Charisme, présence… sont-ils réservés aux gens doués ? 

Par Anne Girard et Alexandre del Perugia

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Parmi les qualités du leader, on nomme souvent le charisme. Certains préfèrent le mot « présence ». D’autres évoqueront « une personne qui entre dans une pièce ; tout le monde la remarque sans qu’elle ait besoin de faire quoi que ce soit de spécial, ni même de prononcer un mot. » On dira aussi qu’elle « fait impression », au sens photographique du terme, comme une image qui impressionne le papier photo.

Nombreux sont ceux qui au cours de leur carrière, réalisent, parfois bien tard, qu’avoir de la présence constitue un atout dans la relation à autrui et face à un public. Et parfois même, plus qu’un atout, une nécessité pour occuper certains postes et évoluer professionnellement. Si c’est votre cas, vous oscillez peut-être entre deux attitudes : vous êtes résigné et vous pensez ne pas pouvoir progresser dans ce domaine ou vous sentez que vous avez des choses à apprendre et que le statu quo n’est pas une fatalité. Dans le premier cas, vous vous percevez probablement comme quelqu’un qui n’est pas « doué » dans ce domaine.

Croire au « don » : un obstacle à la progression

Si la présence relève uniquement de l’inné, si elle est une disposition extraordinaire que certains auraient reçus à leur naissance alors que d’autres en seraient dépourvu à jamais, rien de surprenant qu’on se sente découragé à l’avance.

Une première erreur consiste à réduire le charisme à de simples attributs physiques (les yeux, la taille…). Une autre est la confusion courante avec la séduction (une présence forte se passe de séduction, même si elle peut être séduisante), des techniques gestuelles ou même la manipulation psychologique.

Placer la présence ou le charisme au niveau du don, c’est oublier que:

Chacun évolue à son rythme et à sa manière. Certaines personnes, dans des circonstances particulières, vont développer appétence et intérêt pour l’interaction avec un public. D’autres miseront sur le développement de points forts différents, comme par exemple la communication écrite.

Nous sommes tentés de projeter notre manque de confiance en nous sur les autres en les parant de qualités dont nous pensons être dépourvus. Attribuer une origine « magique » à ces qualités nous éloigne définitivement de la possibilité de les développer en nous. Nous nous fermons une porte parce que nous ne croyons pas dans nos propres capacités de progression.

Oui, la présence et le charisme s’apprennent

La présence est d’abord la capacité à être en réception de ce qui se passe autour de nous. Si nous sommes fermés à notre environnement et à l’autre, nous ne pouvons pas irradier. Lorsque nous sommes préoccupés ou gênés, par exemple, nous ne dégageons pas la même intensité que lorsque nous écoutons ou regardons avec attention notre interlocuteur. Cela suppose de ne pas être en train de s’inquiéter du futur ou de ruminer le passé mais d’être réellement dans le moment présent.

Enfin, notre présence est directement liée à notre capacité à utiliser nos sens pour capter à la fois les sons, les odeurs, les informations visuelles etc. Plus nous développons cette aptitude, plus nous nous « dilatons » comme une sphère qui grandit.

Chacun peut apprendre à développer ses sens et à être pleinement présent à ce qui se passe. On peut aussi apprendre à se redresser, à ne plus avoir peur d’être regardé, à ne plus se juger. Même si, pour certains, ce sera plus facile et plus rapide que pour d’autres, il n’y a rien de magique. Mais il n’y a pas non plus de recettes toutes faites ou de « trucs » infaillibles, même dans le monde du spectacle.

Les danseurs, les comédiens au théâtre, les acteurs au cinéma, sont tous concernés par la présence sur un plateau. Nous, simples spectateurs, voyons un produit fini – spectacle ou film – sans toujours réaliser le travail d’entraînement et de répétition que cela représente. De nombreux artistes que nous pensons « naturellement doués » ont énormément travaillé avant d’être capables de nous impressionner. Aussi notre processus d’apprentissage peut s’inspirer de celui des artistes de scène.

Les 4 étapes importantes pour développer sa présence

■ Etape 1 – Prendre conscience de nos croyances, des jugements que nous portons sur nous-mêmes et sur les autres, de nos peurs et de l’effet que nous produisons quand nous sommes en public.

■ Etape 2 – Travailler sur les rôles que nous sommes amenés à endosser et les codes sociaux qui régissent les situations professionnelles dans lesquelles nous exerçons ces rôles.

■ Etape 3 – Utiliser une méthode pour développer notre aptitude à la présence.

■ Etape 4 – S’entraîner : chaque situation en public est une occasion de travailler notre présence ; comme les sportifs ou les artistes, il est aussi recommandé de se créer des occasions (individuelles ou collectives) pour s’exercer dans un climat bienveillant et sans enjeu, afin de partager votre expérience et recevoir des « retours-public ». Ainsi, des séances d’entraînement régulières permettent d’améliorer l’impact et la confiance en soi.

En conclusion, on voit bien qu’il s’agit là d’un cheminement qui pourrait en rebuter certains. Toutefois si vous souhaitez progresser professionnellement et développer votre leadership en travaillant votre présence, voyez grand et soyez déterminés : c’est aussi là que se joue votre capacité à vous comporter en leader.

 

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Anne Girard

La méthode « Présence et Parole en Public(s) » s’adresse aux dirigeants, associés, managers et professionnels du conseil qui recherchent plus d’efficacité et d’aisance face à leurs publics. Partant du constat que les artistes de scène (comédiens, danseurs, etc.) sont ceux qui vivent le plus intensément les problématiques de présence, d’impact et d’improvisation face à un public, « Présence et Parole en Public(s) » puise dans les techniques et approches du spectacle vivant tout en étant adaptée aux besoins et contraintes du monde des affaires. La bienveillance et l’approche individualisée sont à la base de la pédagogie autour du jeu.