Après une première étude de terrain qualitative, l’Observatoire des métiers dans les professions libérales (OMPL) a réalisé une enquête quantitative afin de rendre compte des pratiques réelles d’externalisation par les cabinets d’avocats. Le constat est sans appel, la plupart des fonctions concernées sont loin du cœur de métier du professionnel du droit.

Réalisée auprès de 1027 cabinets, sur les 30 782 recensés par l’Observatoire, cette enquête démontre que 71 % des structures répondantes confient au moins une tâche à un prestataire extérieur. Précisons que les cabinets interrogés se répartissent en plusieurs catégories : ceux qualifiés de praticiens solitaires – seuls, sans collaborateurs ni salariés -, les équipes resserrées c’est-à-dire deux associés souvent accompagnés de deux collaborateurs et d’un salarié, ainsi que les gros cabinets.

Les petits et moyens cabinets, principaux utilisateurs de prestataires

Les praticiens solitaires représentent la majorité du panel (70 %), mais ne sont pas ceux qui font le plus appel à des prestataires extérieurs. En effet, les estimations de l’OMPL démontrent que la présence d’au moins un collaborateur accroît de près de 6 points de pourcentage les chances pour un cabinet de déléguer au moins une fonction de support direct. Ainsi, le cœur des externalisants est représenté par les équipes resserrées (67 %) et par les gros cabinets (27 %). Une réalité du marché qui s’explique par la nature des fonctions déléguées de manière continue. Dès lors que le cabinet compte un associé, l’accueil physique est externalisé. Et le nombre de collaborateurs va aussi avoir un impact sur l’externalisation de l’accueil téléphonique. Cependant, la fonction la plus confiée à un tiers est celle relevant de la comptabilité (73,5 %). Outre une délégation plus fréquente des fonctions liées à la comptabilité et à l’informatique, les cabinets spécialisés font aussi un plus peu plus souvent appel à des prestataires extérieurs juridiques. « L’externalisation des prestations juridiques est largement sous estimée. Et celle de la documentation est de plus en plus prégnante », précise l’étude. La recherche de gains en matière d’efficacité organisationnelle, de qualité de la production et de flexibilité constitue la motivation la plus importante à l’externalisation de fonction support direct.
Parallèlement à cette recherche d’optimisation effective, l’atténuation des coûts salariaux compte parmi les motivations pour 40 % des cabinets répondant. Ce qui explique pourquoi les petites et moyennes structures sont le plus concernées par le développement de stratégie d’externalisation. D’ailleurs, interrogés sur leur organisation, 86 % des cabinets externalisant affirment qu’ils continueraient à faire appel à des prestataires dans des conditions similaires. Et près de 8 % envisagent un renforcement de ces pratiques.

Une externalisation loin du cœur de métier d’avocat

Cependant, les activités les plus externalisées sont celles qui présentent la plus grande distance avec la profession d’avocat. L’externalisation des autres fonctions, plus proche du cœur de métier, n’excède pas 10,5%. D’après l’OMPL, « une certaine résistance à l’externalisation persiste vis à vis de ces fonctions pour des raisons liées à la culture du cabinet, à la maîtrise de la confidentialité et à la préservation de l’intuitu personae ». A contrario, le choix d’une internalisation totale des fonctions est avant tout justifié par la disponibilité des ressources et des compétences au sein des cabinets pour près de 60 % des cabinets interrogés. La nature des fonctions transmises à des prestataires semblerait être à l’origine des résultats sur la connaissance de telles pratiques. Plus de 22 % des cabinets ne parviennent pas à se prononcer sur l’importance du recours à des prestataires extérieurs et pour 17 % d’entre eux, l’externalisation est même inexistante dans le milieu des professionnels du droit. Globalement, les cabinets perçoivent tout de même cette pratique comme un phénomène en progression. Une proportion qui atteint 62 % chez les cabinets externalisant, même si 27 % déclarent ne pas pouvoir se prononcer. Cette relative invisibilité de l’externalisation a une influence sur la perception de ses effets sur l’emploi. Pour 48 % des répondants, le recours aux prestataires est sans effet sur l’emploi salarié de la branche. Néanmoins, 20 % d’entre eux estiment pour leur part que l’externalisation a un effet négatif sur l’emploi de leur branche.