Les femmes sont rares dans le M&A, dit-on. Peut-être parce qu’elles sont invisibles. Portrait d’une professionnelle discrète, au talent unanimement salué par ses confrères, et d’une femme aussi passionnée que passionnante.

D’entrée de jeu Emmanuelle Henry nous confie qu’elle n’aime pas les photos, alors si l’on pouvait n’en mettre qu’une seule, ce serait idéal. Et l’on comprend qu’elle n’ose pas nous proposer de ne pas en mettre du tout, mais que sans doute elle préférerait. Au départ, elle voulait même refuser la proposition de portrait. C’est un réflexe classique, notamment dans la profession d’avocat. Quand on propose l’exercice à un homme, il accepte avec enthousiasme ce qu’il analyse comme une marque de reconnaissance. Mais chez les femmes, cela suscite d’abord l’inquiétude, ensuite la tentation de dire non, jusqu’au moment où l’entourage personnel ou professionnel les encourage à accepter. Pour qu’elles cèdent, il faut expliquer que c’est en quelque sorte un devoir, que les femmes ne se mettent pas assez en avant et qu’il faut bien à un moment donné, qu’il y en ait une qui consente à montrer l’exemple. S’agissant d’Emmanuelle Henry, c’est son mari, lui-même avocat associé chez FTMS, qui l’a poussée à dire oui.

Cegetel, le dossier fondateur

A priori rien ne la destinait à devenir avocate. Un père ingénieur, une mère enseignante, pas l’ombre d’un juriste à l’horizon. D’ailleurs, au départ ce n’est pas le droit qui l’attire mais le monde des affaires. Et pour y pénétrer, elle passe les concours des grandes écoles de commerce et intègre HEC. C’est là que naît son intérêt pour le droit, « j’ai opté pour la filière juridique et fiscale et obtenu un DESS de fiscalité internationale qui m’a permis de passer l’examen d’entrée à l’école d’avocats », confie-t-elle. Le parcours est quelque peu atypique mais il y a quand même une dizaine de diplômés d’HEC qui, comme elle, rejoignent chaque année le métier d’avocat, ce qui finit par constituer une communauté de poids au sein de la profession d’avocat d’affaires. À l’école du barreau, Emmanuelle Henry s’éloigne du fiscal pour se tourner vers le droit des sociétés et mène en parallèle une licence de droit. Fin 1994, elle obtient le Capa, poursuit son cursus en maîtrise de droit et décroche parallèlement un contrat de stage en février 1995 chez Simeon & Associés. Aujourd’hui, le cabinet a disparu, mais c’était une belle firme française où les associés étaient tous titulaires de LLM obtenu aux États-Unis et avaient développé une clientèle internationale, en particulier américaine. La jeune avocate découvre les fusions & acquisitions avec Jean-Pierre Langlais qui la forme pendant trois ans et demi. « Les premières années de collaboration sont déterminantes, j’en garde un souvenir très vif, on apprend énormément, pas seulement professionnellement, mais aussi sur soi et sur les autres », explique-t-elle avec enthousiasme. Un dossier surtout l’a marquée. Nous sommes au début de la téléphonie mobile. Le cabinet défend les intérêts de SBC dans la constitution de l’actionnariat de Cegetel. Autour de l’actionnaire majoritaire, Vivendi ex-CGE défendu par Gide, il y a aussi British Telecom et Vodafone. Le montage de l’opération dure des mois, c’est un dossier passionnant. Olivier Diaz, qui pilote l’équipe de Gide avec Thierry Vassogne repère vite cette jeune collaboratrice. « Je l’ai remarquée parce qu’elle défendait très bien son client mais en restant toujours souriante, disponible et sans jamais tenter de passer en force. Toute l’équipe l’adorait et je savais qu’elle s’intégrerait parfaitement », se souvient-il. Si elle accepte de les rejoindre, c’est bien sûr que la proposition est tentante mais pas seulement. « J’ai rencontré mon mari chez Siméon, il était associé, nous nous sommes mariés et nous ne voulions pas exercer dans la même structure, alors j’ai accepté la proposition. »

Et c’est ainsi qu’en septembre 1998, elle rejoint l’équipe de Thierry Vassogne. Là, elle va ajouter une corde à son arc en apprenant le droit boursier. En fait, ce n’est qu’un passage éclair chez Gide, à peine trois mois, car l’équipe décide de partir chez Linklaters. « Ce départ a fait du bruit dans la profession et même au-delà car il illustrait le début des grandes recompositions dans les cabinets d’affaires et la place croissante prise par les Anglo-Saxons », se souvient l’avocate. « J’ai vécu cinq années formidables chez Linklaters, un excellent cabinet dans lequel régnait une très bonne ambiance. À l’époque, je continuais à pratiquer le droit boursier avec les ex-Gide mais je commençais aussi à travailler sur des opérations de LBO avec David Aknin ; l’activité était encore quasi confidentielle, on commençait tout juste à en concevoir les bases techniques. »

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