Toute ressemblance avec des associé(e)s existant(e)s ou ayant existé ne saurait être que fortuite… mais il est probable que l’un ou l’autre ou l’ensemble des six profils suivants, dont le trait a été intentionnellement (un peu) forcé pour les besoins de l’exercice, vous rappelle quelqu’un. Ne vous fiez pas a l’emploi du masculin ou du féminin, ils sont tous – à l’exception de la wonder woman – applicables aux hommes comme aux femmes. Et dernière précision : cette liste est loin d’être exhaustive.

Le protecteur

C’est l’associé qui va vous prendre sous son aile […] Disposant d’une autorité incontestée, il peut jouer un rôle important dans votre carrière.

Il pourrait également être qualifié de mentor ou de paternaliste. C’est l’associé qui va vous prendre sous son aile. Il vaut mieux faire partie de ses protégés quand c’est une star ou un rainmaker. Disposant d’une autorité incontestée, il peut jouer un rôle important dans votre carrière. Il n’hésitera pas à évincer les autres pour protéger ses poussins. Il ne se contente pas de vous donner des conseils professionnels, il peut aussi s’investir dans votre vie personnelle. « Tu me fais penser à moi quand j’avais ton âge. » Même s’il a beaucoup d’estime professionnelle pour ses collaborateurs (et il le dit à qui veut bien l’entendre), il les considère toujours comme des enfants à qui il faut tenir la main et tient compte de leur bien-être (quand c’est compatible avec ses dossiers). Il peut prendre les décisions de façon assez autoritaire. Les récompenses et les sanctions sont des modes de management dont il est coutumier. Mais les comptes se règlent en tête à tête. Il ne dira jamais à un de ses clients : « C’est mon collaborateur qui a fait une erreur. » Ne le quittez pas ! Il fonctionne à l’affect et votre départ pour un autre cabinet sera perçu comme une trahison. « Avec tout ce que j’ai fait pour toi, tu ne vas pas te laisser séduire par un titre d’associé et/ou une rémunération supérieure de 50 % dans un cabinet de seconde zone ! »

Le manep

Cet (obscur) acronyme désigne tout à la fois le manipulateur, le mercenaire, l’arrogant, l’autoritaire, l’angoissé, le narcissique, l’égocentrique, l’envieux, le pervers, le paranoïaque. Cet associé – rarissime, bien entendu – n’a aucun sens de l’intérêt général. Il fait souffler le chaud et le froid, partageant allègrement son stress avec son équipe : « Mais qu’est-ce que je vais faire de toi ? » Il peut exprimer une reconnaissance (toujours limitée) quand il a besoin de l’appui de ses collaborateurs : « J’avoue que, pour une fois, tu as été excellent. » Souvent nerveux, il peut revenir plusieurs fois sur sa position au grand désarroi de son équipe qui ne sait plus à quel saint se vouer.

Cet associé – rarissime, bien entendu – n’a aucun sens de l’intérêt général. Il fait souffler le chaud et le froid, partageant allègrement son stress avec son équipe

Ses collaborateurs perdent toute estime d’eux-mêmes assez rapidement. Il garde ses précédents et les coordonnées de ses clients sur son disque dur, surtout pas sur le serveur du cabinet. Il se battra bec et ongles pour mettre ses opérations plutôt que celles de ses associés dans les soumissions aux différents classements. Cela peut relever de sa volonté de construire son “achetabilité” sur le marché mais également d’une paranoïa aiguë. Cette dernière est également présente dans ses relations avec ses clients. Il imagine toutes les solutions pour échapper au pire. Il précise dans ses consultations « sous réserve de l’appréciation souveraine des tribunaux », en faisant état de jurisprudences très différentes. Pour éviter de prendre position, il énoncera une dizaine de possibilités parmi lesquelles le client devra choisir. N’essayez pas de lui donner autre chose que la chambre avec deux fenêtres sur la mer dans le séminaire d’associés ou un bureau sans plante verte, il y verra une atteinte personnelle à son intégrité physique.

La wonder woman

Rarement féministe, personne ne lui a fait de cadeau aussi a-t-elle tendance à ne pas en faire à ses collaboratrices et à reproduire les modèles qu’elle a subis

Il ne s’agit pas ici de définir la femme associée de façon générale mais bien la wonder woman car elles ne le sont pas toutes. On ne sait pas bien comment elle fait pour gérer sa famille, ses enfants (trois minimum) et ses dossiers en seulement 24 heures par jour. Elle est féminine et n’essaye pas de jouer sur le même terrain que ses confrères masculins. Exigeante, pas forcément très sympathique, elle est humaine et juste. Rarement féministe, personne ne lui a fait de cadeau aussi a-t-elle tendance à ne pas en faire à ses collaboratrices et à reproduire les modèles qu’elle a subis. Toutefois, elle ne sera pas celle qui part avant ses collaborateurs(trices) pour sauver sa soirée. Elle aime fermer la porte derrière elle. Elle n’hésite pas à parler des choses qui fâchent. Sa forte personnalité pourra faire dire à certains qu’elle est dure alors qu’un associé masculin sera tout simplement respecté pour les mêmes traits de caractère. Elle a la confiance aveugle de ses clients pour lesquels elle est toujours disponible. Elle se bat contre sa tendance affective de peur que d’autres s’en servent comme une arme contre elle. Cela peut être inspirant mais cela donne souvent l’envie d’être la même en plus douce. Est-ce que cela fonctionnerait aussi bien ? Rien n’est moins sûr.

Le copain

Ses associés et ses collaborateurs sont ses amis. C’est souvent une relation fusionnelle. On travaille ensemble, on sort ensemble, on partage vie privée et vie professionnelle. Impossible avec lui de payer son déjeuner. Pendant les séminaires, les soirées sont largement arrosées avec sa carte de crédit (et pas celle du cabinet). Gare à celui qui touche à un cheveu de ses collaborateurs, qu’il soit client ou membre de son cabinet. Ses expressions favorites sont « je ne suis rien sans mon équipe », « la personne la plus importante, c’est mon assistante », et il est sincère. Il joue le jeu de l’intérêt collectif et c’est un bon formateur. Pas de secret, ni d’usage intempestif d’informations privilégiées.

Il veille à la carrière de son équipe et mettra tout en œuvre pour les faire nommer associés au risque parfois de nuire à ses propres intérêts

Il veille à la carrière de son équipe et mettra tout en œuvre pour les faire nommer associés au risque parfois de nuire à ses propres intérêts. Mais où sont les désavantages ? Presque aucun quand on est son associé : il est partageur, clients et dossiers inclus. Presque aucun quand on fait partie des services supports : il est respectueux et empathique. En revanche, cette relation basée sur l’affectif peut présenter quelques inconvénients quand on est son collaborateur. Difficile de quitter son “meilleur ami” pour faire carrière ailleurs, d’autant plus qu’on sait qu’il ne vous freinera pas dans votre désir de rupture si c’est dans votre intérêt. Faire un choix douloureux concernant son équipe constitue pour lui un véritable défi. Avec le temps, l’associé copain peut se transformer en associé protecteur, plus centré sur ses équipes, et moins tendre avec le reste du monde.

Le technicien

Le technicien est un amoureux du droit. Comme certains médecins spécialistes, son malade ne l’intéresse que très peu, c’est la question de droit qui le fascine

Ce profil pourrait se rapprocher de celui que le consultant américain David Maister appelle le “fermier”, en opposition au “chasseur”, dans son ouvrage Managing the Professional Service Firm. Associé rêvé des années 1990 quand les clients tombaient tout seul, il traite les dossiers souvent sans en être à l’origine. Son rêve : « faire ce métier sans client ». Le technicien est un amoureux du droit. Comme certains médecins spécialistes, son malade ne l’intéresse que très peu, c’est la question de droit qui le fascine. Il peut empêcher la terre de tourner en rond, être celui qui s’est fixé dix points sur lesquels il ne cédera à aucun prix quitte à faire capoter le deal. Mais son document va être parfait. Question de principe. « Cela va créer d’énormes frustrations mais, techniquement, cela va être génial. » C’est souvent un gros travailleur mais il peut perdre ses repères si on sort des sentiers battus. Très bon formateur, mais à quitter quand vous voulez déployer vos ailes pour vous jeter dans les bras du paternaliste, de la star ou du copain !

La star 

La star ne doit pas être confondue avec la diva. C’est un associé reconnu au sein de son cabinet mais également sur son marché. Il bénéficie d’une équipe de soldats fidèles et brillants, qui sait exactement ce qu’il attend d’eux. Pour cette raison, il peut se permettre de n’apparaître que sur des points stratégiques du dossier et fait une confiance totale à ses collaborateurs, qu’il a choisis avec un grand soin et ne font appel à lui que quand ils sont dans l’impasse. Hors de question de le déranger sur un point qui ne nécessite pas la mise en œuvre de son QI ou de ses relations haut placées. Il ne pense jamais comme tout le monde, a des approches différentes. Parfois impénétrable et énigmatique, il dégage toutefois magnétisme et charisme. Ce n’est pas le meilleur des formateurs, mais il fait grandir et permet aux plus talentueux de prendre leur envol.

Parfois impénétrable et énigmatique, il dégage toutefois magnétisme et charisme. Ce n’est pas le meilleur des formateurs, mais il fait grandir et permet aux plus talentueux de prendre leur envol.

Il ne craint la concurrence ni au sein de son cabinet ni chez ses confrères. Contrairement au technicien, il se fixera seulement deux ou trois points auxquels il tient particulièrement mais pourra lâcher du lest sur les autres pour que le dossier trouve une issue favorable. Il a une très forte capacité d’adaptation aux problématiques de ses clients et à ses différents interlocuteurs. Il s’engage et prend des positions claires : « Si c’était mon argent, voilà ce que je ferais ». Certaines stars vont s’impliquer dans le management de leur cabinet avec succès car bénéficiant d’une forte légitimité, carte maîtresse dans une communauté d’associés. Il obtiendra le consensus dans de nombreux tête-à-tête sans jamais mettre sur la table un sujet dont il ne connaît pas à l’avance l’issue. D’autres vont préférer ne jamais accepter de fonctions managériales pour se consacrer exclusivement à leur domaine d’activité.