Seconde édition du Paris Regtech Forum – Les nouveaux terrains de conquête de l’écosystème

Paru dans La Lettre des Juristes d'Affaires n°1414 du 07 octobre 2019

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La seconde édition du Paris RegTech Forum avait lieu mercredi à l’Espace Saint Martin. Organisé par le Cercle Montesquieu et Open Law, en partenariat avec la LJA, l’événement a réuni 300 participants, acteurs des professions juridiques en entreprise, venus pour partager et comprendre les approches innovantes de ces nouveaux acteurs de la régulation et de la conformité. Retour sur une journée riche en échanges.

L’année dernière, le forum s’était terminé sur une note très positive. Les directions juridiques disaient être dans les starting blocks pour intégrer ces nouvelles technologies, conscientes que l’outil était devenu indispensable pour gérer le risque d’exposition de l’entreprise. Mais depuis, que s’est-il passé ? Comment se structure désormais l’écosystème ?

Cette seconde édition avait pour objectif de poursuivre l’identification de l’expression des besoins des directions juridiques en matière de regtechs, de connaître les nouveaux domaines d’applications de celles-ci et de consolider l’écosystème Français. « Les directeurs juridiques sont tous conscients que, face à l’avalanche de réglementations portant sur le RGPD, la compliance ou même la RSE, ils sont désormais obligés de passer par une regtech », a introduit Bénédicte Wautelet, vice-présidente du Cercle Montesquieu. « L’an dernier, nous avions souhaité participer à la naissance de l’écosystème des regtechs. Désormais la dynamique est lancée et nous devons aller plus loin », a poursuivi Benjamin Jean, président d’Open Law.

La structuration de l’ecosysteme

Comme pour confirmer l’émergence de cet écosystème, Jean-David Chamboredon, fondateur et coprésident de France Digitale, avait fait le déplacement pour témoigner de son expérience. « Lorsque nous avons fondé France Digitale au printemps 2012, notre objectif était d’aligner les intérêts des entrepreneurs et des investisseurs sur la création de valeur, pour ainsi pouvoir mieux peser sur les pouvoirs publics, a-t-il raconté. Nos défis étaient d’animer la communauté, d’organiser des événements et des rencontres pour nous permettre ensuite de faire du lobbying auprès du gouvernement et des parlementaires ». Et c’est bien dans cette tendance que s’inscrit le Paris RegTech Forum. « Le directeur juridique est à la meilleure place pour développer cet écosystème », s’est réjouit Bénédicte Wautelet. Pour Marc Mossé, président de l’AFJE : « un dialogue doit s’établir entre les acteurs qui ont parfois des cultures et des intérêts différents. Les start-up doivent s’engager dans une voie utile pour les clients et donc doivent être à l’écoute du marché. Il ne faut pas oublier non plus le rôle des régulateurs nationaux et européen dans la structuration de cet écosystème qui doivent trouver leur place ». Et de préciser ensuite : « On doit trouver un équilibre entre la nécessaire garantie des droits et la sur-réglementation européenne qui peut gêner le développement d’un écosystème européen sans nécessairement pénaliser les grands groupes qui, eux, ont les moyens de s’organiser ».

L’investissement dans les regtechs s’organise

« Le terrain de jeu des regtech est assurément international, a expliqué Laure Lavorel, présidente du Cercle Montesquieu. Mais il est certainement aussi national ». En témoigne notamment l’organisation d’un marché de l’investissement dans les regtech. En phase d’amorçage, c’est l’investissement public qui soutient le secteur, notamment à travers les prises de participation de Bpifrance. Même si le seed continue à être une étape difficile en France, certaines initiatives publiques permettent de guider les entrepreneurs comme la création du Swave, la plateforme d’innovation dédiée aux fintech de Paris & Co dont l’un des objectifs est de mettre en relation les start up avec les investisseurs, ou encore le pôle de compétitivité Finance Innovation qui encourage l’innovation et la recherche dans l’écosystème financier.

En série A ou B, les investisseurs privés entrent dans la course, mais ils demeurent, pour le moment, surtout étrangers. Les fonds VC français sont encore frileux pour intégrer le marché. Daniele Genovesi, directeur d’investissement chez Truffle Capital, estime que « le marché est limité pour les investisseurs VC, car il est encore fragmenté et trop petit ». Mais les perspectives sont encourageantes pour lui, car « il y a beaucoup d’argent à investir et que la réglementation devrait rapidement prendre une dimension européenne donnant ainsi une plus grande profondeur au marché ». Dans tous les cas, cet écosystème sera porté par le développement de solutions technologiques concrètes, sécurisées, simples d’usage et permettant l’adhésion des utilisateurs finaux c’est-à-dire les équipes de juristes.