« 35 % des directions juridiques françaises utilisent des outils digitaux pour mesurer la performance de leur panel d’avocats »

Paru dans La Lettre des Juristes d’Affaires, N° 1321 du 16/10/2017

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L’édition annuelle du Business & Legal Forum s’est déroulée jeudi à la Maison des arts et métiers. Un nouveau succès pour ce think-tank de grande qualité qui démontre une nouvelle fois la pertinence de son approche du droit. La table ronde plénière a notamment été l’occasion de présenter le baromètre des directions juridiques 2017, une étude menée par la société Raconteur en collaboration avec Wolters Kluwer ELM Solutions. Emmanuel Bertrand, directeur du développement de Wolters Kluwer ELM Solutions nous expose les principaux résultats.
 

 

Quel est l’objectif de cette étude ?
Ce baromètre a pour vocation d’explorer l’évolution des directions juridiques et d’analyser leurs principales préoccupations, leurs pratiques et leurs orientations de travail. L’étude est menée au niveau européen et permet donc d’établir des comparaisons instructives entre les fonctionnements des directions juridiques françaises, anglaises, allemandes, mais également suisses, néerlandaises ou belges. Elle permet aussi de confirmer le rôle du directeur juridique comme business partner des services opérationnels de l’entreprise.

Comment les directeurs juridiques considèrent leur positionnement au sein de l’entreprise ?

31 % des directions juridiques françaises estiment que leur rôle est devenu plus stratégique depuis trois ans. Et 33 % pensent qu’elles le seront encore plus dans trois ans. 69 % des répondants français ont d’ailleurs positionné leur direction juridique auprès des business units, leur assurant ainsi une proximité avec les équipes opérationnelles.

Les résultats sont peu ou prou les mêmes en Grande-Bretagne. Les pourcentages tombent en revanche à 17 % en Allemagne. Ces données confirment la conception traditionnelle de leur métier par les directions juridiques germaniques (à l’exception de celles faisant partie d’une filiale d’un groupe américain). Leurs entreprises étant en effet très performantes, les services juridiques n’ont jamais été challengés au niveau de leur organisation et de leur efficacité. On pourrait considérer que les directions juridiques allemandes ont dix ans de retard sur les françaises. Elles sont d’ailleurs assez peu intéressées par les outils digitaux de gestion des affaires et de dépense juridique externe qui ont pourtant démontré leur efficacité.

En quoi la mise en place d’outils digitaux pourrait conférer un positionnement stratégique à la direction juridique ?

Disposer d’un outil digital de gestion des affaires et de la dépense juridique externe contribue à fluidifier les processus internes et à réduire le temps consacré aux tâches administratives quotidiennes et manuelles. Pour optimiser le choix du bon conseil externe, il est par exemple possible d’utiliser des outils digitaux de pilotage de panel comparant les performances des conseils externes à partir de critères quantitatifs et qualitatifs sur des affaires clôturées. 35 % des directions juridiques françaises utilisent déjà ces outils pour mesurer la performance de leur panel d’avocats. De même la gestion électronique des affaires juridiques contribue à un pilotage efficace des événements clés et permet de partager les développements importants. Ces outils permettent en définitive de centraliser les questions d’outsourcing auprès de la direction juridique groupe et d’éviter toute perte de temps des équipes juridiques locales.

Mais ils sont surtout réservés à des entreprises de taille importante…

Pas du tout ! Les directions juridiques de ces entreprises ayant généralement des objectifs quasi identiques aux grandes directions juridiques, il leur est désormais possible d’opter pour une solution digitale adaptée à leurs besoins spécifiques, qui leur permettra de fonctionner aussi efficacement que leurs homologues des grands groupes. Il existe des outils digitaux adaptés à toute taille de directions juridiques, même celles qui comptent moins de 10 juristes. Je pense notamment à ceux permettant d’estimer l’opportunité du contentieux, mais également les outils de gestion des honoraires ou du contract management.

Ce type d’outils confère au directeur juridique un rôle de véritable gestionnaire. Mais est-ce sa mission ?

98 % des entreprises estiment en effet que le rôle de gestionnaire des opérations juridiques revient au directeur juridique lui-même. Une mission qui n’est pas toujours acceptée par ces derniers, sauf peut-être par les plus jeunes. Le problème est qu’il n’existe pas, dans la quasi-intégralité des entreprises françaises, de poste de ce type. Les États-Unis, une fois encore, sont précurseurs et ont créé des postes de Chief legal operation. Les groupes hexagonaux devraient à leur tour se pencher vers de tels profils permettant d’assurer la performance de leur organisation et ainsi de renforcer leur rôle stratégique vis-à-vis des opérationnels.