Comment aborder une phase de transition

Par William Cargill - Deinceps

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Un sentiment diffus et très profond

 

Tout commence en général par un sentiment diffus très profond, inconnu, difficile à nommer et qui s’installe. Durablement. On sent bien que quelque chose se passe, mais on ne saurait pas le définir.

On se sent perdu, parfois même angoissé, sans motivation, privé de nos repères habituels.

Ce sentiment est le propre des transitions. C’est même à cela que l’on peut les reconnaître.

On pourrait résumer ainsi ce que l’on ressent au début d’une transition: « je ne suis plus exactement là où j’étais, je sens bien que je suis en transition et que je suis en train de vivre un changement de fond, mais je ne suis pas encore arrivé, je ne sais pas encore exactement à quoi va ressembler mon autre rive, celle vers laquelle je suis pourtant déjà en route ».

Nous nous identifions à la vie que nous menons

Nous nous identifions à la vie que nous menons, à ce que nous faisons. Notre vocabulaire en témoigne: je suis médecin, banquier, avocat, commercial…

Dès lors, tout changement dans notre vie provoque ipso facto une modification de notre être ou, à tout le moins, modifie la perception que nous avons de ce que nous sommes et de qui nous sommes.

Les crises que nous traversons au cours de notre vie nous permettent cependant de passer d’un état à un autre, d’un soi à un autre soi, avec d’autres repères, des envies et des motivations différentes.

La transition: passage obligatoire pour accéder à l’étape suivante

Cette période de crise n’est cependant acceptable que si elle constitue le moyen d’accéder à l’étape suivante.

C’est le cas de la fameuse crise de milieu de vie, qui est d’ailleurs moins liée à l’âge qu’à la conscience qui s’installe de la finitude de sa vie et du sens à lui donner.

Qu’elle touche principalement la sphère professionnelle ou la sphère personnelle, elle permet une transition majeure de notre être d’un état adulte à un autre état adulte, mais profondément différent. Nous allons nous intéresser à la manière d’aborder une transition d’ordre professionnel.

Passer du « comment » au « pourquoi » ?

C’est le moment où la question essentielle de notre rapport à notre métier passe du « comment » au « pourquoi » ?

Lorsque l’on ne trouve plus de sens à notre métier et/ou à notre façon de vivre, nous avons le sentiment que ce qui nous constitue au plus profond de notre être est dépourvu de sens.

Nous sommes alors profondément perdus, désorientés, en quête de sens, mais ne sachant pas comment y parvenir.

Rompre brutalement avec sa vie …

Certains décident alors de rompre brutalement avec leur vie qui leur donne l’impression de les enchaîner à leur passé.

Rompre, partir, abandonner, quitter… Tout ce qui peut les retenir à leur passé doit être brisé, détruit, oublié.

On observe là des comportements qui ont pour objectif de matérialiser la phase de fin, de désengagement, qui est la première phase de toute transition. Ce n’est pas la rupture, le départ, l’abandon qui provoquent le début de la transition mais l’inverse.

C’est bien parce que la personne est déjà en transition qu’il lui apparaît alors indispensable de marquer cette phase de désengagement, préalable nécessaire à l’ouverture d’un nouveau chapitre de leur vie.

Ce type de comportement est d’ailleurs très difficile à vivre pour l’entourage de la personne en question. Souvent, l’entourage n’a effectivement pas vu venir la transition qui s’opérait au sein du collègue, patron, ami et se retrouve pris de court, surpris par la rapidité et même la « brutalité » du changement opéré.

Nous avons tous dans notre entourage quelqu’un de plus ou moins proche qui a brutalement décidé de changer sa vie, de changer de vie.

L’un aura quitté brutalement sa femme ou son mari, un autre son emploi pour partir au bout du monde ouvrir un bar, un troisième aura décidé de quitter la profession d’avocat pour devenir artiste peintre… La liste est longue !

Le changement opéré par l’ami ou collègue provoque d’ailleurs, par réaction, une phase de transition chez ceux ou celles qui font partie de son environnement proche.

Les collègues de celui parti brutalement au bout du monde pour ouvrir un bar se trouveront non seulement privé d’un collègue –un peu comme dans un deuil–, mais ce départ va en outre les renvoyer eux-mêmes au sens de leur présence dans l’entreprise, voire de leur vie.

… ou privilégier une voie plus douce

Ceux qui n’agissent pas par rupture brutale mais plutôt par un long questionnement interne sont généralement confrontés à deux grands types de questions.

S’ils ont accompli leur objectif initial (créer leur entreprise, devenir Directeur, acheter la maison de leurs rêves, devenir médecin, etc…), ils éprouvent une interrogation de type « ce n’était donc que ça ? Et maintenant ? ».

Les autres doivent, au contraire, le plus souvent faire le deuil de leurs rêves : je ne serai jamais médecin, je n’aurai pas la maison de mes rêves, je n’aurai pas un métier qui me permet de voyager… et sont alors amenés à gérer les « jamais ».

Trouver un nouveau ressort ou faire le deuil

Que l’on doive trouver un nouveau ressort à sa vie ou faire le deuil de ses rêves, point de nouveau départ possible avant d’avoir répondu à ces questions.

Chacune des situations amène son lot de doutes, de questionnements, de remises en cause, de « pourquoi » existentiels, car touchant au sens même de l’existence. Certains se lancent alors dans un bilan de compétences pour apporter des réponses à ces questions, parfois très anciennes…

Perdu entre deux rives, désorienté, nous restons néanmoins conscient d’une chose : il se passe quelque chose d’important en nous qui nous pousse à nous confronter à la réalité d’une situation nouvelle et encore inconnue.

Tout l’enjeu consiste alors à vivre pleinement cette période intermédiaire, en évitant les deux fameux risques du retour en arrière, d’une part, et de la précipitation à vouloir arriver trop vite, d’autre part.