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August & Debouzy : la réussite insolente

Par Laurence Garnerie

August & Debouzy a connu une croissance en continu depuis sa création en 1995.  De quoi susciter bien des jalousies. Mais là est la rançon du succès ! Le cabinet fête ses 20 ans cette semaine. L'occasion de revenir sur son histoire, publiée dans LJA-Le Magazine en janvier 2014.

C’est une success story comme en rêvent tous les avocats qui vissent un jour leur plaque. Celle d’une petite structure devenue en moins de vingt ans l’un des noms les plus prestigieux de la place parisienne. Avec pas loin de 110 avocats et 27 associés, August & Debouzy est aujourd’hui un modèle d’inspiration pour tous les entrepreneurs en herbe. Pourtant, en 1995, date de sa création, ils n’étaient que huit collaborateurs (John Rupp, Hubert d’Alverny, Jean-Christophe Bernard, Béatrice Delmas-Linel, Julien Horn, Marc Lévy, Jean-Baptiste Moquet et Dominique Mussy) à suivre au 6, avenue de Messine, les deux associés fondateurs, Gilles August et Olivier Debouzy. Le premier, inscrit aux barreaux de Paris et de New York, avait été collaborateur puis associé corporate chez Baudel, Salès, Vincent & Georges (devenu Salès Vincent Georges). Le second, au parcours plus atypique, était un ancien élève de l’ENA, devenu conseiller diplomatique pour les affaires militaires au Commissariat à l’énergie atomique, avant d’endosser la robe et de rejoindre Baudel, Salès, Vincent & Georges en 1991. Il y avait développé une activité de lobbying avec Paris et Bruxelles. Un positionnement original à une époque où l’avocat lobbyiste se caractérisait avant tout par sa discrétion, et dont August & Debouzy a fait l’une de ses cartes maîtresses. Dans l’escarcelle de la jeune structure, deux pratiques dominantes : le corporate et la propriété intellectuelle. Mais pour les fondateurs, pas question d’en rester là. L’objectif de départ est sans ambiguïté : August & Debouzy doit devenir une firme full service. La stratégie du cabinet pendant les années qui suivront consistera donc à « remplir toutes les cases » pour y parvenir.


                   En 2013, 43% des 5471 clients recensés proviennent de l'Hexagone



Ce dessein prend forme quelques mois après la création de la structure avec le recrutement d’Emmanuelle Barbara (qui deviendra associée en 1998, avec Béatrice Delmas-Linel) pour diriger la pratique droit social. Trois ans plus tard, c’est Fabienne Haas qui la rejoint en qualité d’associée pour renforcer ce même groupe. Parallèlement, le cabinet intègre de nombreux collaborateurs afin de développer les pratiques fondamentales (Jean-Philippe Lambert, Louis de Gaulle, Valéry Denoix de Saint-Marc, Nicolas Petrovic, Henri-Nicolas Fleurance, Dominique Beauregard, pour ne citer qu’eux), mais toujours individuellement. « Les avocats sont venus un par un car nous voulions qu’ils puissent s’adapter au ton du cabinet », explique Emmanuelle Barbara, actuelle managing partner. En 2000, Louis de Gaulle et Henri-Nicolas Fleurance sont cooptés associés. Lorsque vient l’heure de souffler ses cinq premières bougies, la firme compte 80 avocats dont 7 associés et 9 of counsels.

À la conquête du marché français
Parallèlement, August & Debouzy s’attache à se faire reconnaître sur le marché national. Car avec des clients historiques tels que Microsoft ou Philip Morris, le cabinet est, à ses débuts, peu présent auprès des entreprises françaises. « Nous nous sommes “francisés” avec le temps », reconnaît Emmanuelle Barbara. Avec succès : en 2013, 43 % des 5 471 clients recensés proviennent de l’Hexagone, contre 20 % en 1995. « Nous avons conquis le marché français en même temps que nous avons porté à maturation notre réseau international », poursuit-elle. Dès 1996, le cabinet noue en effet un partenariat avec le cabinet américain Covington & Burling, avant de cofonder une alliance internationale de best friends. Laquelle regroupe aujourd’hui 44 cabinets répartis sur les cinq continents et près de 9 000 avocats. Au sein du bureau parisien, August & Debouzy compte, lui, 9 nationalités, parlant 13 langues. Le cabinet a également ouvert un bureau à Bruxelles en 2001, puis un autre à Casablanca en 2007 avec Kamal Nasrollah, entré au cabinet en 2003 et devenu associé trois ans plus tard. La succursale marocaine connaît un trou d’air lorsque ce dernier rejoint Allen & Overy en 2012 ; elle devait recevoir du renfort au 1er semestre 2014.

Une administration puissante
Entretemps, le cabinet se structure. Est-ce l’empreinte de l’ancien haut fonctionnaire qu’était Olivier Debouzy ? Toujours est-il que l’administration y est puissante. Doté dès sa création d’un office manager (au départ, l’agent immobilier qui a trouvé les locaux !), August & Debouzy compte aujourd’hui une directrice générale, Pascale Pontroué, et un secrétaire général, Patrick Ramon. « Nous sommes fiers d’avoir une telle colonne vertébrale, explique Gilles August. Dans un cabinet d’avocats, les dirigeants sont aussi les producteurs. Ils doivent se reposer sur une administration professionnelle. » Dans le même esprit, le poste de managing partner est dévolu en 1997 à Béatrice Delmas-Linel, qui présente deux particularités : être une femme et ne pas faire partie des associés en nom. « Gilles et Olivier ont considéré qu’ils remplissaient déjà le rôle de fondateurs mais qu’ils n’entendaient pas cumuler tous les pouvoirs, explique Emmanuelle Barbara. C’est l’une des conditions pour faire subsister l’entreprise après ses fondateurs, en montrant qu’elle est avant tout une somme de talents. »

Ailes entrepreneuriales
Au début du millénaire, le cabinet innove encore en permettant à Béatrice Delmas-Linel de se mettre « en congé » pour rejoindre la direction juridique de Microsoft Europe. Elle y fera une brillante carrière pendant huit ans, allant même jusqu’à diriger le service juridique de la division mondiale Home & Entertainment à Seattle. C’est une autre femme, Emmanuelle Barbara, qui lui succède au poste de managing partner et qui ne le quittera plus. Censée revenir au sein du cabinet une fois sa mission achevée, Béatrice Delmas-Linel ne retournera pourtant pas au 6, avenue de Messine. Car elle a confié certains de ses clients à Louis de Gaulle qui, associé à Henri-Nicolas Fleurance, s’est lui aussi senti pousser des ailes entrepreneuriales en 2001. Suivis par quatre collaborateurs, dont trois deviennent immédiatement leurs associés (Julien Horn, Bénédicte Colin et Valérie-Laure Delevoy), ils partent créer De Gaulle Fleurance & Associés, en expliquant « ne plus adhérer au projet ».
Crise de croissance ? August & Debouzy fait le dos rond, recrute Isabelle Renard pour combler le départ de Louis de Gaulle en propriété intellectuelle. Et poursuit son chemin. « Que des anciens soient à la tête de cabinets prouve qu’August & Debouzy est une bonne formation, estime Gilles August. Et que nous les avions bien choisis ! » Le cabinet peut en effet se vanter d’avoir compté dans ses rangs Rémi Dupiré, créateur de Dupiré & Associés, Jean-Dominique Bloch, cofondateur de B.O.T Avocats, Hubert d’Alverny, fondateur d’Alverny Avocats, Richard Renaudier, parti créer NomoS, ou encore Jean-Philippe Lambert, actuel managing partner du bureau parisien de Mayer Brown.



   Le secret, c'est le travail




Liens politiques
Si August & Debouzy s’affiche comme une structure créative, il véhicule également l’image d’un cabinet de politiques. En 2002, le secrétaire d’État à l’Industrie du gouvernement Jospin, Christian Pierret, devient associé au sein du groupe public, réglementaire et concurrence, animé par Olivier Debouzy. Il est rejoint deux ans plus tard par Dominique de Combles de Nayves, conseiller maître à la Cour des comptes (qui y retournera d’ailleurs de 2005 à 2007 en qualité de secrétaire général), puis quatre ans plus tard par l’actuel ministre du Budget Bernard Cazeneuve(1). En 2012, c’est Hugues Moutouh, précédemment conseiller pour les affaires juridiques et institutionnelles à la Présidence de la République, qui intègre le cabinet(2). Facile alors pour les mauvaises langues de voir dans ces liens avec les grandes institutions de l’État une des clefs de la réussite du cabinet. Sans compter que le nom de Gilles August s’est aussi trouvé associé à l’affaire Jérôme Cahuzac, dont il était l’avocat jusqu’à ses aveux. De quoi pointer du doigt la proximité du cabinet avec le pouvoir. « On ne peut réduire le cabinet à des personnes qui auraient fait une carrière politique. Elles ne peuvent résumer tous les autres, se défend Gilles August. Mais cela ne nous empêchera pas de continuer à recruter des gens s’ils ont du talent et à défendre des intérêts s’ils sont légitimes. » Et d’ajouter : « Nous avons une réussite unique en termes de croissance que les gens ont besoin d’expliquer. Mais le secret, c’est le travail. »

Construire ensemble
Le travail, c’est ce que les fondateurs cherchent en effet à récompenser en reconnaissant la progression de carrière. Chez August & Debouzy, « nous privilégions la cooptation interne », assure Gilles August. Parmi les 29 associés actuels, 16 sont d’anciens collaborateurs du cabinet : Ferenc Gonter et Philippe Durand, Valéry Denoix de Saint Marc et Pierre-Charles Ranouil, Virginie Devos et Mahasti Razavi, Kami Haeri, Marie Danis et Florence Chafiol Chamon, Éric Manca, Julien Aucomte, Marie-Hélène Bensadoun, Catherine Le Manchec, Carine Dupeyron et Benjamin Van Gaver(3). Un jeune avocat peut donc y suivre la voie royale : rentrer stagiaire, devenir collaborateur junior puis collaborateur senior, être promu counsel puis finir associé. Un parcours qu’a suivi Florence Chafiol-Chaumont, associée en IP, spécialisée dans la protection des données personnelles. Entrée comme collaboratrice en 1997, cette dernière en est devenue associée en 2009, à 36 ans. « C’était une vraie reconnaissance de mon travail au sein du cabinet », estime-t-elle. À l’heure où le turn-over constitue le quotidien des cabinets, n’est-elle pas tentée de tester d’autres modèles ? « Le cabinet a beaucoup changé depuis que j’y suis rentrée. Nous sommes passés de la PME à la firme full service. Nous nous sommes organisés, structurés. J’ai l’impression d’être passée par plusieurs structures ! » Et dans un cabinet où elle assure trouver à la fois bonne ambiance, répartition équilibrée entre les départements, clients prestigieux et liberté d’exercice, « pourquoi aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte ? » Pour compléter sa gamme d’expertises, August & Debouzy aura quand même accueilli quelques belles équipes en latéral : celles de Xavier Rohmer et Philippe Lorentz en fiscal, de Grégoire Desrousseaux et François Pochart en IP, ou de Christophe Clarenc en concurrence(4). « Au-delà des valeurs d’excellence et de réactivité propres aux cabinets d’affaires, August & Debouzy, c’est un projet et un cabinet incarné, résume Kami Haeri, associé en contentieux. Nous construisons une histoire ensemble, avec la volonté d’être créatifs et de nous appuyer sur nos richesses humaines et culturelles. »

Deuil collectif
Avec sa croissance en continu, rien ne semble donc devoir arrêter August & Debouzy. Excepté le destin, parfois cruel. En 2003, Olivier Debouzy décède brutalement. « Ça nous a appris que nous pouvions être tristes ensemble », constate Gilles August. Le cabinet a donc fait collectivement le deuil de ce fondateur à la forte personnalité, à qui il a dédié un prix en partenariat avec le Cercle des juristes et une salle à son nom. « Olivier disait : de toute façon, nous finirons tous en salle de conférence ! » sourit Gilles August.
Les regards sont désormais de nouveau tournés vers l’avenir, comme en témoignent les arrivées d’Alexandra Cohen-Jonathan en contentieux et David Malamed(5) en corporate en provenance de Weil Gotshall en ce début d’année. En outre, en termes de business development, le cabinet a poursuivi sa politique de formation. Lancés en 2005 en partenariat avec le Centre d’éducation permanente de l’Université Paris-I pour le droit social, et enrichis depuis de contenus en propriété intellectuelle, risque pénal ou fiscal, ces ateliers hebdomadaires ont permis au cabinet de toucher pas moins de 3 911 entreprises durant les trois dernières années. Enfin, August & Debouzy a lancé en octobre dernier Start you up, une nouvelle offre destinée aux jeunes entrepreneurs qui permet à dix d’entre eux, sélectionnés sur dossier, d’avoir accès aux services du cabinet pendant un an pour 200 euros. De quoi permettre aux avocats de nouer des liens forts avec les Bill Gates de demain. Et de faire de son slogan, « le droit et l’audace », une réalité.

Laurence Garnerie

Cet article a été publié dans LJA - Le Magazine n° 28, janvier 2014.

(1) Bernard Cazeneuve est aujourd'hui ministre de l'Intérieur ;
(2) Depuis, Hugues Moutouh est devenu directeur délégué général de Guy Dauphin Environnement, et le groupe public d'August & Debouzy a été rejoint par Emmanuelle Mignon, ancienne conseillère de Nicolas Sarkozy (LJA 1196) ;
(3) Le cabinet a également promu Laurent Cotret et Julien Wagmann le 1er janvier 2015 (LJA 1192) ;
(4) August & Debouzy a aussi accueilli Vincent Brenot en droit public en novembre 2014 (LJA 1183);
(5) David Malamed a rejoint Brown Rudnick en 2015 (LJA 1213).



 Le cabinet August & Debouzy en 2015


- 130 avocats dont 29 associés (un 30e sera nommé au 1er janvier 2016)
- 202 personnes au total en comptant le personnel administratif
- 22e cabinet en France (en nombre de productifs) / 9e cabinet français (source : Juristes_associés, Radiographie 2015)
- 35 ans : moyenne d’âge
- 53% de femmes / 47% d’hommes
- 2 fondateurs : Gilles August et Olivier Debouzy (décédé en 2010)
- 1 associé gérant : Emmanuelle Barbara
- Chiffre d'affaires : 48 M €
- 900 clients actifs
- 3 bureaux : Paris – Bruxelles – Casablanca
- 7 pôles de compétences : corporate, social, technologies - propriété intellectuelle - media, contentieux - arbitrage - pénal des affaires, public – réglementaire - environnement, fiscal, concurrence - consommation - distribution.


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