Vous est-il déjà arrivé de vous laisser subjuguer par une personne très éloquente ? Même si vous connaissiez l’anecdote, vous avez été emporté par l’assurance de l’orateur, l’aisance du conteur, l’habileté du « beau-parleur ». Oui, mais… cette personne a-t-elle réellement été capable d’influencer son public, au-delà de l’effet agréable ressenti sur le moment? A-t-elle, lors de sa prise de parole, démontré sa capacité à emporter l’adhésion ? À transmettre une vision, une énergie, telle que son public se mette en mouvement ? Si vous n’avez pas été convaincu, vous êtes peut-être de ceux qui se méfient des « apparences ». Vous vous situez alors à contre-courant d’un imaginaire bien ancré selon lequel un leader parle bien et celui qui parle beau est un leader-né.

La parole est en effet un terrain d’expression fertile et riche pour les leaders, qui peut se révéler glissant si l’orateur reste un « beau-parleur ». Comment éviter l’écueil de la superficialité et avoir un impact réel et constructif sur votre auditoire ? Que vous soyez plutôt de ceux qui racontent ou bien de ceux qui écoutent, voici 6 pistes d’améliorations à retenir pour devenir un leader éloquent.

1. Restez à l’écoute de votre public

Votre talent de conteur ne suffira pas à emmener votre auditoire si celui-ci à l’impression que vous vous faites plaisir ou que vous vous placez devant votre sujet au lieu de mettre celui-ci en lumière

Que vos interlocuteurs soient 1, 10 ou 1000, vous ne les captiverez pas longtemps si votre seul public est en réalité vous-même. Votre talent de conteur ne suffira pas à emmener votre auditoire si celui-ci à l’impression que vous vous faites plaisir ou que vous vous placez devant votre sujet au lieu de mettre celui-ci en lumière. Être en lien avec son public nécessite de capter ce qui se passe au moment où vous prenez la parole. Si un événement inattendu (un bruit fort par exemple, ou pire, que la salle se vide) se produit et que vous n’en êtes pas conscient, c’est sans doute que votre attention se porte plus sur vous-même que sur autrui. Un public attentif le perçoit nécessairement et, une fois passé le moment d’admiration pour votre éloquence, commence à se distancer de vos propos, quelle que soit leur pertinence.

2. Travaillez le silence
Le beau parleur énerve parfois, tant il semble contrôler ses propos, répéter pour la millième fois la même anecdote avec une assurance qui confine à l’arrogance. On voit souvent le silence comme un vide que la parole vient combler. À certains beaux parleurs, le vide fait tellement peur qu’ils mettent alors toute leur énergie à l’éviter. Ce faisant, ils en rajoutent, tentent l’humour (qui tombe à plat… même s’il fait rire de façon pavlovienne), accélèrent leur débit ou perdent la maîtrise de leur gestuelle. Sachez que, devant un public, les silences sont fonctionnels : d’une part, ils permettent à l’auditoire de s’approprier et d’intégrer l’argument ou le message que vous venez d’exprimer. Si les idées se succèdent les unes aux autres sans temps de pause, la compréhension, la mémorisation, et donc l’adhésion, sont moins faciles. D’autre part, ils sont tout autant expressifs que les mots et ajoutent à la portée de vos propos. Enfin, ils permettent de rythmer votre intervention.

3. Habituez-vous à l’imperfection
L’imperfection vous rend humain et accessible. Le beau parleur énerve parfois, tant il semble contrôler ses propos, répéter pour la millième fois la même anecdote avec une assurance qui confine à l’arrogance. Autorisez-vous à hésiter, bafouiller, et même faire des lapsus ! Et en étant présent à vous-même, vous pourrez peut-être choisir d’en rire avec votre public sans vous prendre au sérieux. Votre crédibilité ne sera pas entamée et le lien sera créé.

4. Reliez la forme au fond (et inversement)
Ne tombez pas amoureux de votre éloquence, mettez-la au service d’une réalité, d’un propos, d’une argumentation. Ne laissez pas la beauté de la forme prendre le pas sur le fond. Accordez-les deux en vous demandant quelle intention vous servez. Si vous aimez raconter des anecdotes pour étayer vos propos, veillez à construire votre storytelling de façon à ne pas lasser votre public, à mettre en évidence les enseignements à tirer plutôt que des détails sans importance.

N’essayez pas d’endosser un style ou un rôle

5. Laissez transparaître votre passion ou votre énergie de façon authentique
Il est parfois tentant de se laisser formater. Rien n’est moins efficace. Le public sent immédiatement qu’il y a quelque chose de faux et cela active sa défiance ou, en tout cas, cela l’empêche d’adhérer. N’essayez pas d’endosser un style ou un rôle.

6. Ne misez pas votre leadership – managérial ou commercial – uniquement sur vos talents d’orateur
Quel que soit le plaisir que vous prenez à parler, tenez compte du fait qu’il n’est pas nécessairement partagé. Votre public a une capacité d’attention limitée. Soyez conscient du temps qui passe et sachez vous arrêter. Développez une réelle capacité d’écoute, d’empathie et donnez des preuves crédibles de votre engagement ou de vos compétences. Sachez mettre ces dernières en avant lorsque c’est nécessaire pour montrer votre légitimité. Vos talents de communiquant ne suffiront pas seuls à inspirer la confiance de votre public, qui fera de vous un leader.

Anne Girard et Véronique Kaiser – Présence et Parole en Public(s)

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Anne Girard
La méthode « Présence et Parole en Public(s) » s’adresse aux dirigeants, associés, managers et professionnels du conseil qui recherchent plus d’efficacité et d’aisance face à leurs publics. Partant du constat que les artistes de scène (comédiens, danseurs, etc.) sont ceux qui vivent le plus intensément les problématiques de présence, d’impact et d’improvisation face à un public, « Présence et Parole en Public(s) » puise dans les techniques et approches du spectacle vivant tout en étant adaptée aux besoins et contraintes du monde des affaires. La bienveillance et l’approche individualisée sont à la base de la pédagogie autour du jeu.

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