Connexion

Rise : réenchanter l’avocature

Par Anne Portmann

Il y a quelques mois, la LJA annonçait la naissance de Rise, un collectif fondé par une dizaine d’avocats parisiens (v. LJAH n ° 1687). Depuis la grande soirée Lamy liaisons au Jeu de Paume puis l’événement de lancement du 30 septembre 2025, les projets de l’association se précisent. Explications par deux des fondatrices, Julia Zein et Kathy Azevedo.

Quelle est la vocation de Rise ?
Est-ce un syndicat, un réseau, un cercle d’affaires ?

Julia Zein : Rise n’a pas vocation à être un syndicat ou à être affilié à un syndicat. Nous pensons qu’il est possible de faire entendre sa voix différemment. Nous sommes complètement apolitiques et avons d’abord pour ambition de rassembler le plus grand nombre. Rise est davantage un collectif de prise de parole, d’échanges et d’entraide entre avocats. Nous avons la volonté de remettre de la joie dans l’exercice de la profession d’avocat qui semble en manquer. Un sondage récent révélait ainsi que 38 % des avocats avaient déclaré avoir été harcelés. Nous voulons remettre du collectif au sein d’un secteur où les personnes sont de plus en plus isolées. Il faut réhabiliter la confraternité

Kathy Azevedo : La profession est par essence individualiste et il est compliqué, lorsque l’on est avocat, de faire état de ses difficultés. Au regard des drames qui ont touché nos confrères ces dernières années, et notamment le récent suicide de Maxime Tessier à Rennes, il est évident que cette culture, que cette omerta sur le mal-être de certains d’entre nous, montre ses limites. Les avocats doivent pouvoir échanger librement sur les sujets qui les préoccupent. Rise veut être un lieu d’échanges et d’actions. En cela, il n’est finalement pas très éloigné d’un « cercle de parole ».

Comment fonctionne l’association ?

J.Z. : Nous comptons aujourd’hui 71 membres et fonctionnons par cercles : IA & transformation de l’avocature, good life & santé, business club, égalité, la fête. Chaque cercle est chapeauté par un membre fondateur de Rise mais notre organisation est très flexible et peut évoluer en fonction des besoins.

La cotisation s’élève à 100 € par an (75 € pour les avocats ayant moins de 5 ans de barre). Rise est également soutenu par des partenariats, qui peuvent prendre différentes formes. Nous invitons d’ailleurs tous les cabinets qui partagent nos valeurs à se joindre à nous.

Quels évènements organisez-vous ?

J.Z. : Tous les mois, les confrères qui le souhaitent peuvent venir nous rejoindre autour d’un verre, au café Alice, à Madeleine, pour échanger de manière informelle. Nous organisons également des rencontres mensuelles autour de thématiques liées à la profession d’avocat. Le 5 novembre dernier, par exemple, nous avons monté une conférence sur le sujet crucial du pricing, dans les locaux du cabinet Simmons & Simmons. Les avocats ont ­souvent du mal à valoriser leur travail et les formations proposées sur ce point par nos ordres et par les institutions professionnelles ne sont pas satisfaisantes. Il n’y a pas de remise en question des schémas qui ont toujours été appliqués, comme le dogme de la facturation à l’heure. Nos rencontres sont l’occasion d’aller chercher l’éclairage d’autres professionnels. Sur ce sujet, nous avons par exemple fait appel à un conseil en sales très pertinent.

La prochaine conférence portera sur le thème : « Comment prendre sa retraite à 50 ans », au mois de février 2026. Nous organiserons ensuite Les assises de l’IA, en mars 2026. Nous croyons aux vertus du doute et de l’esprit critique. Nous pensons qu’il est sain de se remettre en question et de faire preuve d’audace pour avancer. Nous croyons à la force du collectif et qu’il est possible de faire évoluer les choses ensemble.

K.A. : Le 9 décembre prochain, aura lieu la Rise run, une course, dans le quartier de la Madeleine, Nous aimerions également organiser une « cardio rave » [des exercices de cardio sur de la musique techno, ndlr], avec d’autres associations du barreau. Rise souhaite ainsi créer des ponts avec les autres associations du barreau, sportives ou non. L’idée c’est que nous soyons un catalyseur des initiatives qui se font jour pour animer la profession.

Pourquoi ces remises en question vous semblent nécessaires ?

J.Z. : La profession d’avocat est à un tournant et la survenance de l’IA générative bouleverse les habitudes de travail. Il convient de créer des synergies entre nous afin que personne ne reste sur le bord de la route. Nous voulons unir toutes les bonnes volontés pour faire évoluer la profession qui doit s’adapter au monde moderne. Nous souhaitons impulser le mouvement, et venir au soutien des initiatives, y compris ordinales qui fleurissent en ce sens. Les avocats doivent devenir des entrepreneurs au lieu d’être des artistes.

K.A. : Nous sommes à un tournant économique, sociétal et technologique et plutôt que de craindre le changement, il faut épouser ce mouvement. Ainsi Rise se donne pour mission le testing d’outils professionnels. Nous voulons ainsi aider nos confrères à choisir les meilleurs outils sur le marché, en les testant, en échangeant, qu’il s’agisse de logiciels de comptabilité ou autres. Si nous nous regroupons, nous pouvons aller voir les fournisseurs et, qui sait, obtenir des tarifs préférentiels. C’est ensemble, en unissant les énergies, les parcours et les générations, que nous pourrons repenser une profession plus ouverte, plus équitable, plus innovante. T