Le bureau français de la firme américaine Orrick vit actuellement quelques turbulences. L’information a été révélée par la presse outre-Atlantique qui se déchaîne depuis : Pascal Agboyibor, associé parisien, ancien managing partner, responsable de la pratique Afrique, a été prié de faire ses valises vendredi dernier.

On lui reproche des comportements inappropriés et déplacés à l’égard de l’une des membres de l’équipe parisienne. Et sur ce genre de questions, les structures américaines ne transigent pas. On se souvient d’ailleurs du départ fracassant de Bill Voge, chairman de Latham & Watkins, après des accusations de « communications de nature sexuelle » l’année dernière.

Orrick l’a, pour sa part, confirmé au journal The American Lawyer par écrit : « Pascal Agboyibor, of our Paris office, is no longer a partner at Orrick. This is a decision taken by our board in order to uphold our values and culture, and is entirely unrelated to client work ». C’est un véritable coup dur pour le cabinet dont Pascal Agboyibor était l’une des figures et représentait surtout l’un des chiffres d’affaires les plus importants au niveau mondial. L’avocat d’origine togolaise intervient sur des opérations de fusions-acquisitions et des projets de financement conséquents sur le continent africain. Il a l’oreille des personnes les plus influentes en Afrique et conseille les États (Mali, Guinée…) comme les entreprises africaines et internationales. Il a par exemple récemment assisté la République de Guinée dans le cadre de la négociation et de la signature d’une convention minière portant sur la réalisation par la société Chalco Hong Kong (filiale du groupe étatique chinois Chinalco), d’un investissement de 474 M$. Il occupe par ailleurs la deuxième place du classement des avocats d’affaires les plus influents réalisé par Jeune Afrique Business. C’est Yves Lepage, associé co-responsable de la pratique infrastructure, qui le remplace depuis cette semaine à la tête du département Afrique.

Cette regrettable annonce suit de près une succession de départs de personnalités pour le moins marquantes de la maison. Quinze ans après son arrivée, David Syed, qui avait ouvert le bureau français de la firme en 2002 et qui avait été à la manoeuvre lors du rapprochement avec l’équipe de Rambaud Martel en 2006, a rejoint Dentons en novembre 2017 (cf. LJA 1326). Saam Golshani a pour sa part rejoint White & Case en novembre dernier (cf. LJA 1373). Celui que l’on présente comme la star du restructuring français exerçait chez Orrick depuis 2004 et était devenu co-responsable de la pratique pour l’Europe. Il se murmure également que Diane Lamarche, cooptée au rang d’associée contentieux en 2017, à tout juste 32 ans, et qui se décrit elle-même comme « un produit made in Orrick », viendrait d’être votée associée de White & Case. Elle devrait donc poser rapidement ses valises place Vendôme, quittant ainsi son mentor, Jean-Pierre Martel, après douze ans de travail en commun.

Bref. Le bureau français d’Orrick est dans la tourmente. Mais Jean-Pierre Martel en a connu bien d’autres et, fort de sa grande capacité d’adaptation, de son inébranlable envie de continuer à exercer et de la confiance de ses clients, nul doute qu’il saura, une fois encore, sortir son équipe de cette situation délicate.