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Par
Ondine Delaunay
Je suis né en 1985 en URSS, à Kiev », annonce Hector Arroyo avec un accent venant clairement d'Amérique du Sud. Première surprise. Il raconte que ses parents étaient étudiants sur un campus du pays qui ne s'appelait pas encore l'Ukraine. Le père, d'origine péruvienne, ambitionne de devenir ingénieur. La mère, brésilienne, prépare médecine. En 1986, leur monde s'écroule avec la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Des sirènes retentissent sur le campus, cloîtrant les étudiants dans leurs chambres. Interdiction de boire de l'eau du robinet, de se laver et de consommer des aliments de la terre. Le jeune couple décide de mettre en sécurité leur enfant, alors âgé d'un an, chez sa grand-mère, à Goiânia, au Brésil.
La vie d'Hector Arroyo prend immédiatement un autre tournant. Après la rigueur de l'ex URSS, il renoue avec ses racines dans un pays ouvert, chaleureux et plein de vie. Des caractéristiques qui se retrouvent d'ailleurs aujourd'hui dans son profil. Car même s'il a désormais clairement intégré les codes parisiens, il se dégage de lui une sympathie contagieuse et une chaleur humaine très agréable.
LE GOÛT DE L'EFFORT
Élevé dans sa petite enfance par ses grands-parents, engagés, il apprend très vite le goût de l'effort. Il se révèle être un très bon élève – il sautera deux classes durant sa scolarité. À 16 ans, il obtient le concours d'entrée à l'université locale de droit et il en sort diplômé avocat à 22 ans. Il s'inscrit alors au barreau de Goias. Mais se sentant trop jeune pour débuter à exercer, il réfléchit à d'autres options. « Je me suis rapidement convaincu qu'une expérience à l'international me manquait », raconte-t-il. Depuis trois ans, l'étudiant, curieux de nature, suit des cours de français à l'Alliance Française. Il apprend vite les langues – il en parle déjà quatre. Mais il aimerait découvrir aussi la culture locale.
Comment accéder à des masters en France lorsque l'on vit à Goiânia et que l'on a aucun contact sur place ? L'équation semble insoluble mais Hector Arroyo va se donner les moyens d'y parvenir. Il organise un groupe de droit comparé au sein de son université et invite quelques professeurs de droit français à venir échanger pour une conférence. La stratégie est gagnante : il obtient une place au sein du master au Centre de recherches interdisciplinaires en droit de l'environnement de l'aménagement et de l'urbanisme (CRIDEAU) de Limoges. Cap sur la France.
Le Brésilien est alors le seul étudiant étranger de la promo. « Le premier hiver a été un peu dur, j'ai eu froid, se remémore-t-il en plaisantant. Mais j'ai été agréablement surpris par le calme de la ville, le rythme de vie posé ainsi que par la rigueur de travail des professionnels. Les distances géographiques sont moins grandes qu'au Brésil et j'ai donc pu découvrir facilement le pays. Je me suis rapidement adapté à cette nouvelle vie ». Son objectif est de rédiger une thèse en France, pour ensuite repartir au Brésil exercer. Mais la vie en a décidé autrement.
UN DÉBUT DE CARRIÈRE EN PARALLÈLE DE SES ÉTUDES
Même s'il est boursier, l'étudiant a besoin de travailler en parallèle de ses études pour vivre. « Au début, je n'avais pas les codes français qui sont bien plus nombreux qu'au Brésil. J'ai osé plein de choses et surtout approcher des gens que je ne connaissais pas pour me créer des opportunités professionnelles », raconte Hector Arroyo. Il obtient ainsi un stage au sein du cabinet de conseil en environnement Red-on-line (aujourd'hui au sein du groupe Infopro). Très vite, l'entreprise lui propose un emploi qu'il accepte en mettant fin à ses projets de thèse. Mais la veille réglementaire environnementale et les classements ICPE des installations ne l'excitent pas vraiment. Alors, en parallèle de son travail, il passe le barreau parisien par équivalence. Il l'obtient en 2009 et cherche une collaboration à Paris. La crise financière met cependant un terme à ses projets, il ne trouve aucun cabinet prêt à l'accueillir.
« J'ai rapidement compris que je devais ajouter une ligne prestigieuse à mon CV. Je me suis alors inscrit au sein du master 122 à Dauphine. J'ai suivi les cours comme je pouvais, en plus de mon travail », explique celui qui reconnaît que, contrairement au Brésil, les horaires des cours français sont difficilement compatibles avec un emploi. L'étudiant s'accroche, nuit et jour. Il termine tout de même comme finaliste du prix du meilleur mémoire de sa promo, avec une étude sur la finance verte. Et ses recherches pour intégrer un cabinet reprennent alors.
Au printemps 2010, le jeune avocat obtient un entretien de recrutement au sein du cabinet Bremond & Associés, fameuse boutique parisienne spécialisée en restructuring. Le fondateur, Guilhem Bremond, est intéressé par miser sur les relations franco-brésiliennes pour développer une pratique M&A. Et le profil volontaire d'Hector Arroyo lui plaît. Sauf que l'avocat n'a alors que 24 ans… très junior pour développer une pratique… « Ton seul problème, lui dit-il, c'est que tu es un peu jeune. Mais ça passe avec le temps ». Le pari est lancé.
DÉVELOPPER SON CARNET D'ADRESSES
« J'ai découvert un monde nouveau, celui des cabinets d'affaires parisiens », raconte l'avocat. Sa chance est d'avoir intégré une équipe alors très soudée, avec des associés qui l'ont porté, lui ont fait confiance pour construire son projet. Il cite notamment Céline Domenget, Dimitri Sonier, mais également Delphine Caramalli et, surtout, Virginie Verfaillie Tanguy qui lui a « appris tous les codes du métier ».
« Ma candeur n'a pas été un frein, bien au contraire. J'ai eu sans doute plus d'audace que n'importe qui », poursuit celui qui enchaîne les rencontres avec les dirigeants et investisseurs français, intéressés par le Brésil. Au fur et à mesure des mois, sa pratique se façonne durablement sur le restructuring, intervenant sur des dossiers français pour le compte de parties étrangères. Il se souvient notamment du fameux dossier Doux dans lequel il accompagnait des créanciers brésiliens qu'il avait démarchés en se déplaçant à São Paulo.
Pour développer son carnet d'adresses, le collaborateur, qui a acquis la nationalité française en 2013, constate que, sans réseau d'école de commerce prestigieuse, le défi n'est pas aisé à surmonter. Bien sûr l'ARE (Association pour le retournement des entreprises) existe mais les places sont réservées aux associés des cabinets. Les collaborateurs doivent alors se contenter de miser sur le hasard des dossiers pour rencontrer d'autres confrères. La réflexion sur le business development est rarement au cœur des préoccupations des mid-level. Mais Hector Arroyo, lui, a vite compris que son réseau serait son salut et il veut se créer des opportunités de rencontres. Avec Marie Gicquel et Nadia Haddad, ils fondent, en 2015, l'association des jeunes professionnels du restructuring (AJR) qui regroupe « des professionnels ayant au moins trois ans d'expérience dans un métier lié au restructuring et souhaitant s'inscrire dans une démarche proactive de construction de leurs relations professionnelles et du marché de demain ».
Coopté au rang d'associé du cabinet Bremond en 2018, il poursuit sa pratique en restructuration financière pour les entreprises, les investisseurs et les financiers, ainsi que sur des opérations de M&A. Il se fait ainsi remarquer sur le dossier Tati, ou encore Camaïeu. La boutique est alors positionnée pour être le correspondant français des grandes firmes anglosaxonnes non implantées dans l'hexagone. Avec Delphine Caramalli, Hector Arroyo se déplace régulièrement à Londres pour rencontrer des confrères. Il découvre un environnement qu'il juge extrêmement stimulant, avec une analyse différente des situations et un regard neuf sur les dossiers de retournement. « J'ai eu envie de devenir Solicitor et j'ai passé, par équivalence, l'examen d'entrée au barreau d'Angleterre et Pays de Galles », raconte-t-il très naturellement. Sans surprise, l'avocat obtient alors son troisième barreau en 2019 et ajoute une nouvelle pierre à son parcours très international. Et alors que les associés du cabinet Bremond & Associés commencent à se disperser dans diverses maisons, l'associé franco-brésilien envisage de surfer sur cette vague internationale.
DE BAKER À A&O SHEARMAN
C'est Matthieu Grollemund, alors associé de Baker McKenzie, et Éric Lasry qui lui donnent sa chance, persuadés que le jeune avocat a les épaules assez solides pour intégrer une firme mondiale. Il faut dire que le cabinet lui sous-traite fréquemment des dossiers. « Cette rencontre a été déterminante pour la suite de ma carrière », explique Hector Arroyo avec un regard vif. Et après une succession d'entretiens réalisés en plein confinement, la firme lui confie, à 34 ans, les clés de sa pratique restructuring et distressed M&A en 2020. Il est accompagné d'Antoine Santoni – un nom bien connu du milieu du restructuring avec qui il travaille toujours aujourd'hui et qu'il qualifie de « pilier de l'équipe ».
Les aides d'État affluent en masse pour soutenir les entreprises face à la pandémie. Le moment n'est pas idéal pour le marché du restructuring, mais Hector Arroyo trouve sa place, tente de créer des synergies avec d'autres équipes et se voit confier quelques dossiers. Il accompagne des créanciers internationaux, notamment des banques étrangères, des fonds de private equity et hedge funds, ainsi que des débiteurs, aussi bien dans un cadre national que transfrontalier. Il est par exemple mandaté par une participation d'Alcentra dans le cadre du dossier BVA Invivo.
En 2022, le marché parisien est surpris par l'annonce de la fin du partenariat entre l'équipe de Marc Santoni et d'Allen & Overy. La firme cherche donc à relancer sa pratique, cette fois-ci en intégrant une équipe en interne. C'est dans ce contexte que Julien Roux et Hervé Ekué, associés du cabinet, rencontrent Hector Arroyo. Et la symbiose se fait très naturellement. « La versatilité d'Hector, sa technicité et sa réactivité, ainsi que ses grandes qualités relationnelles et d'écoute lui ont permis, ainsi que son équipe, de s'intégrer parfaitement au sein du bureau de Paris et plus largement dans la firme ; c'est un vrai succès ! », expose alors Julien Roux.
Le nouvel associé était accompagné à son arrivée d'une équipe de trois collaborateurs. Aujourd'hui, ils sont cinq : Antoine Santoni, Hicham Kaddaha, Thibault-Amaury Deleersnyder, Maxence Boucher et Clémence Pomel.
En trois ans, les dossiers se sont accélérés. Il se fait remarquer auprès de l'APE sur le dossier Atos, ainsi qu'aux côtés de certains créanciers dans les affaires Technicolor, Altice et Casino. Il est intervenu dans la reprise de GMD et de Vencorex, et accompagne également Polytechnyl, filiale française du Groupe DOMO Chemicals, dans le cadre de son redressement judiciaire. « La force de notre équipe, c'est l'agilité, notre capacité à être tout-terrain pour affronter les défis posés par chaque dossier et trouver des solutions pour nos clients », assure Hector Arroyo, associé de la firme devenue depuis A&O Shearman. À 40 ans, il a réussi à faire de son parcours atypique une force que peu ont.