Lorsqu'il existe plusieurs possibilités, et que nous sommes donc face à un choix, comment savoir reconnaître le bon du mauvais choix ?
Lorsqu'il existe plusieurs possibilités, et que nous sommes donc face à un choix, comment savoir reconnaître le bon du mauvais choix ?

Rarement la question du choix se sera posée de manière aussi cornélienne durant les élections présidentielles françaises de 2017. À deux jours du scrutin, près de la moitié des électeurs affirmaient ne pas savoir pour qui ils allaient voter au premier tour. Ces élections auront au moins eu le mérite de mettre en lumière la difficulté qui est la nôtre face à certains choix. Comment, en effet, se résoudre à choisir tel candidat ou tel programme ? Et surtout, comment être certain d’avoir fait le bon choix ? Au risque de nous transformer en âne de Buridan1, mort de faim et de soif faute de savoir choisir entre le seau d’eau et le seau d’avoine, nous sommes appelés, au quotidien, à faire des choix.

Décider n’est pas choisir

Si décider et choisir sont cousins, il n’en sont pas moins différents et ne recoupent pas les mêmes réalités. Pour Andreu Solé, sociologue et l’un des spécialistes mondiaux du processus de « décision », « décider, c’est exercer sa liberté ». Décider et exercer son libre-arbitre, c’est accepter de prendre des risques, écouter le mouvement de la vie en soi et lui donner son assentiment, parfois au prix de la raison. Décider, c’est accepter de s’engager dans une voie, acte indispensable pour ne pas subir la terreur de l’indécision dont parlait Maïmonide et dont Hamlet est la représentation la plus magistrale face à une indécision fatale. Ne rien décider, et donc ne rien réaliser, est en fait une façon de ne pas assumer les conséquences de ses choix et, quelque part, de préserver sa toute-puissance imaginaire.

Ne rien décider, et donc ne rien réaliser, est en fait une façon de ne pas assumer les conséquences de ses choix et, quelque part, de préserver sa toute-puissance imaginaire.

Dès lors, décider est plus important que la décision elle-même. Pour le philosophe Descartes, la notion de libre-arbitre repose sur celle de choix et non de décision : faire preuve de libre-arbitre, c’est être capable d’arbitrer en raison, de choisir de satisfaire un désir plutôt qu’un autre. Choisir, c’est écouter les arguments de sa raison et en tirer les conséquences logiques. L’écrivain André Gide le résume en affirmant que « choisir n’est pas tant élire qu’exclure« .

Mais choisir – et donc exclure – peut parfois se révéler cornélien et nous mettre face à un véritable dilemme.

Choix impossible et dilemme

Le dilemme cornélien reflète un choix impossible entre deux possibilités toutes aussi importantes l’une que l’autre. Il ne s’agit pas d’une alternative qui permet un choix entre deux options, mais bien d’un dilemme car, quelle que soit l’option choisie et du fait même du choix réalisé, les conséquences seront nécessairement négatives.

Le terme choix cornélien est aussi employé mais il est inexact puisqu’un choix peut impliquer plusieurs possibilités, tandis qu’un dilemme ne propose que deux possibilités qui s’excluent l’une de l’autre.

Lorsqu’il existe plusieurs possibilités, et que nous sommes donc face à un choix, comment savoir reconnaître le bon du mauvais choix ?

Face à un dilemme, pas de bon choix. On comprend mieux l’importance de savoir identifier si nous sommes face à un dilemme ou à un choix. Mais lorsqu’il existe plusieurs possibilités, et que nous sommes donc face à un choix, comment savoir reconnaître le bon du mauvais choix ?

Bon et mauvais choix

En réalité, il n’y a pas de bon, ni de mauvais choix ! Il n’y a que des choix qui amènent à telle ou telle autre situation. Et lorsque, exerçant notre libre-arbitre, nous faisons un choix, nous n’avons aucun moyen de savoir si ce choix se révélera bon ou mauvais. Seules les circonstances ultérieures feront que ce choix s’avérera bon ou mauvais. Dès lors, ce n’est plus le choix en lui-même qui est bon ou mauvais, mais les conséquences de celui-ci. À chaque choix que nous faisons, nous « convoquons », en quelque sorte, les conséquences liées à l’option que nous avons privilégiée, dont nous attendons un bénéfice supérieur aux autres options exclues.

Il faut donc choisir avec le sourire et se réjouir de l’occasion qui nous est ainsi donnée d’expérimenter une nouvelle expérience de la vie.

Face à des conséquences qui s’avéreraient négatives ou néfastes, rien ne nous empêche de changer, de reconsidérer notre choix et d’en faire un autre, que je qualifierai de plus « écologique » pour nous.

Il faut donc choisir avec le sourire et se réjouir de l’occasion qui nous est ainsi donnée d’expérimenter une nouvelle expérience de la vie.

Les 4 étapes pour savoir faire le bon choix

On peut dénombrer 4 étapes utiles dans le processus de choix :

1) Examiner la problématique. Il n’y a choix que s’il y a une problématique qui offre plusieurs possibilités qu’il va falloir exclure pour n’en conserver qu’une ;
2) Evaluer les avantages et inconvénients (pour soi) de chacune des options. Il est tout aussi pertinent d’écouter son intuition que de parler du sujet avec d’autres personnes pour recueillir leur point de vue ;
3) Choisir. C’est le moment clé, celui qui nous pousse vers une possibilité en renonçant aux autres. Choisir, c’est accepter de ne pas tout avoir, de prendre un risque et d’en assumer les conséquences, en ayant l’intime conviction que le choix que nous faisons est la meilleure des options offertes. Pour Paulo Coelho, écrivain, une activité lente est un préalable nécessaire à l’exercice d’un bon choix. Il faut ralentir et écouter sa petite voix, lui donner de l’espace et y porter toute l’attention possible ;
4) Mettre en œuvre le choix, passer à l’acte. Cette étape est indispensable. C’est celle où nous assumons réellement notre choix. À défaut, notre choix ne se matérialise pas et n’existe tout simplement pas.

Bien choisir, c’est se déculpabiliser et apprivoiser ses peurs

La voie que nous montre l’âne de Buridan est en effet la suivante : s’il n’arrive pas à choisir, l’âne ne mange pas, ne boit pas, et meurt ! Et pour choisir, il doit prendre le recul suffisant pour arbitrer entre deux désirs d’égale intensité : boire ou manger. Or, le corps ne peut résister longtemps sans boire, alors que le jeûne ne met pas immédiatement en péril la survie. Dès lors, le meilleur choix de l’âne de Buridan est bien de choisir le seau d’eau et non le seau d’avoine. Ce choix aura deux conséquences positives : il pourra survivre plus longtemps et, une fois le seau d’eau bu, il sera libéré de son choix et regardera bien différemment le seau d’avoine…

Alors, ne soyons pas des ânes, et n’ayons pas peur de choisir !

  1. « L’âne de Buridan » est une fable attribuée à Jean Buridan, philosophe du XIVe siècle.
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William Cargill
Energique, passionné et entrepreneur dans l’âme, William aime innover, sortir des sentiers battus et développer le potentiel humain. Particulièrement au fait de la spécificité du métier d’avocat (qu’il a exercé), William a pu mesurer, au travers de son parcours d’Avocat d’affaires, de chasseur de têtes, de coach et de formateur, l’importance de l’Humain dans le monde professionnel. Depuis plus de quinze années, William accompagne ses clients, en France et à l’étranger, avec pour objectif que son intervention leur permette de franchir une étape, de retrouver du confort et de développer leur potentiel. Attaché aux notions de sens et d’équilibre, il est le fondateur de Deinceps (www.deinceps.com), cabinet d’accompagnement dédié aux avocats et aux dirigeants. Formé au coaching à HEC Paris et au coaching des Organisations par François Vergonjeanne (méthode TOB), William est particulièrement sensible aux sujets touchant aux transitions. William aime voyager (notamment en Afrique), établir des ponts entre les gens et les cultures, la philosophie et pratique la plongée sous-marine.
  • Pingback: De la difficulté de choisir. Et si l’âne de Buridan nous montrait la voie ? | Juricommunication()

  • Une petite technique personnelle face au choix, issue de mon expérience: la difficulté face à un choix est moins souvent liée au choix lui-même qu’à l’idée d’accepter consciemment le renoncement à l’option que l’on a déjà écartée inconsciemment. Donc quand je sens cet inconfort en moi, je me dis « Pas de panique. Tu as déjà choisi. Il ne te reste plus qu’à acquiescer à ton propre choix. ». Et d’un coup le stress du choix diminue d’un bon cran…