La girafe est la descendante d’une espèce qui a survécu grâce à l’allongement de son cou. Cette évolution anatomique lui a permis de continuer à se nourrir en mangeant les feuilles des arbres dans les périodes de sécheresse. Le dinosaure, lui, bien qu’il ait dominé les autres espèces, a totalement disparu de la surface de la terre. La différence entre les deux espèces et leur destin ? Leur capacité d’évolution face au changement.

L’homo sapiens est lui aussi confronté à des changements profonds et, en premier lieu,  dans son environnement professionnel.

Près de 7 français sur 10 ont changé de métier en quelques décennies

Quelques repères pour s’en convaincre: à  la sortie de la première guerre mondiale, il y a tout juste un siècle, près de 8 soldats sur 10 étaient agriculteurs. Moins de 70 ans plus tard, ils ne représentaient plus qu’environ 2% des actifs.

Près de 7 français sur 10 ont ainsi dû changer de métier en quelques décennies à peine. C’est dire l’ampleur de la mutation ! Et elle s’accélère…

Community manager, data miner, chief happiness officer, de nombreux métiers ont émergé en quelques années à peine, et près de 60% des métiers de 2030 n’existent probablement pas encore selon la plupart des projections !

Les métiers du droit sont eux aussi en pleine évolution

Les métiers du droit n’échappent pas à ces bouleversements. Avocats et notaires qui, un temps, ont pu se croire à l’abri, entrevoient tout juste les mutations profondes qui vont affecter leurs métiers. Métiers, autrefois prestigieux, ils attirent de moins en moins les meilleurs.

Face à ces bouleversements du monde du travail, de ses codes et de ses repères, apprendre à faire évoluer son activité professionnelle est une nécessité.

Pour certains, l’évolution ira jusqu’à changer de métier. C’est de plus en plus souvent le cas, et des articles parus dans la LJA n°51 et plus récemment dans Slate évoquent les nombreuses reconversions des avocats, y compris vers des métiers manuels comme la boulangerie ou la boucherie.

Aborder les questions d’évolution et de changement est souvent source d’angoisses

La remise en cause professionnelle et les interrogations qu’elle génère sont source d’angoisses souvent très profondes, et le réflexe consiste souvent à adopter la politique de l’autruche.

Or, il est indispensable de se confronter régulièrement à la réalité pour faire évoluer en permanence son activité professionnelle. Mais l’évolution peut se révéler insuffisante et parfois, il faut envisager de changer d’activité, au demeurant sans nécessairement changer de métier !

Suis-je à ma place dans mon métier?

Pour savoir si le moment de réfléchir à un changement d’activité professionnelle est arrivé, posez-vous la question suivante: « Est-ce que je me sens à ma place dans mon métier? ».

Si la réponse est « non » ou « je ne sais pas », il est probablement temps de réfléchir à une ré-orientation professionnelle.

Commence alors une situation de crise, source d’angoisses profondes, de doutes, de remise en cause et souvent mal vécue. Mais comme toute situation de crise, elle est aussi porteuse d’opportunités. C’est ce que nous enseigne le mot chinois Weiji qui désigne la situation de crise: « Wei » signifie danger et « Ji » opportunités.

Faire de la crise une opportunité

Pour passer du danger à l’opportunité, on ne peut faire l’économie d’une introspection en profondeur et répondre à des questions de fond sur les orientations à donner à notre vie.

Cette crise est, en effet, l’opportunité de ré-interroger nos besoins profonds, nos motivations du moment, souvent différentes de celles que nous avions plus jeune, de revisiter les rêves que nous avons dû sacrifier à un moment de notre vie, de s’intéresser aux nouveaux métiers en développement et promis à un avenir florissant…

Cette démarche, en questionnant nos motivations et besoins profonds, ne se limite pas à aux seuls aspects professionnels de notre existence et se doit d’être holistique.

Pour passer de la crise à l’opportunité, je vous propose un voyage avec vous-même en cinq étapes.

Première étape: établir un diagnostic

Pour savoir sur quoi agir, encore faut-il connaître la source des problèmes. Pour ce faire, il nous faut interroger les trois niveaux de questionnement:

  1. ce que nous faisons,
  2. L’environnement et la manière dont nous le faisons
  3. Pourquoi nous le faisons.

Les réponses indiquent à quel niveau se situent nos problèmes : perte de sens, environnement ou conditions d’exercice mal adaptés ou métier lui-même qui ne convient plus.

Deuxième étape: identifier ses « drivers » et ses besoins

Identifier ses drivers, c’est savoir identifier ses besoins profonds et se mettre en disposition de les satisfaire.

Les drivers, ou motivations profondes, sont ce qui nous donne envie d’avancer, de nous dépasser, ce par quoi nous nous réalisons pleinement. Certains auront comme driver la réussite, d’autres l’équilibre, d’autres encore le confort, l’argent, le pouvoir, la notoriété, se rendre utile, aider les autres, la reconnaissance, la maîtrise d’un sujet, le développement, l’innovation, des combats de valeurs… Il n’y a pas de bons ou mauvais drivers, ils nous appartiennent et nul ne peut les juger.

Identifier ses besoins, notamment financiers, consiste à faire un point très précis de nos besoins au quotidien. Il faut notamment être en mesure de chiffrer précisément les aspects financiers, l’argent restant le nerf de la guerre.

Troisième étape: définir son podium

Définir son podium, c’est déterminer ce qui constituera à nos yeux une réussite.

Tout le monde n’a pas vocation ni même envie de viser la Médaille d’Or aux Jeux Olympiques, car elle nécessite de nombreux sacrifices que nous ne sommes pas tous prêts à consentir. Une place d’honneur dans un championnat régional peut générer autant de satisfactions personnelles, avec un investissement moindre…

Quatrième étape: comment vais-je y arriver?

C’est une étape décisive. Il s’agit de rédiger une sorte de road map grâce à laquelle nous allons tracer le chemin à suivre entre « là où nous en sommes » et notre « podium ».

Comme toute road map, plus elle sera précise, et plus elle sera efficace et moins on risquera la sortie de route.

Attention à ne pas confondre road map et business plan ! Il s’agit là non pas de décrire le programme de développement d’une activité mais bien de décrire le chemin à suivre pour atteindre notre podium.

A titre d’exemple, si un avocat veut se reconvertir et ouvrir une pâtisserie (et en vivre), sa road map ne consistera pas à décrire comment il va développer sa pâtisserie, ce serait le business plan.

Sa road map consistera à décrire dans le détail comment il va passer d’avocat à gérant d’une pâtisserie qui lui permet d’en vivre. Pour établir sa road map, il devra répondre à des questions précises: n’étant pas pâtissier, quelle formation dois-je suivre? Où? Quand commence-t-elle? Quel coût? Comment vais-je la financer? Combien de temps dure-t-elle? Comment vais subvenir à mes besoins durant cette formation? Quel diplôme à la sortie? Quels débouchés? Aurais-je besoin de travailler pour un patron après mon diplôme pour me perfectionner avant de me lancer? Y suis-je prêt? Quel type de pâtisserie veux-je développer? A quel endroit? Quel est le coût d’acquisition? Comment vais-je la financer? A quel moment vais-je pouvoir me payer? Etc…

Cinquième étape: à quoi vais-je devoir renoncer pour y arriver et qu’est-ce qui pourrait me faire échouer?

Ces deux questions sont indispensables, la première pour être bien conscient de ce que nous allons devoir laisser et abandonner, la seconde pour identifier les risques d’échec.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser de prime abord, nous ne renonçons pas uniquement à ce qui nous plaît (indépendance, titre…), mais également ce que nous n’aimons pas, mais qui constitue néanmoins notre zone d’habitudes. Nous avons tous, en effet, du mal à quitter notre terre, même si elle est devenue inhospitalière, du seul fait que nous y sommes habitués.

Concernant les risques d’échec, il faut envisager aussi bien les risques liés à nous-mêmes  qui constituent notre capacité d’autosabotage (risques endogènes), que les risques liés aux circonstances extérieures  comme l’arrivée brutale de concurrents, la modification de l’environnement législatif… (risques exogènes).

Une fois les 5 étapes franchies, il ne vous reste plus qu’à avancer vers votre podium !

Une fois ces cinq étapes accomplies, il ne vous reste plus qu’à retourner à la quatrième étape et à suivre pas à pas la road map que vous vous êtes fixée.

Elle vous mènera à l’opportunité que vous vous êtes créée, c’est à dire à votre podium et vous permettra de vous réaliser pleinement.

Vous pourrez alors revenir sur la période de crise que vous aurez traversée et en apprécier non plus uniquement les dangers auxquels elle vous a confrontés, mais également aux opportunités qu’elle vous a offertes et que vous aurez su réaliser …