Par
Ondine Delaunay
En quoi votre stratégie de développement aux États-Unis vous distingue-t-elle sur le marché ?
ALAN MASON : La stratégie du cabinet depuis plusieurs années s'inspire directement de ce que nous avons accompli à Paris. Jusqu'en 2019, Freshfields se concentrait aux États-Unis principalement sur les grands deals transfrontaliers. Mais, je suis persuadé que pour être crédible à l'international, il faut d'abord l'être sur son marché domestique. C'est précisément ce qui a fait, et continue à faire, le succès de notre bureau parisien. Il est, en outre, essentiel que le cabinet soit reconnu localement par les banquiers et autres intermédiaires, qui sont des acteurs clés pour les recommandations auprès des clients. Depuis sept ans, nous avons eu pour ambition de devenir un leader aux États-Unis, capable de servir des clients américains sur leur propre marché et à l'échelle mondiale. Cette démarche nous permet de démultiplier notre position à l'international pour faire face à la globalisation du marché des avocats.
STÉPHANIE CORBIÈRE : Freshfields a délibérément choisi une croissance organique ambitieuse accélérée par une stratégie sélective de recrutements afin d'éviter l'affrontement de deux cultures organisationnelles distinctes, souvent inhérent à une fusion. Pour construire une plateforme véritablement intégrée et homogène, notre expansion aux États-Unis s'est inscrite dans une démarche de long terme, par l'intégration successive d'équipes. Notre valeur ajoutée réside aujourd'hui dans une cohérence de nos standards, de nos méthodes de travail et, fondamentalement, de notre culture du partnership.
ALAN MASON : Les associés qui nous ont rejoints ont été attirés par notre présence et la profondeur de notre offre en Europe. Cette dimension leur faisait sans doute défaut dans leurs anciennes structures américaines pour accompagner efficacement leurs clients dans leurs investissements. Je constate d'ailleurs à ce propos la tendance des firmes américaines à se développer sur le Vieux Continent, et notamment à Paris. Aujourd'hui, les clients déploient des capitaux dans toutes les régions du monde, compte tenu de la complexité de la géopolitique. Nous devons donc être puissants dans tous les pays qui attirent ces investisseurs : l'Europe, l'Asie, le Moyen-Orient sont des régions dans lesquelles la firme a investi significativement, en parallèle de son déploiement américain.
Alan Mason
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Quelles ont été les principales étapes de la construction de votre pratique américaine ?
ALAN MASON : En 2027, Freshfields fêtera les 50 ans de sa présence aux États-Unis. La firme a connu plusieurs phases d'investissements locaux stratégiques. En 2019, nous avons ouvert des bureaux sur la Côte Ouest, avant de développer considérablement la Côte Est ces dernières années, grâce à des recrutements stratégiques en M&A. Nous sommes ensuite montés en puissance en private capital au sein de notre bureau de New York, puis l'ouverture d'un bureau à Boston en 2025. Freshfields compte aujourd'hui 110 associés outre-Atlantique (sur 470 au niveau mondial). Et cette dynamique n'est pas terminée : de nouveaux développements sont attendus dans les prochaines années, visant à construire un pôle transactionnel encore plus robuste.
STÉPHANIE CORBIÈRE : Pour mieux servir nos clients, tant européens qu'américains, nous sommes allés chercher des talents locaux. Notre développement a été particulièrement rapide en M&A, avec un focus majeur sur les opérations cross-border. Deux recrutements ont particulièrement marqué le marché : d'abord celui d'Ethan Klingsberg, en provenance de Cleary Gottlieb, puis celui de Damien Zoubek, issu de Cravath Swaine & Moore. Ils ont adhéré à la vision globale de Fresh-fields, à notre partnership unique, et à notre plateforme mondiale exceptionnellement développée dans toutes les grandes régions du monde.
Stéphanie Corbière
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Comment avez-vous réussi à créer un affectio societatis ?
STÉPHANIE CORBIÈRE : Les candidats à l'association rencontrent de nombreux partners de régions, pour prendre le pouls de notre partnership. Inversement, cela nous permet de nous assurer qu'ils partagent notre ADN et adhèrent à notre modèle de collectif exigeant, qui est au cœur de notre système de rémunération en lock-step. La gouvernance de la firme reflète d'ailleurs l'importance que nous accordons à ces nouveaux associés américains. Leur intégration est également renforcée par de nombreuses initiatives de business développement. Les associés sont très conscients qu'il est dans l'intérêt de tous de s'accorder pour bien travailler ensemble. Et les résultats sont très positifs, particulièrement à Paris.
ALAN MASON : Au sein de Freshfields, la réussite professionnelle est indissociable de l'intégration culturelle. Tous les associés sont égaux et chacun doit contribuer à la réussite globale. Je veille à rencontrer personnellement tous les candidats et à cibler ceux qui sont les mieux placés pour s'intégrer dans notre modèle. Une équipe dédiée m'aide à gérer l'intégration de chaque nouvel associé, avec un plan personnalisé pour l'accompagner dans son développement et ses échanges avec les autres équipes.
Ce qui se passe chez Freshfields est assez stimulant. Forts de nos 280 années d'histoire, nous parvenons à réinventer Freshfields et à nous positionner stratégiquement pour l'avenir, au bénéfice de nos clients et de nos équipes.