• LJA magazine, Nº 102, 15 juin 2026
  • Interview
  • « L’intelligence collective nous porte au quotidien »

« L’intelligence collective nous porte au quotidien »

Publié le 15/06/2026 - LJA magazine - Nº 102

« L'intelligence collective nous porte au quotidien »

Publiée le 09/06/2026

  • À la tête du bureau parisien d'Osborne Clarke, Catherine Olive et Maxime Pigeon incarnent un modèle de gouvernance partagée, fondé sur la confiance mutuelle et l'intelligence collective. Entre autonomie assumée au sein d'une firme internationale structurée en Verein, intégration stratégique de l'intelligence artificielle et investissement fort dans les talents de demain, les deux co-managing partners livrent leur vision d'un cabinet en mouvement, résolument tourné vers 2030.
Portée

Maxime Pigeon et Catherine Olive

© © DR

Ondine Delaunay

Quelle est votre approche du management ?

MAXIME PIGEON : Le bureau parisien d'Osborne Clarke a été créé, en juillet 2013, grâce au recrutement de quatre associés fondateurs et de leurs équipes, tous issus de parcours et environnements différents. Les débuts ont été assez remarquables. D'abord parce que l'alchimie a très vite pris entre nous, mais aussi parce que nous avons vraiment fonctionné sur un mode très entrepreneurial. Nous étions focalisés sur le développement et la croissance de notre bureau. Le cabinet grandissant, la gouvernance a évolué en janvier 2020. Catherine et moi avons été nommés co-managing partners et nous avons recruté Laldja Baaziz en qualité de secrétaire générale. Elle s'est très vite révélée essentielle à notre dynamique collective.

CATHERINE OLIVE : Notre approche du co-management repose d'abord sur la grande confiance que nous avons l'un en l'autre et sur l'échange. Nos tâches ont été divisées en fonction de nos appétences. Au quotidien, je m'occupe davantage des sujets financiers et de structure, tandis que Maxime est plus focalisé sur l'ensemble des questions RH. Toutes les décisions un peu impactantes sont prises ensemble et nous assurons à tour de rôle la représentation du bureau de Paris au sein de notre international board. Les arbitrages importants et les sujets stratégiques sont débattus au sein de notre comité stratégique composé aujourd'hui des deux co-managing partners et de quatre associés parmi les plus seniors du bureau de Paris.

M.P. : Osborne Clarke compte aujourd'hui 91 avocats dont 19 associés. Nous tenons des réunions d'associés très régulièrement, environ une fois par mois, pour partager de l'information et discuter notamment business development, équipes, finance et stratégie. Certains associés prennent directement en charge des chantiers prioritaires. Je pense par exemple à David Haccoun et Alexandre Le Mière qui ont géré la réflexion du cabinet sur la performance des associés, ou à Xavier Pican qui pilote à Paris notre projet IA en coordination avec la stratégie IA de notre organisation internationale.

Justement s'agissant du recours à l'IA, où en sont vos réflexions quant à l'organisation du cabinet ?

C.O. : La réflexion est impulsée au sein de l'AI management board, organe international qui élabore la feuille de route de la stratégie IA. Ces nouveaux outils nous les voyons d'abord comme le moyen pour nos avocats de développer plus rapidement esprit critique, agilité et une position de business partner dans le traitement des dossiers. Nous travaillons au sein des équipes, en nous appuyant notamment sur ceux de nos collaborateurs qui se sont portés volontaires comme « ambassadeur IA » afin d'acculturer et faire adhérer le plus grand nombre à l'utilisation des outils et aux cas d'usages propres aux différentes pratiques. L'IA est une belle opportunité pour la dynamique collective.

Quelle est votre marge de manœuvre par rapport à la firme ?

M.P. : Osborne Clarke est organisé au plan international sous forme de Verein, structure au sein de laquelle sont logés nos organes de gouvernance internationale. Chaque bureau est donc responsable de ses résultats. Mais nous sommes très intégrés au niveau des systèmes informatiques, de la cybersécurité, du business development et naturellement nos standards de service clients. En termes de décision de gestion du bureau parisien, il existe une réelle liberté, corollaire de notre responsabilité financière. Nous décidons notamment à Paris de nos recrutements, des promotions internes, des rémunérations et de nos investissements propres.

C.O. : Ce modèle hybride qui combine stratégie internationale commune, mutualisation d'investissements clés et une latitude certaine pour un déploiement adapté en local, offre une alternative intéressante, moins top down et plus responsabilisante. Au fil des ans, l'équipe internationale centrale qui sert tous les bureaux du réseau s'est musclée, notamment face aux défis technologiques et aux enjeux globaux. La firme a par exemple recruté il y a trois ans un international chief transformation and technology officer et nous avons embauché, l'année dernière à Paris, une legal operation senior manager pour nous accompagner localement sur le déploiement de l'IA.

Quelles initiatives ont été mises en place pour construire une culture commune ?

M.P. : Dès le début de notre aventure, nous étions d'accord pour construire un projet sur des valeurs humaines, de respect et d'engagement au service d'une ambition partagée et d'un projet collectif. Et nous avons été particulièrement vigilants à maintenir cet ADN dans l'ensemble des recrutements d'associés, de collaborateurs et de personnel support que nous avons par la suite effectués. L'esprit collectif permet non seulement de rendre agréable le quotidien, mais surtout de développer les synergies et donc d'améliorer la performance. Nous avons une grande confiance dans nos fonctions supports pour nous aider à maintenir cet esprit fondateur, notamment grâce au soutien de Laure Carapezzi, la directrice des ressources humaines du cabinet.

C.O. : Nous prenons le temps dans nos processus de recrutements. Nous passons souvent plusieurs mois à échanger avec les associés latéraux qui nous rejoignent sur le fonctionnement collectif, l'importance du cross-selling, la capacité à être en lead comme à s'inscrire dans une équipe projet et le management des équipes. Quand nous recrutons un associé, nous ne cherchons pas simplement une adjonction de chiffre d'affaires ou l'enrichissement de notre offre de services, nous visons d'abord un nouveau partenaire de travail pour créer dans la durée de nouvelles synergies. Dans un monde complexe, la recherche de solutions nécessite souvent une confrontation constructive de point de vue différents. Au sein d'Osborne, et c'est je crois un trait assez fort de notre culture, nous nous efforçons de cultiver un dialogue positif et efficace, sans démonstration d'ego mais au contraire tourné vers la recherche de solutions et d'idées nouvelles, entre associés et au sein de nos équipes. L'intelligence collective nous porte au quotidien.

Quel parcours de progression avez-vous mis en place au sein du cabinet pour accompagner l'évolution des équipes ?

M.P. : Nous veillons tout d'abord à maintenir un équilibre entre les promotions internes et les recrutements latéraux. Notre plan pour 2030 donne une vraie place à la cooptation interne. Fort d'une grande stabilité de nos équipes, nos collaborateurs sont imprégnés de nos valeurs de travail. Certains d'entre eux feront de formidables associés. Nous veillons à reconnaître leur travail et leurs efforts au regard d'un parcours d'évolution au sein du cabinet leur permettant de se développer. Sur ce point notamment, la direction des ressources humaines tient un rôle important.

C.O. : Ce parcours est jalonné de formations techniques et soft skills (BD, management…), locales et internationales, adaptées à chaque niveau de séniorité, du collaborateur junior au counsel. Le rôle des counsels est très important pour le cabinet, sa stabilité et son développement. L'accès au counselship fait l'objet d'un processus de cooptation qui est conduit par une commission composée de trois associés. Les candidats sont accompagnés par un associé sponsor et sont responsabilisés et challengés sur les aspects management, service client et développement, comme sur leurs objectifs et motivations. Les recommandations de la commission sont ensuite validées par la collectivité des associés parisiens.

Quelles sont les priorités du cabinet dans votre stratégie à 2030 ?

C.O. : Le motto de la firme pour 2030 : « high performance with heart ». Nous continuons à cultiver l'excellence tout en préservant notre culture du collectif. Pour cela, l'intelligence artificielle au service de l'intelligence humaine et collective doit nous accompagner pour trans former nos méthodes de travail et nous rendre plus agiles. Et nous poursuivons la croissance à Paris et à l'international, supportée par notre approche sectorielle, notamment autours des secteurs technologies-media-telecom, santé et énergie et le renforcement de notre offre de services. Nous allons d'ailleurs bientôt annoncer de nouveaux recrutements.

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