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A la faveur de l’augmentation du nombre de réglementations en matière compliance, notamment au niveau international, les directions juridiques et cabinets d’avocats d’affaires présentent de nouveaux besoins en matière de traduction juridique.

Par Clémentine Locastro

Explications par Marc Jany, vice-président éthique et conformité chez Dassault Systèmes, et Aboubekeur Zineddine, fondateur de Trad’Zine.

Le marché du droit s’est considérablement internationalisé. Comment les directions juridiques se sont-elles adaptées pour répondre à l’ensemble des défis juridiques mondiaux ?

MARC JANY : La mondialisation du marché du droit est le reflet de celle de l’économie de marché, qui a été favorisée par le développement des réseaux de communication et par l’ouverture des marchés de capitaux. Sur le plan juridique, on constate un fort développement de normes contraignantes, que ce soit en matière d’anticorruption, de protection des données personnelles, de devoir de vigilance, de contrôle des exportations et de protection des lanceurs d’alerte. Les directions juridiques et de conformité ont dû s’adapter, notamment en accroissant leurs compétences internes avec des équipes pluridisciplinaires, organisées par régions et spécialités. Elles ont bien sûr recours à des cabinets externes dans des domaines précis, tels que le contentieux et les fusions-acquisitions. Mais il y a désormais une nécessité d’ajuster les règles et outils de l’entreprise aux enjeux régionaux et linguistiques, ce qui implique par exemple l’adaptation des contrats types et autres documentations au droit local et leur traduction en plusieurs langues.

Comment Trad’zine s’est-il adapté pour accompagner les grands groupes dans cet univers mondialisé ?

ABOUBEKEUR ZINEDDINE : Depuis 2015, Trad’zine accompagne des sociétés internationales et des cabinets d’avocats, en leur proposant des services sur-mesure en matière de traduction et d’interprétation juridique, pour répondre à l’ensemble de leurs besoins. Pour apporter à nos clients la bonne solution au bon moment, nous avons misé sur une proximité totale avec eux et sur l’hyperspécialisation de nos prestations. Notre offre de services et nos solutions ont suivi l’évolution des marchés et ont considérablement évolué. Grâce à l’intelligence artificielle, nos propres corpus de traduction juridique (environ 30 millions de mots) et le concours d’une équipe pluridisciplinaire (des linguistes informaticiens, des traducteurs juridiques et des terminologues), nous avons pu développer un outil (LEX 24/7) capable de détecter instantanément les traductions déjà réalisées, de traduire et de résumer des documents dans plusieurs langues. Cet outil est donc le fruit de plusieurs années de travail, qui a pour objectif de répondre aux enjeux de réactivité et aux problématiques d’urgence des juristes. Nous travaillons actuellement sur le développement de nouvelles solutions pour répondre à certaines problématiques de nos clients.

À quels moments faites-vous appel à des entreprises de traduction juridique chez Dassault Systèmes ?

MARC JANY : Pour répondre aux exigences des réglementations anticorruption ou protection des données, ainsi que des règles de droit social, les procédures et les formations obligatoires de l’entreprise doivent être traduites en langue locale dans un certain nombre de pays. Cela concerne en premier lieu le code de conduite, mais également les règles et procédures annexées au règlement intérieur. À titre d’exemple, notre code de conduite a été traduit en 17 langues. Pour l’ensemble de ces sujets, nous faisons appel à des sociétés de traduction, mais également à des cabinets d’avocats pour s’assurer que tous nos écrits sont conformes au droit local. En plus de l’augmentation du type de procédures et de langues concernées, nous avons dû diversifier les modes de formation et vecteurs de communication pour répondre aux exigences réglementaires et au monde post Covid 19. À titre d’exemple, nous avons accru le nombre de formations disponibles en e-learning et développé des vidéos de formation car le présentiel ne suffit plus. Les traductions classiques de documents juridiques sont nombreuses, mais s’y ajoutent de nouvelles exigences : la production de contenus à partir d’éléments écrits, notamment des réalisations audiovisuelles, afin que les collaborateurs des différents pays aient une bonne compréhension des règles impératives qui leur sont applicables. Les collaborateurs et les représentants du personnel ont eux-mêmes des attentes importantes en ce qui concerne l’accessibilité et la qualité de ces outils.

ABOUBEKEUR ZINEDDINE : C’est tout le rôle d’un cabinet de traduction spécialisé : au-delà de la traduction, il doit être capable de fournir un conseil sur une culture ou sur une langue étrangère.

Avez-vous remarqué de nouveaux besoins en termes de traductions juridiques par les entreprises ?

ABOUBEKEUR ZINEDDINE : Nous suivons l’évolution de la forme de travail de nos clients. C’est pourquoi nous développons différents axes de nos métiers et favorisons des outils nous permettant d’aller vers du contenu instantané. Il est nécessaire que nos prestataires aient une vision à 360 degrés et soient capables de jongler entre les différentes facettes d’une même prestation. Nous accompagnons aussi nos clients sur des périmètres qui, de prime abord, ne sont pas les nôtres. Par exemple, ils nous sollicitent énormément sur la légalisation de documents dans le cadre d’une internationalisation. L’adaptabilité est une nécessité dans notre secteur d’activité. Une banque internationale nous a sollicités pour la traduction d’une newsletter, à laquelle s’est ajoutée une vidéo. J’ai donc fait appel à un prestataire pour se charger du sous-titrage. Nous faisons toujours en sorte de nous adapter aux demandes de nos clients, même si celles-ci sont nouvelles.

MARC JANY : Comme je l’ai indiqué, les besoins sont multiformes. D’une part, nous passons d’une traduction papier à une traduction multimédia, d’autre part, le nombre de thèmes à traiter et la quantité d’informations à mettre à disposition des collaborateurs à travers le monde dans différentes langues n’a jamais été aussi élevé. On peut citer comme exemple récent, la directive européenne sur la protection des lanceurs d’alerte qui va générer des adaptations et des traductions des politiques de l’entreprise dans les différents pays en fonction des lois d’applications nationales, telle que la nouvelle loi qui vient d’être votée en France.

ABOUBEKEUR ZINEDDINE : Depuis plusieurs mois, j’ai remarqué un pic de demandes de traduction relatives au RGPD. En effet, les entreprises et les cabinets d’avocats ont fait face à une augmentation du nombre de documents à traduire pour se mettre à jour avec cette réglementation.

MARC JANY : Je corrobore votre analyse concernant le RGPD. L’ensemble des sociétés doivent communiquer, à leurs clients et aux tiers, les règles qu’elles suivent pour la protection des données personnelles. Au sein du groupe Dassault Systèmes, nous développons actuellement un e-learning sur ce sujet à destination de tous nos collaborateurs. Une adaptation dans différentes langues est donc nécessaire, ce qui représente un travail additionnel pour nous.

Aboubekeur Zineddine, comment aidez-vous les professionnels dans leurs problématiques de compliance ?

ABOUBEKEUR ZINEDDINE : Nous accompagnons des entreprises dans leurs problématiques de compliance depuis nos débuts. Nos missions dans ce domaine sont diverses et adaptées à chaque client, dossier ou situation. Nous réalisons des missions de compliance confidentielles, qui impliquent de nous déplacer sur le site des clients pour travailler sur leur plateforme en interne. J’ajoute que nous accompagnons également des entreprises avec notre traduction certifiée et nos services de légalisation, pour leur permettre de répondre aux exigences d’autres pays en termes de compliance. En effet, les grands groupes se tournent de plus de plus vers les structures de taille humaine à la recherche de prestations agiles et ultra-personnalisées.

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