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Fintech : dix ans de M&A qui rebattent les cartes

Par Laura Dray

Pour sa 5e étude, Morgan Lewis, en partenariat avec l’Observatoire de la fintech, a mené une enquête en revenant sur 10 années d’opérations de fusions-acquisitions dans le secteur de la fintech. Le fil rouge de leur analyse : « comment les rapprochements changent la donne ? ».

Le marché du M&A français dans le secteur de la fintech a connu une évolution intéressante en 10 ans. D’abord entre 2017 et 2020, les opérations de fusions-acquisitions sont restées timorées avec seulement 6 à 8 opérations par an. Le reflet d’un écosystème en construction, avec des deals surtout opportunistes. À partir de 2021, la dynamique s’est accélérée, notamment des suites du Covid-19 qui a digitalisé à marche forcée les pratiques de travail. Par conséquent, pas moins de 30 opérations d’acquisitions ont été enregistrées cette année-là dans le secteur. En 2022, un niveau record est atteint, avec 59 opérations facilitées par des taux d’intérêts historiquement bas, beaucoup de liquidités et de fortes valorisations. La stabilisation a démarré en 2023, avec 55 opérations répertoriées. Puis, au premier semestre 2025, ce ne sont plus que 23 deals qui ont été signés. Alexandre Omaggio, associé chez Morgan Lewis, témoigne : « Après une période d’expansion dynamique, l’accent est désormais mis sur la consolidation. Les fusions-acquisitions jouent un rôle de plus en plus crucial, soit comme outil de croissance et d’acquisition technologique, soit comme moyen d’assurer la viabilité à long terme de certaines entreprises ».

 

Quant au private equity, les fonds d’investissement sortent leur épingle du jeu par leurs capitaux, mais aussi par leur expertise stratégique et opérationnelle. De plus en plus d’acteurs étrangers jouent un rôle dynamique dans la consolidation européenne. L’enquête de la firme Morgan Lewis et de l’Observatoire de la fintech met d’ailleurs l’accent sur un élargissement géographique des opérations : les acquisitions transfrontalières se multiplient, traduisant une ambition d’ancrage européen et d’échelle. Les investisseurs américains pénètrent le marché avec force en comptant à leurs actifs pas moins de 14 opérations depuis 2020. Le rapport souligne aussi la montée des acquéreurs “IT & logiciels”, représentant environ 20 % des acheteurs.

Selon le rapport, l’âge moyen des fintech ciblées dans les opérations de M&A est de 10 ans. Une maturité nécessaire qui permet aux acteurs de mutualiser les ressources, fédérer des compétences et renforcer leur gouvernance pour faire face aux contraintes réglementaires et au contexte macroéconomique que l’on sait compliqué.

Dynamique par sous-secteur et deals marquants

Si depuis 2017, 252 opérations de M&A ont été comptabilisées dans l’environnement des fintechs, les services aux acteurs financiers constituent le secteur qui séduit davantage les investisseurs (51 opérations M&A réalisées depuis 2017). Suivent ensuite les paiements (47 opérations) et, juste derrière, les assurtechs avec pas moins de 37 opérations enregistrées sur cette période.

Parmi les deals les plus emblématiques, rappelons notamment en 2025 l’introduction en bourse de Younited via le SPAC Iris Financial, soutenue par Ripplewood qui investit jusqu’à 200 M€. Puis celle menée par Younited qui a fait l’acquisition de Helios pour créer une plateforme à la fois spécialiste du crédit instantané et de la finance responsable. Mais aussi Earnix qui a racheté Zelros afin de rassembler IA prédictive, générative, agentique au service des assureurs et des banques.

 

Les acteurs traditionnels sont bien présents sur le marché mais deviennent plus sélectifs. À titre d’exemple, BNP Paribas a acquis Nickel afin de compléter son offre bancaire digitale. Le groupe Crédit Agricole a racheté Linxo en détenant plus de 85 % du capital pour le paiement digital. « Les acquisitions vont redistribuer les cartes entre les acteurs établis et les nouveaux entrants, intensifiant ainsi la concurrence », précise Hubert de Vauplane, associé de Morgan Lewis. Une évolution du marché qui résonne fortement avec la perception des dirigeants.

L’avis des CEO

Une enquête anonyme a été menée auprès des CEO de fintech pour savoir comment ils perçoivent le marché. Elle révèle qu’un répondant sur deux est ouvert à l’éventualité d’être racheté par un autre. Cette évolution traduit un véritable changement de paradigme : alors qu’autrefois la cession était perçue comme l’aboutissement, voire la clôture, du cycle entrepreneurial, elle est désormais considérée comme une étape stratégique parmi d’autres dans le développement de l’entreprise. Et les chiffres en témoignent : 43 % des opérations de M&A dans le secteur des fintechs relèvent désormais de stratégies de build-up, c’est-à-dire d’acquisitions réalisées par d’autres fintechs. Une dynamique qui traduit un mouvement de consolidation interne particulièrement marqué, où les acteurs cherchent à gagner en taille, à élargir leur portefeuille de services et à renforcer leur position concurrentielle. T