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Faut-il utiliser les symboles de la justice et de l'avocature dans sa communication ?

Par Nathalie Rehby, agence Satellitis

Pour les avocats, lors de la réflexion sur leur image de marque, les images au sens strict : logo, charte graphique, illustrations, photos… interviennent très tôt, tout de suite après le nom. Se pose fatalement (même si c’est pour les exclure !) la question des symboles de la justice et de l’avocature.

L’utilisation de ces images symboliques est multiple et on les retrouvera sur le site internet, les cartes de visite et le papier à entête, la plaquette, mais aussi la plaque à l’entrée, ou dans des illustrations d’articles des avocats et du cabinet, jusque dans l’illustration des posts LinkedIn voire du compte Twitter. Alors, il convient de bien y réfléchir, de bien mettre en adéquation nom, messages clés, valeurs et images.

Alors, faut-il utiliser la robe noire ? La balance de la justice ? Son bandeau ou son glaive ? Un tribunal ? Un code ? Le Palais de justice ? Thémis ? Les tables de la loi ? Le serment ? Etc. 

A quoi sert un symbole ? Le symbole est un « Signe figuratif, être animé ou chose, qui représente un concept, qui en est l'image, l'attribut, l'emblème » (Larousse). Il est objet, mot, image, couleur, allégorie, personnage, son, marque, et il représente, conceptualise, pense quelque chose d’autre par ressemblance, connotation, analogie, association d’idée, logique ou convention. Le symbole fait sens, rend visible, et agit sur les choses. Il est donc très utile pour faire passer des messages. Un objet, une image peut représenter un ensemble de valeurs et de significations. 

Symboles de la justice et de l’avocature : Certains des symboles évoqués sont un peu désuets, beaucoup ignorent même leur sens. Ils sont d’ailleurs même quasi oubliés dans les lieux de justice où on les trouvait la plupart du temps. Cependant aujourd’hui, dominent surtout la balance (qu’on trouve même redessinée par Renzo Piano pour avoir droit de cité au nouveau Tribunal de Paris), le code et la robe noire. Le code, qu’il soit rouge ou bleu ( ;-) ) sur les photos, comme un livre ouvert ou comme un bloc fermé, a remplacé les tables de la loi depuis environ un siècle pour symboliser la loi. Un peu moins courants mais tout aussi forts en charge symbolique, le rappel du serment et les photos/tableaux/gravures du Palais de justice de la Cité à Paris ou du tribunal local ou celui spécialisé concernant l’activité du cabinet. Le tribunal plante immédiatement le décor du procès. La balance parle d’abord d'équilibre, d'harmonie et d'ordre, et donc de justesse et d’équité. Ces symboles sont des « raccourcis » bien utiles pour parler de l’univers juridique, parce qu’ils renferment beaucoup de significations en une seule image ! 

La robe 

Evidemment aujourd’hui où la réforme des retraites a amené les avocats à jeter leur robe au pied de la Garde des Sceaux ou au Palais, à la pendre dans les palais de justice ou aux fenêtres des maisons des avocats, à l’agrémenter d’un rabat rouge, elle est devenue encore plus le symbole de l’avocat, quel qu’il soit. Elle a acquis une nouvelle dimension, d’unité de la profession notamment. En effet, elle était devenue plutôt connotée judiciaire. Les conseils se vantaient de ne pas en avoir… Nombreux sont les cabinets d’avocats pratiquant le contentieux qui l’utilisent dans leur logo, ou dans les illustrations sur leur site ou dans leurs documents marketing. Avec ce mouvement unitaire, elle a réinvesti toute la profession, conseil compris. La robe est un symbole si fort que le jeté de robe a été très mal vécu par certains , geste considéré alors comme contraire à la dignité de l’avocat. Guillaume Didier a tweeté n’avoir « pourtant pas le souvenir d’une image aussi terrible que celle-ci ». Cela montre bien le niveau de désespoir des avocats pour jeter cet objet si lourd d’histoire, de signes, d’allégories… et auquel ils tiennent tant. "Aucun avocat ne jette sa robe par plaisir" déclarait ainsi le bâtonnier de Paris Olivier Cousi au Mémorial de Caen lors du concours de plaidoiries. La robe en soi est en effet tout un discours, elle porte tout un passé et de la polysémie. « La robe noire est un beau symbole du discours libre et indépendant de l’avocat, noire sans décoration sans légion d’honneur » soulignait François Saint-Pierre. Avec un seul symbole, c’est tout un univers de signifiants, de signifiés qui est proposé. C’est donc un symbole qui fonctionne bien. Et que les gens, l’opinion publique, identifient très bien.

La robe est lourde de charge symbolique. Descendante du vêtement ecclésiastique des clercs, elle en a conservé les 33 boutons de l’âge du Christ, le rabat (avant le col romain chez les curés et toujours présent chez les pasteurs) et sa sacralité, elle est le signe distinctif des hommes de loi depuis le XIIIe siècle. Elle montre ainsi qu’on entre dans un monde différent de la vie quotidienne. Elle vit dans sa forme actuelle depuis… 1810. L’unicité / uniformité fait que chacun porte la même et rend compte d’une égalité d’apparence entre les justiciables représentés et même entre les membres de la Justice. Elle est présente dans la loi du 31 décembre 1971 à l'article 3, les avocats « revêtent, dans l'exercice de leurs fonctions judiciaires, le costume de leur profession ». Elle est donc portée lors des audiences, au tribunal et dans certaines circonstances (enterrement d’un confrère, prestation de serment…). Autorité du service de la justice, égalité des justiciables représentés et des avocats entre eux, prestige du métier, neutralité de la justice, tradition et fédération… Les sens de la robe sont multiples. Autant de signifiants qu’un cabinet et/ou un avocat peuvent utiliser.

L’image de la robe noire de l’avocat a un destin tout à fait particulier, étant présente sur le logo du CNB, elle l’est aussi dans de nombreux logos d’avocat. Les cabinets d’affaires ont-ils intérêts à l’utiliser ? Ne serait-ce pas que le parangon du judiciaire ? Certes. L’usage de ce symbole est sans doute fort utile pour les cabinets de contentieux, de droit pénal des affaires, de résolution des litiges. Cette image peut être utilisée aussi par les départements contentieux dans un cabinet plus large. Tout cela semble naturel, comme la balance présente dans tous les tribunaux. Mais vu le taux de reconnaissance de ce symbole et sa plasticité, les cabinets plus préoccupé par le conseil, moins orienté vers le combat du judiciaire, peuvent aussi avoir un intérêt à utiliser la robe noire. Rien n’est évident. Chacun doit choisir. Et utiliser à son avantage les images retenues.

Alors que faire ? 

Les avocats doivent se poser ces questions : 

  • avons-nous besoin d’utiliser ces symboles ? 
  • avons-nous envie d’utiliser ces symboles ?
  • qu’est-ce qu’ils expriment pour nous ? 
  • qu’est-ce qu’ils expriment pour nos clients ? (ne pas hésiter à les interroger)
  • qu’est-ce que disent ces symboles qui entrent en résonnance ou en opposition avec notre positionnement, nos messages clés, nos valeurs ? 
  • à quel niveau allons-nous utiliser ces symboles ? 

Et demander à leur graphiste de revisiter ceux qu’ils conservent pour les adapter à l’image de marque du cabinet…

Au fait, et le maillet ?

Mais quelle idée d’utiliser le maillet ! Le maillet, marteau de président, est de tradition d’abord anglo-saxonne. Il est notamment utilisé par le président d’assemblée délibérante ou chez les francs-maçons. On le retrouvera donc dans des assemblées politiques et dans des assemblées d’association ou d’entreprises. D’ailleurs, les assemblées délibérantes aux USA ont leur code : le Robert's Rules of Order, traitant des règles de procédure de ce type de réunion. Au départ, c’était un code de conduite pour les parlementaires publié en 1876, actuellement, il est encore utilisé, même lors d’AG d’entreprises… Il donne même des conseils sur une bonne utilisation du marteau… Les Etats-Unis sont donc la nation du maillet : marteau d’ivoire au Sénat, en bois clair à la Chambre des représentants, et aussi dans les mains des juges américains. Non, au Royaume Uni, il n’y a pas de maillet chez les magistrats ! En France, le commissaire-priseur est le seul « teneur de marteau » en matière de justice. DONC, à moins que vous soyez un cabinet d’avocats américain (et encore) ou qu’il s’agisse d’illustrer une décision américaine, EXIT le maillet.

Notes : 

« Sacrilège » écrit Étienne Madranges le 21 Janvier 2020 dans « le droit en débats » sur Dalloz Actualité


 

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