La seconde vie des magistrats

Paru dans La Lettre des Juristes d'Affaires n°59 - mars/avril 2019

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Magistrats, et après ? Que ce soit au moment de leur retraite ou au cours de leur carrière professionnelle, certains magistrats décident de rejoindre la sphère privée. Pour quelles raisons ? Et quels avantages leur formation et leur expérience leur apportent-ils dans ces nouvelles fonctions ? La LJA est allée rencontrer quelques-uns d’entre eux.

«Ne me parlez pas de retraite, ce mot est banni de mon vocabulaire ! » prévient d’emblée Luc Frémiot. Le célèbre parquetier, qui a été atteint en 2018 par la limite d’âge, a rejoint, en novembre dernier, le prestigieux cabinet parisien fondé par Yves-Marie Ravet. C’est d’abord la rencontre entre les deux hommes qui a été déterminante. Ils se connaissaient un peu, de réputation, s’étaient côtoyés, mais n’avaient jamais envisagé de travailler ensemble. Jusqu’à ce que l’occasion se présente. Luc Frémiot, dont le père, conseiller juridique, a exercé jusqu’à son dernier souffle, s’est ainsi entendu avec l’avocat, issu d’une famille… de magistrats. « Je veux m’entourer de gens qui sont les meilleurs dans leur domaine et qui sont meilleurs que moi », dit Yves-Marie Ravet. Il a ainsi accueilli Luc Frémiot au sein de son cabinet, comme consultant sur les questions de droit pénal. Un statut qui permet à l’ancien magistrat, qui vit toujours à Lille avec sa famille, de continuer ses activités d’écriture, d’organisation de conférences sur des sujets qui lui tiennent à cœur, et qui lui permettent d’avoir une parole plus libre dans les médias, lorsqu’il est sollicité.

L’ancien magistrat l’avoue : il est passé avec aisance d’un milieu à un autre. « Au parquet, nous avons l’habitude de trancher et de décider tous les jours. Nous sommes constamment dans l’action. C’est ce que j’ai retrouvé au sein du cabinet. Nous sommes réactifs auprès des clients pour intervenir très vite en contexte de crise. » L’ancien procureur, qui portait naguère la voix de la société, se réjouit également de l’émergence, au sein des cabinets d’affaires, de la volonté de porter des valeurs et de grandes causes sociétales, y compris en conseillant des entreprises citoyennes. Aux côtés d’Yves-Marie Ravet, il ne s’interdit aucun projet, et le cabinet a d’ailleurs des perspectives de développement en direction du Moyen-Orient. Marie-Odile Bertella-Geffroy, quant à elle, a quitté les fonctions de magistrat instructeur en raison d’une mutation forcée, contestée sans succès. Bien connue pour les dossiers emblématiques qu’elle a instruits en matière de santé publique (on peut à cet égard citer, parmi d’autres, le procès de l’hormone de croissance et celui du sang contaminé), elle a été à l’origine de la création du Pôle de santé publique au sein du tribunal de grande instance de Paris, qu’elle a d’ailleurs coordonné. Devenue avocate à Nanterre en 2015 (son ancien statut lui interdit en effet d’exercer pendant cinq ans dans le ressort de son ancienne juridiction), elle travaille dans le même type de dossiers, mais cette fois, pour les parties. « Je ne voulais pas être inactive », confie-t-elle. La notoriété acquise au long de sa carrière de fonctionnaire lui assure une clientèle importante, et elle s’occupe aujourd’hui d’importants dossiers de pollution, de santé publique, et de responsabilité médicale. « S’il est vrai que la fonction est complètement différente, la formation de magistrate m’a enseigné la prise de risques, ce qui est tout à fait adapté au métier d’avocat », explique-t-elle. Ses anciennes fonctions lui apportent également, outre une parfaite connaissance du fonctionnement des juridictions saisies, une vue plus globale des affaires qui lui sont confiées. « Comme avocate, j’ai une tendance à être peut-être plus objective, car comme magistrate, j’étais entre les deux parties. »

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