Mouvements d’associés : l’effet Brexit ne se dément pas

Paru dans La Lettre des Juristes d'Affaires N°1337 - 12 février 2018

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Attendu chaque année par l’ensemble de la place, le baromètre Day One des mouvements d’associés dans les cabinets d’avocats d’affaires en France en 2017 vient de paraître. La LJA en dévoile les détails en exclusivité.

209, c’est le nombre de mouvements d’associés observés en 2017. Un nombre en très légère baisse par rapport à l’année précédente (-2 %), mais surtout le plus faible volume depuis 2010. La reprise de l’économie financière française n’y est bien sûr pas étrangère. Le marché se redessine plus quand les dossiers sont moins nombreux, voire en temps de difficultés, car les relations entre associés peuvent rapidement s’envenimer entraînant des départs. Lorsque le temps est au beau fixe, les grands cabinets ont par ailleurs moins tendance à se trouver en compétition avec les boutiques de niche. Les clients entreprennent plus de grandes opérations dans lesquelles les honoraires sont un peu moins négociés. Là encore, les chiffres révélés par Day One confirment cette tendance. « Les nouvelles structures (celles créées dans les deux dernières années) n’ont accueilli cette année que 23 % des mouvements d’associés, contre généralement 30-35 %, soit un plus bas historique remarquable », souligne l’étude. Mais c’est surtout la nationalité des cabinets de départ qui constitue une vraie rupture.

Baromètre Day One – Tous droits réservés

Record historique de départs d’associés de cabinets anglais

Effet Brexit, rémunération en dessous du marché, rationalisation des équipes… Toutes les raisons sont avancées par les intéressés, elles sont même sans aucun doute liées les unes aux autres. Et les chiffres ne trompent pas : 1 associé sur 4 ayant changé de cabinet cette année est issu d’une structure britannique. Une donnée qui parle d’elle-même, alors que nombre d’avocats de ces firmes continuent à affirmer que la sortie de l’Union européenne par la Grande Bretagne ne changera rien à leur business. Ils sont tout de même cette année 45 associés à avoir quitté un cabinet anglais, soit 23 % des mouvements réalisés. Et qui en profite le plus ? Les Américains bien sûr. Quelques exceptions sont à indiquer : la remarquable arrivée de l’équipe de Pierre Popesco chez le français CMS Francis Lefebvre Avocats et le recrutement de cinq associés d’Ashurst par l’anglais Freshfields.

Mais dans la plupart des cas, les anciens associés britanniques ont fait le choix de rejoindre une firme américaine. « Les cabinets ont été très actifs en termes de recrutements d’associés en 2014, avec 42 arrivées d’associés représentant 20 % des mouvements », précise l’étude. On notera par exemple l’arrivée de David Swinburne chez Jones Day, celle de Nathalie Duguay chez Willkie Farr & Gallagher ou encore celle de Guillaume Kessler chez Orrick. Rappelons également l’implantation à Paris des firmes Ogletree et, plus récemment, Hausfeld. L’équipe de Gibson Dunn a également été rejointe par cinq nouveaux associés, afin de créer de nouveaux départements contentieux et finance, ainsi que renforcer les équipes existantes en restructuring et en corporate. « En comparaison, très peu d’associés qui ont bougé en 2017 étaient issus de cabinets américains : seulement 16 %, soit le plus bas historique derrière 2010 (14 %). Cette contribution est en baisse constante depuis 2011, ce qui laisserait à penser que les associés ne quittent pas les cabinets américains », conclut l’étude.

L’expertise NTIC/médias et données personnelles au coeur des attentes

Si le corporate représente traditionnellement la pratique la plus recherchée par les cabinets (27 % des mouvements en 2017), il est néanmoins remarquable de constater cette année le record historique du nombre de mouvements sur l’expertise NTIC/médias et données personnelles : +144 % par rapport à la moyenne des 11 dernières années. La matière a représenté 22 mouvements d’associés, contre 9 en moyenne depuis 2006. L’étude indique d’ailleurs qu’elle « constitue la 6e expertise avec le plus de mouvements en 2017. C’est même la 5e expertise pour les cabinets US et français. Au total, 19 cabinets ont recruté un associé spécialisé en cette matière au cours de l’année 2017 ». Assurément, l’attention portée sur la réglementation des données personnelles, comme le RGPD, ou l’émergence de nouveaux sujets de cybercriminalité, ne sont pas étrangers à cette tendance. L’étude menée par la LJA en amont de sa conférence sur la cybercriminalité en décembre dernier ne trompait pas : 87 % des entreprises de plus de 500 personnes considèrent avoir des connaissances faibles ou moyennes en cybersécurité et seuls 25 % estiment avoir une bonne perception des différents contentieux pouvant émerger à l’issue de la mise en oeuvre du RGPD (cf. LJA 1329). Les avocats spécialisés devraient donc avoir du pain sur la planche.