
Régis Oréal
© © DR
Par
Ondine Delaunay
Selon quelle stratégie de croissance le cabinet d'origine britannique Herbert Smith s'est-il déployé durant ces dernières années ?
Au-delà du rapprochement avec des équipes locales dans certains pays pour développer ses bureaux d'Europe continentale, comme en Espagne ou en France, Herbert Smith a entrepris, au début des années 2010, de se rapprocher du cabinet Freehills, qui était alors l'un des acteurs majeurs du marché australien. Ce rapprochement a résulté du constat de l'importance de l'activité sur l'axe Asie-Pacifique, en particulier en consolidant un corridor d'activités, notamment vers des places comme Singapour et Hong Kong. Il était par ailleurs assez naturel pour nos bureaux britanniques de se rapprocher d'équipes australiennes dont l'ADN est proche. La fusion a été votée à l'unanimité en 2012 et les échanges se sont organisés assez naturellement entre les équipes. Certains de nos avocats ont ainsi pu exercer quelques mois à Sydney, illustrant concrètement cette dynamique d'intégration.
Par la suite, comment l'hypothèse d'une fusion avec une firme américaine a-t-elle été envisagée ?
Il faut reconnaître que nos clients parisiens ont joué un rôle moteur dans cette stratégie de déploiement aux États-Unis. Nombre d'entre eux, industriels comme établissements financiers, ont à plusieurs reprises souligné l'importance de disposer d'une offre intégrée aux États-Unis pour accompagner le développement du M&A cross-border et des investissements locaux qu'ils envisageaient. Or, notre bureau américain ne comptait alors qu'une soixantaine d'avocats, une taille insuffisante pour peser durablement sur ce marché.
À l'occasion de divers passages à Paris, notre CEO, Justin D'Agostino, a rencontré certains de ces clients. Leur retour d'expérience, comme celui de leurs homologues en Allemagne, à Madrid et à Milan, ont été déterminants dans la décision de renforcer significativement notre plateforme américaine. Le cabinet Kramer Levin a finalement été retenu. Fort d'environ 650 avocats, il disposait d'un bureau historique à New York, ainsi que d'implantations à Washington et dans la Silicon Valley. Très solidement positionné sur le marché américain, il n'avait en revanche pas encore développé de plateforme internationale de grande ampleur. Herbert Smith Freehills lui apportait donc une couverture mondiale, avec une forte présence en EMEA, au Royaume-Uni et en Asie-Pacifique. Le rapprochement s'est imposé comme particulièrement pertinent, chaque cabinet apportant des expertises complémentaires.
À l'exception, toutefois, de Paris…
Le seul bureau étranger dont disposait Kramer Levin était situé à Paris. Il comptait alors une soixantaine d'avocats mais, assez rapidement, il a été décidé qu'il ne serait pas intégré au périmètre de la fusion. Cette équipe a depuis rejoint un autre cabinet américain. Notre bureau parisien a toujours privilégié une stratégie de croissance organique avec la promotion en tant qu'associés d'of counsels et de collaborateurs seniors, ainsi que par le recrutement d'associés en latéral dans des domaines spécifiques. À titre d'exemple, nous avons récemment recruté Laurence Bary cette année comme associée spécialisée en droit de la concurrence. Des cooptations sont également prévues dans les prochaines semaines, de même que l'arrivée de nouvelles équipes ciblées. Avec près de 150 avocats à Paris, le bureau poursuit un développement maîtrisé, concentré sur des secteurs d'activité stratégiques, en cohérence avec les priorités de la firme.
Qu'apporte cette fusion au bureau parisien ?
Nous souhaitions renforcer notre présence aux États-Unis depuis plusieurs années, et le bureau parisien a accueilli cette opération très favorablement. Nos équipes spécialisées en M&A, en contentieux, dans les services financiers, IT et l'énergie se sont immédiatement mobilisées, compte tenu du potentiel de développement de dossiers transfrontaliers entre l'Europe et les États-Unis. Nos clients, notamment de grands groupes français, ont immédiatement adhéré à la nouvelle entité HSF Kramer, à l'image d'Alten, d'Engie ou encore d'Air Liquide. Cette fusion renforce la capacité du bureau parisien à les accompagner sur des opérations complexes à l'échelle mondiale.
Comment parvenir à construire un ADN commun à travers ces différentes fusions ?
Il faut d'abord rappeler que le métier d'avocat est, par nature, universel. Cela facilite grandement les échanges et la compréhension mutuelle. Lors de la fusion avec Freehills, l'ADN commun s'est imposé assez naturellement, compte tenu de la proximité culturelle entre les équipes australiennes et britanniques. Nous partageons également de nombreuses valeurs communes avec Kramer Levin, tant dans les modes d'exercice que dans les systèmes de rémunération. Des échanges réguliers et des rencontres entre associés ont été organisés afin de renforcer cette culture de la collaboration.
HSF Kramer est aujourd'hui une firme pleinement internationale, et la réussite de ces rapprochements se mesure concrètement à la qualité et au volume des dossiers échangés entre les bureaux.