressante lui vient alors d’August & Debouzy. On est en 2010. « J’étais counsel, ils m’ont demandé de venir développer l’activité financement qu’ils n’avaient pas », explique-t-elle. Mais l’idée de passer en entreprise la titille déjà. « Ce que je voulais, c’était pouvoir manager une équipe. Les postes que je voyais passer étaient plutôt des postes d’avocat interne, assez techniques. » Pas tout à fait, en d’autres termes, ce qu’elle cherchait. « Je ne voulais pas aller dans un groupe où la direction juridique était la douzième roue du carrosse. » Puis un jour, au cours de l’année qui suit, elle est contactée par GE.

« Et ça m’a intéressée », dit-elle. Pour elle, le pari était double : elle n’a jamais véritablement géré d’équipe et va se retrouver à la tête d’une dizaine de personnes ; et l’affacturage est d’autre part un métier très spécialisé qu’elle a eu peu l’occasion de côtoyer en tant qu’avocat. « Mais je savais que dans un groupe américain très structuré comme GE, je serais accompagnée », dit-elle. Anne-Marijke Morgan de Rivery, directrice juridique de GE Capital, qui l’a recrutée était consciente du challenge. Pour autant, parmi les candidats qu’elle a rencontrés, « il n’y avait pas photo » : la bonne personne, c’était Tiphaine. « Elle a eu très vite l’intelligence de développer de bons contacts à la fois avec les gens du risque et du commercial, ce qui n’était pas évident, remarque-t-elle. Elle est très écoutée et respectée en interne. Et elle a aussi su développer de bonnes relations avec les avocats. Son parcours fait qu’ils ne considèrent pas qu’elle a un niveau d’expertise moindre. »

Si bien qu’au moment du rapprochement avec CM-CIC Factor, la question ne s’est même pas posée de savoir si on allait prendre quelqu’un d’autre. La responsable juridique de CM-CIC Factor ayant évolué ailleurs dans le groupe, la passation s’est faite tout en douceur. Du groupe américain à la banque mutualiste, le changement culturel est important. « Cela fait à peine un an, commente Tiphaine de Gaudusson, on est encore la tête dans le guidon. Absorber une nouvelle culture d’entreprise prend du temps. » Facile ou pas facile ? La réponse est prudente. « Ça se passe comme toute découverte », dit-elle simplement. Alors que chez GE, elle dépendait de la direction juridique de GE Capital, aujourd’hui elle est rattachée à un non-juriste chargé des fonctions support et transverses des filiales. « J’apprécie d’être avec les opérationnels au quotidien, dit-elle. C’est ce que nous essayons de créer avec l’équipe : la communication et la confiance. L’idée, c’est quand même de les accompagner. »


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