Vogel & Vogel ensemble

En lançant leur cabinet spécialisé en droit économique en 1990, Louis et Joseph Vogel ont enfin concrétisé ce rêve qu’ils avaient toujours eu : créer une entreprise ensemble. Portrait.

Assis à la grande table noire de la salle de conférences de l’immeuble parisien que le cabinet occupe au 30, avenue d’Iéna, Louis Vogel épluche de grandes feuilles format A3 : le tirage papier des différentes pages de leur nouveau site internet dont ils prévoient la mise en ligne pour le début de l’été. Le résultat d’un travail de longue haleine mais, vu son sourire satisfait, tout y est. Sans oublier, bien sûr, la photo des deux frères. Ils ne sont pas jumeaux, contrairement à ce que certains croient encore. Entre eux, il y a même « une petite différence d’âge », glisse Louis Vogel, l’aîné, avant d’ajouter, par coquetterie, « mais je ne vous dirai pas laquelle ». Louis et Joseph Vogel sont simplement frères. Et associés. Unis par l’amour d’un même métier, celui d’avocat. Et depuis leurs jeunes années par un même projet : créer une entreprise ensemble. Le cabinet Vogel & Vogel, en l’occurrence, qui a su s’imposer comme l’un des incontournables de la place dans sa spécialité : le droit économique.

Pas de vocation pour le droit
Au départ, le droit a d’ailleurs été plus le moyen que la fin. « Une des rares matières qui puisse permettre de créer quelque chose sans un trop gros investissement de départ », glisse Joseph Vogel. À la fin des années de lycée, leur père, industriel et juge au tribunal de commerce, inscrit Louis en droit. « C’est devenu un plaisir en y étant », raconte aujourd’hui l’avocat. Grâce aux professeurs notamment, qui savent attiser sa curiosité intellectuelle. Et parmi eux, Berthold Goldman, président de l’université Paris-II de 1974 à 1979, connu pour avoir été l’un des inventeurs de la lex mercatoria, dont il sera l’assistant et qui deviendra en quelque sorte son mentor. Car Louis va développer à son contact un goût de la doctrine et de l’enseignement qui ne le quittera pas. Aujourd’hui directeur de l’Institut de droit comparé de Paris et responsable du Master 2 Recherche de droit comparé, du Master 2 professionnel de droit européen des affaires, et du Master 2 de l’université Panthéon-Assas, il a à son tour présidé l’université de 2006 à 2012.

Joseph, le cadet, n’avait pas non plus, à l’origine, une vocation pour le droit. « J’ai pris un peu modèle sur mon frère », dit-il. Mais le droit seul ne suffira pas. Les deux frères vont aligner les diplômes. Sciences-Po Paris pour l’un comme pour l’autre, LL.M de Yale pour Louis, études comptables et HEC pour Joseph, à une époque où les doubles formations droit-école de commerce étaient encore rares.

Un cabinet de niche
En 1990, lorsqu’ils décident de concrétiser leur projet de toujours en ouvrant leur propre cabinet, Joseph est avocat depuis cinq ans chez Tomasi, le plus grand cabinet franco-allemand de la place, aujourd’hui disparu. Et Louis exerce chez Jean-Denis Bredin et Robert Badinter. « Ensemble », ils tiennent à le préciser, ils passeront le barreau de New York. Ensemble, ils chercheront des locaux, et sous-loueront quelque temps des bureaux dans un cabinet mexicain « avec des cactus partout ». Et, ensemble, ils développeront leur clientèle, à partir de rien. « Cette année-là, au salon de l’auto, nous avons eu la chance de rencontrer le directeur juridique de Mercedes », raconte Joseph Vogel. Un pied à l’étrier qui leur permettra rapidement de conseiller la quasi-totalité des marques automobiles en France. Puis viendront les secteurs de l’audiovisuel avec TF1, des télécoms avec Bouygues, de l’énergie, de la pharmacie ou encore de l’agro-alimentaire. Et ce sans jamais trahir l’objectif qu’ils s’étaient fixé dès le départ : rester un cabinet de niche.

« À nos yeux, il ne fallait surtout pas ouvrir un cabinet généraliste, raconte Joseph Vogel. Pour pouvoir nous différencier, nous avons voulu développer une marque. » Et Louis d’ajouter : « Nous avons identifié un segment de marché et refusé les dossiers qui n’en faisaient pas partie. » À partir de là, « ce sont nos clients qui ont défini le périmètre de nos compétences, remarque Joseph. Nous avons construit nos compétences en fonction de leurs besoins. »

Dans la gestion de leur petite entreprise, la répartition des tâches entre les deux frères s’est faite naturellement. Pas mal en fonction de leur personnalité. « Joseph gère les équipes, les dossiers, moi je m’occupe de la partie plus stratégique, résume Louis. Il fait le quotidien, je fais le prospectif. En gros, l’argent est gagné là » – il pointe le doigt vers son frère – « et il est dépensé ici » – il pose le doigt sur la table devant lui. Tous les deux se mettent à rire. « On pense à long terme », continue Louis, et son frère de terminer la phrase : « C’est l’avenir du droit et si on ne le fait pas, on n’existera plus dans vingt ans. »

Hyperspécialisation et transversalité
Leur hyperspécialisation en droit de la concurrence, de la régulation, de la distribution et de la consommation permet, affirme Louis, « d’aller plus vite, beaucoup plus vite, que la moyenne des cabinets ». Les clients ne démentent pas. Tous ceux à qui nous avons parlé relèvent « la très forte réactivité » du cabinet. Couplée à une grande disponibilité. Et surtout, « ils sont pointus, de très bons techniciens », pour reprendre les termes de Renaud Champetier de Ribes, VP Global Projects Legal Manager-Solution Business chez Schneider Electric. « Ils ont une excellente connaissance de la matière et maîtrisent bien les problématiques de nos secteurs », indique Pierre Perroy, responsable du service juridique et fiscal de la Ficime, la Fédération des entreprises internationales de la mécanique et de l’électronique.

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