Charley Moore, CEO de Rocket Lawyer, et Dominique Illien, président du groupe ELS. © Miren Lartigue

L’Américain Rocket Lawyer et le groupe Éditions Lefebvre Sarrut (ELS) viennent d’annoncer le lancement d’une plateforme de services juridiques en ligne destinée au marché européen. L’association d’un éditeur juridique de renom avec un des plus gros acteurs de la Legal Tech devrait bousculer l’écosystème français.

« Créer le leader européen, la première plateforme européenne d’accès au droit. » Tel est selon Dominique Illien, président du groupe Éditions Lefebvre Sarrut (ELS), l’objectif de la joint-venture créée entre l’éditeur juridique (Dalloz, Éditions Francis Lefebvre et Éditions Législatives, en France), présent dans sept pays européens, et le géant américain des services juridiques en ligne, Rocket Lawyer. Un partenariat noué après un an de discussions et qui a donné lieu à une soirée de lancement, mercredi 7 septembre à Paris.

Une alliance stratégique de long terme
À l’instar de ses grandes sœurs américaines et britanniques, Rocket Lawyer Europe proposera des services de création de documents juridiques et de mise en relation avec des avocats partenaires du site. Sa cible : les particuliers et les TPE. « La majorité des personnes qui
utilisent Rocket Lawyer n’avaient jamais eu recours aux services d’un avocat auparavant », a précisé Charley Moore, fondateur et CEO de la firme californienne. Si la start up a choisi de partir seule à l’assaut du marché britannique fin 2012, c’est qu’elle maîtrisait les principes de la common law. L’alliance avec ELS s’est imposée cette fois-ci comme « un partenariat nécessaire car le droit est local » : « nous voulons créer une activité organiquement européenne », a déclaré Charley Moore. ELS apporte « la maîtrise des systèmes juridiques européens, la connaissance du marché et des relations privilégiées avec des professionnels du droit », et Rocket Lawyer sa maîtrise et son expérience « du marketing digital, notamment auprès du grand public, qui ne connaît pas ELS », ainsi que « des moyens informatiques considérables » associés « à une grande agilité en termes d’innovation » a fait valoir Dominique Illien. « C’est une alliance stratégique qui s’inscrit dans le long terme, dans le cadre d’une société commune au sein de laquelle les décisions sont prises ensemble », a-t-il résumé.

Un déploiement progressif
Le déploiement de la plateforme européenne est prévu en plusieurs phases. En France, en Espagne et aux Pays-Bas, dans un premier temps, puis dans trois autres pays européens à partir du deuxième semestre 2017. « La France est pilote sur ce projet », a précisé Christophe Chevalet, en charge du développement de cette nouvelle activité chez ELS. Jusqu’à fin 2016, il est prévu qu’une version beta du site propose des guides pratiques et une sélection de documents juridiques en accès libre et gratuit. Le site complet devrait être disponible au cours du premier semestre 2017. D’ici là, c’est à ELS qu’il revient de mettre en place un réseau d’avocats partenaires. À cette fin, l’éditeur a prévu de mettre en ligne « une page d’accueil permettant à ces derniers d’établir un premier contact » avec l’équipe en charge de la plateforme – une dizaine de personnes, installées, en mode start-up, au sein d’un incubateur parisien. Le modèle économique ne prévoit « pas de commissions ni de frais sur les prestations des avocats », auxquelles n’ont accès que les clients abonnés à la plateforme ; ensuite, « c’est l’avocat qui facture ses clients et les honoraires sont libres (…), mais Rocket Lawyer exige de la transparence sur les tarifs et une réduction » par rapport aux prix pratiqués hors mise en relation par la plateforme. En ce qui concerne les critères de sélection, « la réactivité est essentielle », de même que la capacité du praticien à délivrer des conseils en ligne, par téléphone ou visioconférence. Pas de notation en ligne des professionnels non plus, mais un feedback des clients.

Au gré des besoins et des opportunités
Les deux partenaires n’ont pas voulu dévoiler leur plan marketing, si ce n’est que « Google est au cœur de cette stratégie », a admis le CEO de Rocket Lawyer, qui compte Google Ventures et Morgan Stanley parmi ses actionnaires. Quid d’éventuels projets de développement sur d’autres continents ? « Nous avons déjà des clients dans le monde entier, et en particulier des entreprises. Un avocat français pourra donc tout à fait se voir poser des questions provenant de personnes à l’étranger. » De façon plus générale, Rocket Lawyer Europe « est un projet qui peut évoluer au fil des besoins », a déclaré Charley Moore, un lawyer qui a longtemps travaillé pour des start up et n’exclut pas de nouer un partenariat avec un acteur de la French Legal Tech. Pour ELS, qui a fait le premier pas et est donc à l’origine du projet, il s’agit clairement d’une étape et d’un pari sur l’avenir : outre la création d’une nouvelle activité aux côtés de l’édition et de la formation juridique et fiscale, le groupe, spécialisé dans les services aux professionnels du droit, s’attaque à un nouveau marché, celui des particuliers.

Un détonateur sur le marché européen ?
L’arrivée du mastodonte américain sur le sol français illustre le mouvement d’internationalisation qui a récemment saisi le marché des services juridiques en ligne. Ainsi, en mai dernier, CaptainContrat qui souhaite étendre son activité en Europe a réussi à lever un million d’euros auprès d’investisseurs. Au même moment, Document-juridique (rebaptisé wonder.legal) a annoncé le lancement de son service au Brésil, en Espagne, en Italie et en Allemagne. De son côté, Louison Dumont, le jeune créateur français de Peter, une solution logicielle qui génère des contrats types pour les start up, a fait part de son intention d’exporter cette année dans l’Hexagone ce service qu’il commercialise déjà aux États-Unis.
L’installation de Rocket Lawyer pourrait par ailleurs entraîner un début de consolidation du marché en France, comme le prouve la stratégie de partenariats nationaux développée par LegalStart depuis le début de l’année : après l’association Notaires Conseils Entrepreneurs, BNP Paribas, Pôle Emploi et les Éditions Tissot, la start-up vient d’annoncer une nouvelle collaboration avec le réseau EuroJuris France. Consolidation, internationalisation… le marché prend forme.

1 COMMENTAIRE

  1. […] De surcroît, l’utilisation du numérique est une pratique bien établie dans le monde juridique. Par exemple, l’appareil législatif se sert de logiciels tel que SOLON (Système d’Organisation en Ligne des Opérations Normatives) pour suivre et faciliter l’écriture de normes juridiques, les services publics sont de plus en plus accessibles en ligne grâce à la dématérialisation des procédures, ou bien encore l’accès aux textes de loi via internet par les éditeurs juridiques (tant privés que publics). A cet égard, on peut souligner l’initiative du Groupe ELS qui a permis à la société américaine Rocket Lawyer de prendre pied en Europe et en France le 7 septembre 2016. […]

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