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Marc Petitier : l’envol

Par Aurélia Granel | Photographies Mark Davies

Après 20 années passées chez Linklaters, Marc Petitier a rejoint le bureau parisien de White & Case en novembre dernier. Un vent d’air frais pour ce spécialiste du corporate/M&A qui s’est illustré, avec discrétion, sur une série de beaux dossiers.

À 45 ans, Marc Petitier vient tout juste de faire le grand saut en intégrant la firme américaine White & Case comme associé. Mais surtout en quittant celle du Magic Circle Linklaters au sein de laquelle il a été formé pendant une vingtaine d’années. Longtemps resté dans l’ombre de ses ainés, l’associé veut maintenant prendre son envol. Prouver qu’il sait manœuvrer, négocier, attirer les clients et surtout porter les beaux dossiers corporate. « Dans mon enfance, j’appréciais les jeux de construction, se remémore-t-il. Comme je n’étais pas particulièrement manuel, je me suis orienté vers une profession où je pourrais effectuer des constructions intellectuelles ». Cet aîné d’une fratrie composée de trois garçons a grandi dans les Hauts-de-Seine. Sans être un élève modèle, il poursuit une scolarité assez classique qui le conduit, après l’obtention en 1993 d’un baccalauréat A1 Lettres-Mathématiques, à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ). Mais il y décrit l’apprentissage comme étant très universitaire, pas vraiment passionnant. C’est chez Chaintrier Avocats, lors d’un stage d’une année qu’il effectue à mi-temps pendant sa maîtrise, qu’il découvre avec plaisir le monde de l’avocature. « Aucun membre de mon cercle familial n’était dans le droit, même si de très nombreux juristes se comptent parmi mes ancêtres. Je ne suis toutefois pas certain que cela se transmette dans les gênes, raconte-t-il avec une pointe d’humour. Plus sérieusement, le droit est une matière qui m’a attiré car j’ai toujours été guidé par un souci de justice ».

Après un DEA en droit des contrats commerciaux qu’il obtient en 1998, le futur avocat se lance dans un DESS de gestion et finance à l’IAE de Paris pour parfaire son parcours. Il effectue un semestre dans une université américaine, un stage chez Baker McKenzie en corporate, puis réussit, dans la foulée, l’examen d’entrée à l’école des avocats. « Il me semblait assez évident que le meilleur environnement possible pour pratiquer le droit était d’exercer en tant qu’avocat, explique-t-il. Il s’agit de la profession juridique la plus diversifiée en termes de dossiers et de clients ». Pour parfaire sa formation, il retarde son entrée à l’EFB d’un an et part à Londres. Il postule en finance et atterrit chez Cubitt Consulting, un cabinet de conseil en relations investisseurs. Le jeune analyste réalise notamment des études de perception et de prêts, progresse en anglais, hésite légèrement lorsqu’il reçoit une offre avant son départ, mais fait le choix de rentrer en France.

L’aventure Linklaters

Nous sommes fin décembre 2000 et la Haute école des avocats conseils (Hédac) de Versailles lui impose de débuter un stage mi-janvier. « Le 23 décembre, j’ai posté en urgence une dizaine de CV à des cabinets parisiens, souligne Marc Petitier tout en reconnaissant qu’avec un tel timing, ce serait peine perdue de nos jours. L’un des stagiaires que j’avais rencontré lors de mon expérience chez Baker McKenzie avait effectué un stage chez Linklaters et en avait gardé un excellent souvenir, alors je leur ai soumis ma candidature ». Il est reçu en entretien par Arnaud de La Cotardière pendant une dizaine de minutes, puis traverse les Champs-Élysées pour en passer un second chez Couderc. C’est Linklaters qui lui fait une offre en premier. Et l’aventure commence alors. Il débute son stage, en corporate, le 15 janvier 2001, aux côtés des associés de l’époque : Thierry Vassogne, David Aknin, Patrick Laporte et Marc Loy. Quelle équipe ! S’il estime avoir appris techniquement avec la plupart d’entre eux, Marc Petitier reconnaît : « Marc Loy a eu un rôle important sur ma manière d’être professionnelle. Il m’a non seulement appris à ne pas me fixer de limites, mais aussi que la conviction que l’on donne à ses propos auprès des clients est un élément aussi indispensable que la maitrise technique ». Marc Loy se souvient avoir remarqué très tôt le jeune avocat. Il explique : « Marc Petitier est une personne qui s’adapte à toutes les situations. Rien ne l’arrête. Peu de gens sont prêts à se mettre complètement au service de leurs clients comme il le fait ».

Après avoir également passé six mois dans le département banking de Linklaters, Marc Petitier se voit proposer une collaboration dans l’équipe corporate. Il intervient sur l’offre publique de Sanofi sur Aventis, au sein d’une équipe dirigée par Thierry Vassogne. Un premier dossier marquant en raison de « sa complexité, des enjeux et de son évolution ». Cette OPA hostile qui s’est transformée en offre publique amicale le fait travailler « comme un dingue » en 2003-2004. Il enchaîne l’année suivante avec l’acquisition des chantiers de l’Atlantique. Il conseille le groupe norvégien Aker Yards qui rachète à Alstom les chantiers navals de Saint-Nazaire. Marc Loy se souvient : « Les contrats de construction de méthanier étaient un domaine jusqu’ici inconnu pour nous deux. Mais Marc n’a pas hésité une seconde à s’approprier le dossier et à partir un nombre incalculable de fois en Loire-Atlantique. Lorsqu’on lui confie une mission, il n’a peur de rien. Il fonce ».

Comme la majorité des avocats de la firme, il est envoyé ensuite plusieurs mois à l’étranger, au bureau de Londres. À son retour, en 2007, il est détaché place Vendôme, au sein des équipes parisiennes de JP Morgan. « Cette expérience s’est révélée un atout extraordinaire pour ma carrière car elle m’a permis de voir l’envers du décor, c’est-à-dire le fonctionnement d’une banque d’affaires de l’intérieur », indique-t-il. À l’issue de cette mission, il reçoit une proposition de la part du general counsel Europe qui cherche un responsable juridique. Mais Marc Petitier a déjà l’association en tête et refuse poliment. Il se donne alors corps et âme à son cabinet et continue à se démarquer sur les dossiers de fusions et acquisitions cotées et non-cotées, de cessions et joint-ventures. En 2011, il assiste notamment Engie dans la cession de 30 % de son activité d’exploration et de production au fonds China Investment Corporation, ce qui lui vaut quelques voyages en Chine. À force de travail et d’implication, il est nommé associé equity l’année suivante.

Une envie de nouveauté

L’avocat se fait alors remarquer auprès d’une clientèle composée de banques, de sociétés d’assurance et d’industriels, en particulier du secteur énergétique. Le modèle prôné par Linklaters ne lui permet pas vraiment d’être porté sur le devant de la scène, mais ses dossiers lui apportent doucement une réputation de rising star sur la place parisienne. En juillet 2019, il accompagne le belge GBL lors de l’acquisition de Webhelp auprès du fonds d’investissement américain KKR pour un montant de 2,4 Mds€. Début 2020, il assiste le fournisseur américain d’emballages Silgan dans le rachat de la branche Dispensing Systems d’Albéa pour un montant de 900 M$. Il intervient également aux côtés d’Engie, lors de la création d’une joint-venture avec EDPR, dans le domaine de l’éolien offshore. Au mois de mars dernier, il a accompagné RTL Group sur le rachat de 50 % du capital de Bedrock à M6. On le remarque aussi auprès de Bouygues ou de Société Générale. Il développe une expertise dans les secteurs de la technologie, des services financiers, de l’énergie et des infrastructures, et intervient également dans le cadre d’opérations en Afrique.

De beaux dossiers qui ont attiré le regard de White & Case. « Un certain nombre de cabinets et de chasseurs de têtes m’avaient approché au fil des années, mais je n’étais pas à l’écoute du marché avant de voir ce que faisait White & Case qui poursuit une croissance impressionnante », explique Marc Petitier. Il faut dire qu’un certain nombre de ses anciens associés spécialistes du capital market avaient rejoint quelques années plus tôt la firme américaine, leur procurant une belle visibilité et des dossiers remarqués. La firme ne cache pas ses ambitions de développement à Paris et enchaîne les recrutements. Le département Corporate/M&A emmené par Hugues Mathez, composé des associés Franck de Vita, Nathalie Nègre-Eveillard et Guillaume Vallat, s’est considérablement renforcé ces dernières années. Fin 2018, ce sont les arrivées de Saam Golshani, Alexis Hojabr et Guillaume Vitrich en M&A et restructuring, puis de Diane Lamarche en contentieux boursier, en 2019, qui sont venues agrandir l’équipe, tous en provenance d’Orrick. Une dynamique intéressante pour l’associé, qui raconte : « L’esprit d’équipe, la volonté de travail collectif ainsi que la complémentarité d’expertises sont évidentes et je n’ai pas hésité à sortir de ma zone de confort pour rejoindre le cabinet ». Porté par un nouvel élan, ce caractère plutôt discret semble s’éveiller quand il raconte ce qui l’a attiré : « Être dix associés spécialisés en corporate nous permet d’avoir une complémentarité d’expertises qui est une vraie richesse dans notre pratique. Peu de cabinets sont à même d’intervenir sur un champ aussi large d’opérations corporate ». Il avoue également avoir été séduit par la force de frappe de la firme américaine. « La couverture géographique et la diversité des compétences chez White & Case vont me permettre d’intervenir davantage sur des opérations internationales, notamment avec les Amériques, ce qui représente un nouveau jalon dans ma carrière », explique-t-il.

Marc Petitier a semble-t-il trouvé sa voie. En relevant le challenge de l’exercice en firme américaine, il se sent enfin pousser des ailes. « Des associés m’ont dit que je souriais toute la journée. Certes, cela détone un peu avec la morosité ambiante liée à cette période, mais je ne peux pas m’en empêcher », conclut-il avec les yeux pétillants. 

Quelques dates : 

15 avril 1975 : Naissance

1993 : Baccalauréat A1 Lettres–Mathématiques

1998 : DEA en droit des contrats commerciaux, UVSQ

1999 : DESS de gestion et finance, IAE de Paris

2000 : Analyste chez Cubitt Consulting, Londres

2001 : Haute école des avocats conseils de Versailles

2001 : Arrivée chez Linklaters

2007 : Détachement chez JP Morgan

2012 : Promu associé de Linklaters

2021 : Arrivée chez White & Case

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