Forte d’une carrière qui l’aura menée de l’avocature à la direction juridique Europe de CA Technologies, en passant par la justice consulaire, Laure Lavorel est l’incarnation de la grande profession du droit. Aujourd’hui, elle milite pour un meilleur dialogue entre elles.

Danseuse, Laure Lavorel n’hésite pas à comparer la discipline juridique avec son violon d’Ingres. « Il faut avoir une rigueur et une discipline de fer, sinon on tombe. Un bon danseur doit être rigoureux et technique, mais un excellent danseur est aussi créatif. C’est pareil pour les juristes qui sont, en quelque sorte, les interprètes de cette belle discipline qu’est le droit. »

Quelques dates clés : 

  • 1992 : prestation de serment à Paris.
  • 1994 : entre à l’école de danse Agnès Faure.
  • 1999 : devient juriste chez Oracle.
  • 2002 : rejoint CA Technologies comme directrice juridique.
  • 2008 : fonde Le Barreau en entreprise.
  • 2011 : devient juge consulaire. 2018 : pilote « The Factory » au sein du Cercle Montesquieu.

Entrechats

« J’ai, d’une certaine manière, bouclé la boucle », constate-t-elle. Originaire de la région lyonnaise, elle était, dans sa jeunesse, une théâtreuse. « Deviens avocat, c’est pareil ! », lui ont dit ses parents, universitaires, sans doute inquiets de voir leur fille embrasser la carrière artistique. Obéissante, elle s’est inscrite à la faculté de droit de Lyon III et a eu une première révélation. Alors qu’elle était une lycéenne moyenne, elle obtient de très bons résultats et prend goût à la matière juridique. Après avoir étudié à Paris, elle devient avocate et s’intéresse aux nouvelles technologies. Une année à New York, où le droit de l’informatique est naissant, la conforte dans cette direction. Moins par goût, à vrai dire, qu’en raison de l’attraction pour un domaine encore inexploré. « Chez les avocats, c’est comme chez les médecins, tant que vous n’avez pas dix années de pratique, vous n’avez pas voix au chapitre », regrette Laure Lavorel. Se spécialiser dans une discipline émergente était donc l’occasion pour la jeune femme de s’affranchir de ce mandarinat et de s’affirmer face aux plus anciens. Et d’explorer les possibilités créatives qui existaient alors dans ce domaine où tout restait à inventer. Un secteur où la crainte de prendre des risques n’existait pas, car tout était nouveau.

Après plus de sept ans au barreau de Paris, au sein de prestigieux cabinets d’affaires comme Archibald Andersen, Laure Lavorel entre chez Oracle. Temporairement, pense-t-elle, car elle a la robe « chevillée au corps » et n’imagine pas quitter définitivement le barreau, qu’elle aime tant. Mais c’est une deuxième découverte. « La mission du juriste d’entreprise, dans les entreprises américaines au sein desquelles j’ai exercé, est très valorisée. » D’abord hésitante, elle devient directrice juridique pour CA Technologies, et donne alors un nouveau tour à sa carrière. À l’instar du médecin de famille, dans une entreprise, les opérationnels sollicitent le juriste pour régler leurs problèmes. Au contraire de l’avocat, le juriste ne vend pas de droit, il n’est pas producteur et assiste ses collègues dans le cadre d’une relation « plus sincère », pense-t-elle. « La sensation de faire partie d’une équipe m’a beaucoup plu », souligne Laure Lavorel, qui insiste aussi sur la modestie de la fonction. Son goût du travail en équipe est souligné par son amie Christine Sévère, avocate associée au sein du cabinet Dentons, qui raconte son pragmatisme et son acharnement à surmonter l’obstacle : « Elle ne dit jamais que c’est impossible ! » Laure Lavorel considère également que les fonctions sont plus variées que celles d’un avocat, car le juriste est un touche-à-tout. Il appréhende le droit du travail, le droit des sociétés, le droit des nouvelles technologies, etc. Ce qui est désormais impossible en cabinet, où l’hyperspécialisation est de mise. « Le juriste est à la fois généraliste et expert, et j’adore ça ! Chaque année est différente et en quinze ans au sein de CA Technologies, j’ai l’impression d’avoir travaillé pour 3 ou 4 entreprises. »

À la pointe

Mais ce métier de juriste, elle l’a toujours connu au sein d’entreprises américaines où l’aspect business partner de la fonction est évident. « Les juristes sont heureux dans les entreprises américaines, mais moins dans les entreprises françaises, au sein desquelles ils ne sont pas valorisés et souvent mal payés. C’est en train de changer doucement. » Pour elle, la valorisation des juristes doit commencer avec celle des études. Alors qu’aux États-Unis, une formation exclusivement juridique est suffisante et respectée, les Français réclament, y compris aux avocats, une double formation. Il faut avoir fait du droit et obtenir un diplôme complémentaire, comme Sciences Politiques ou HEC.

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