Jusqu’à présent, on considérait la veille stratégique comme un outil de marketing visant à identifier le comportement de ses concurrents et on assimilait l’intelligence économique à une pratique plus ou moins opaque, proche des services secrets privés ou publics, voire de l’espionnage…
Aujourd’hui, l’intelligence économique consiste en une approche beaucoup plus large et est de plus en plus en vogue en France, notamment depuis la création en août 2013 de la délégation interministérielle à l’intelligence économique (D2IE) qui est directement rattachée au Premier Ministre1.

Intelligence économique : définition
La définition officielle de l’intelligence économique est la suivante (Source : http://www.intelligence-economique.gouv.fr) : « L’intelligence économique est un mode de gouvernance fondé sur la maîtrise et l’exploitation de l’information stratégique pour créer de la valeur durable dans une organisation. Elle se décline en veille et anticipation, maîtrise des risques (sécurité économique) et action proactive sur l’environnement (influence) ».
Depuis, il a été démontré que c’est une démarche susceptible d’intéresser tous les acteurs de l’économie, et notamment les entreprises, quelle que soit leur taille, de la start-up aux grandes entreprises.

Une démarche susceptible d’intéresser tous les acteurs de l’économie, et notamment les entreprises, quelle que soit leur taille, de la start-up aux grandes entreprises.

Les petites entreprises peuvent d’ailleurs s’avérer particulièrement vulnérables en matière de protection de propriété intellectuelle, de sécurité des données sensibles, de rentabilité économique et de positionnement concurrentiel.
Si l’on souhaite appliquer cette démarche à sa structure de façon simple et pragmatique, les quelques approches citées ci-dessous peuvent être mises en œuvre.

Veille externe
Tous les cabinets d’avocats effectuent déjà une veille juridique liée à leur cœur de métier. Ils peuvent cependant étendre leur veille à la collecte d’informations liées à la concurrence et au marché, par exemple :
–    Création et scissions de cabinets ;
–    Positionnement et spécialités exercées chez les concurrents actuels ou potentiels ;
–    Communication externe des cabinets ;
–    Analyse de la presse professionnelle.
Cette veille est la vision classique du marketing stratégique mais on peut pousser plus loin le processus en matière de connaissance des carrières des personnes :
–    Recensement des mouvements des personnes entrantes et sortantes ;
–    Analyse des profils, chez les concurrents et chez les clients ou partenaires ;
–   Reconstituer ces profils de carrière en croisant les expériences, les compétences et les réalisations passées de ces personnes.

Internet constitue évidemment une manne extrêmement riche d’informations. Cependant, la participation, par des contacts réguliers avec les personnes constitutives, à des réseaux professionnels, des réseaux sociaux, des associations, des organisations professionnelles, salons, conférences, retours d’expérience,… sont autant de moyens d’acquérir des informations.

Cette veille active peut être relayée en interne par tous les membres du cabinet. C’est même une véritable occasion de créer une cohésion d’équipe et un sentiment d’appartenance.

Cette veille active peut être relayée en interne par tous les membres du cabinet. C’est même une véritable occasion de créer une cohésion d’équipe et un sentiment d’appartenance.
Pour en tirer profit, cette base de données doit être traitée intelligemment, régulièrement actualisée, structurée par des thèmes et mots-clés choisis permettant la restitution de synthèses pertinentes, et la mise en perspective avec la stratégie de l’entreprise.

Sécurité interne
Si les données de la concurrence sont facilement accessibles, le patrimoine intellectuel de la structure doit de fait être protégé. Dans cette perspective, la sécurisation des informations sensibles est donc un point-clé de l’intelligence économique.

« Les PME sont très exposées, elles représentent 50 % des intrusions détectées ».

« Les PME sont très exposées, elles représentent 50 % des intrusions détectées. À 80 %, la sécurité économique est pourtant liée à des comportements humains. Il est surprenant de constater qu’il suffit parfois de flatter un chef d’entreprise dans le train pour obtenir des informations qui ont de la valeur » affirme Sophie Larivet2, professeur permanent à l’École supérieure du commerce extérieur, dans son ouvrage Intelligence économique : enquête dans 100 PME.
Des principes simples peuvent être édictés, tels que :
–  Sécuriser l’accès aux locaux ;
–  Protéger l’accès aux salles informatiques et disposer de systèmes de sauvegarde fiables ;
– Verrouiller les accès aux ordinateurs à l’aide de mots de passe, ainsi que l’accès aux documents confidentiels ;
– Encadrer les téléchargements, limiter le télétravail et sécuriser les accès à distance (Smartphones,…) ;
– Vérifier la rédaction des clauses de confidentialité pour les membres et partenaires de la structure ;
– Diffuser largement les consignes de non-divulgation de certaines informations, que ce soit par téléphone ou lors de conversations professionnelles ou privées ;
– Sensibiliser régulièrement tous les membres de la structure.
La sécurité passe donc par une protection rigoureuse de ses propres données, mais également par la culture de la « précaution » et par une maîtrise de sa communication externe.

La sécurité passe donc par une protection rigoureuse de ses propres données, mais également par la culture de la « précaution » et par une maîtrise de sa communication externe.

Performance économique
Outre les bénéfices apportés par les deux notions ci-dessus, une troisième dimension, la « performance économique », doit être mise en œuvre avec une nouvelle grille de lecture consistant à relier le rendement avec l’efficience des ressources humaines.
La structuration des équipes, les stratégies d’évaluation de la performance des collaborateurs,  la sélection des besoins de formation permettent aux entreprises d’accroître leur profit. Toute personne doit pouvoir apporter une valeur ajoutée, en termes de savoir et de contribution par les informations qu’elle peut donner.
Également, le travail en équipe est un levier essentiel et il vaut mieux travailler en mode participatif que directif. Une réelle coopération interservices, une grande implication de tous dans la vie de l’entreprise ainsi qu’une communication fluide et sincère contribuent inéluctablement à la création de valeur.
Le maintien de la motivation et de l’implication, à la fois individuelle et collective, doit permettre de préserver les compétences et la transmission des savoir-faire. En amont, il convient également d’être extrêmement vigilant sur les recrutements. Par la suite, la mise en place des bonnes pratiques évoquées ci-dessus peut permettre de mieux gérer et d’éviter la perte de compétences-clés.

L’influence
Plus délicate à mettre en place, l’influence sur le secteur d’activité est pourtant un élément clé pour optimiser une démarche d’intelligence économique, que ce soit auprès des clients, des institutions, des organisations professionnelles et du grand public.

Concernant la profession, le barreau de Paris a mis en place une « commission d’intelligence économique et lobbying »

Concernant la profession, le barreau de Paris a mis en place une « commission d’intelligence économique et lobbying » ayant notamment pour objectifs :
–  De faire connaître l’intelligence économique aux avocats ;
–  D’explorer les zones d’ombres existant encore dans le droit de l’intelligence économique ;
–  De réfléchir à de nouvelles prestations à offrir aux clients autour de cette matière ;
–  D’examiner la mise en place de stratégies juridiques ;
–  D’organiser des échanges entre les avocats et des acteurs de l’intelligence économique privés ou publics.

Protégez, sécurisez, comparez, influencez et managez les hommes et la performance…. l’intelligence économique est en marche !

Annette Denis, consultante sénior Jurimanagement

Jurimanagement

 

 

 

(1)  La délégation interministérielle à l’intelligence économique propose un logiciel de diagnostic gratuit disponible en téléchargement sur le site www.intelligence-economique.gouv.fr, se présentant sous la forme d’un questionnaire de 83 questions, réparties en 8 thématiques, couvrant une liste de risques et de vulnérabilités potentielles.

(2) Sophie Larivet, professeur permanent à l’École supérieure du commerce extérieur, enseignante-chercheuse-consultante et auteure de nombreux travaux et publications (notamment d’un ouvrage intitulé L’intelligence économique : un concept managérial).