
Julien Roux
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Par
Ondine Delaunay
En quoi la fusion entre Allen & Overy / Shearman & Sterling a constitué un avantage stratégique, tant pour les clients que pour les équipes ?
Depuis plusieurs années, le cabinet Allen & Overy explorait différentes options pour renforcer son développement aux États-Unis, qu'il s'agisse d'un rapprochement entre firmes ou de l'intégration d'équipes de premier plan. Malgré une présence locale déjà bien établie, nous n'avions pas atteint la taille critique suffisante pour nous imposer sur le marché et notre notoriété auprès des acteurs locaux n'était pas encore à la hauteur de nos ambitions. Lorsque le rapprochement avec Shearman & Sterling s'est présenté, la complémentarité entre nos expertises et nos positionnements a été manifeste. Cette fusion répondait parfaitement à l'évolution des attentes de nos clients, qui souhaitaient bénéficier d'équipes expertes dans leurs principales zones d'action. Si leurs problématiques en matière de service transactionnel étaient importantes, les enjeux contentieux et réglementaires connaissaient aussi une forte croissance. Or, sur ces trois thématiques, la fusion nous a permis d'atteindre une offre de services équilibrée et alignée avec les besoins de nos clients.
Quelles ont été les conséquences concrètes de la fusion pour le bureau parisien ?
À Paris, elle n'a eu que peu de conséquences en matière d'effectifs. Avant l'annonce des discussions entre les deux firmes, le bureau parisien d'Allen & Overy avait recruté Guillaume Isautier en qualité d'associé corporate, en provenance de Shearman & Sterling. Le jour où le rapprochement a été acté, seuls deux associés de la firme américaine ont rejoint les locaux d'Allen & Overy. Lachlan Poustie, associé en énergie et infrastructures, nous a apporté une expertise pointue en minerais. Jennifer Younan, associée en arbitrage international d'investissement, est venue compléter le savoir-faire de notre associée Marie Stoyanov, en arbitrage commercial.
Si la physionomie du bureau est restée globalement stable, la fusion a eu en revanche un impact immédiat sur notre façon de collaborer et d'exercer, et surtout, sur l'offre complète désormais disponible pour nos clients. Elle nous a permis d'accéder à des expertises complémentaires ou renforcées aux États-Unis et d'être présents dans des États où nous n'étions pas implantés. Je pense notamment au Texas, devenu aujourd'hui incontournable pour tout cabinet prétendant avoir une forte présence aux États-Unis. Nous y disposons désormais de trois bureaux, avec lesquels les équipes parisiennes travaillent en étroite collaboration. Ces expertises renforcées complètent parfaitement notre offre dans des secteurs clés tels que les services financiers, l'énergie, les infrastructures, les sciences de la vie ou encore la technologie, domaines dans lesquels nos équipes parisiennes sont très solides. Par exemple, nous avons travaillé sur la vente d'Esso pour ExxonMobil au fonds canadien North Atlantic.
Pour traiter de dossiers internationaux d'envergure, il est nécessaire d'avoir une présence importante aux États-Unis. Ainsi, notre expertise sectorielle renforcée en sciences de la vie a permis à notre bureau de participer à la cession d'Opella par Sanofi, à l'acquisition par Ipsen d'ImCheck Therapeutics, ainsi qu'à l'investissement de La Caisse de dépôt et placement du Québec lors de son entrée au capital de Stago. De leur côté, nos partenaires américains bénéficient d'un accès privilégié au marché européen grâce à notre maillage très étendu sur le continent.
Quelles initiatives ont été mises en œuvre pour construire une culture commune au sein des équipes ?
Initialement, la culture internationale était très affirmée au sein de nos deux firmes. Nos équipes étaient habituées à intervenir sur des dossiers cross-border et à travailler avec différents bureaux. Cela a donc naturellement facilité la création de synergies et la collaboration autour de dossiers partagés. La culture commune est encore en construction et s'articule autour de l'accompagnement de nos clients, et ce, où qu'ils opèrent. Il s'agit de les accompagner partout dans le monde, avec des équipes en pointe dans chaque localité. Il est important pour nous de prendre en compte les différences de fonctionnement entre les régions. À cet égard, les échanges avec nos confrères américains ont été particulièrement enrichissants et nous ont beaucoup appris. Nous avons récemment accueilli plusieurs associés texans à Paris pour mieux nous connaître et encourager les synergies. J'ai particulièrement apprécié cette rencontre : ils ont un esprit pionnier qui nous ressemble beaucoup.
La création de cette culture commune a-t-elle été facilitée par la gouvernance de la firme ?
Il est vrai que la gouvernance reflète la firme A&O Shearman. Khalid Garousha, associé d'Abu Dhabi, Adam Hakki, de New York et Hervé Ekué, de Paris, forment un trio de tête qui est représentatif du positionnement régional, des secteurs et practice groups de la firme.