La commission DJ au féminin du Cercle Montesquieu multiplie les initiatives visant à renforcer la convivialité entre ses membres, favoriser les échanges d’expériences et prendre position sur des débats de société. En cette journée internationale de la femme, retour sur le chemin parcouru depuis sa création en 2013.

Si par le passé le Cercle Montesquieu a pu apparaître comme un repère de costumes-cravates, sa commission DJ au féminin a fait voler en éclats cette image et rappelé que les directeurs juridiques sont aussi… des directrices juridiques. Créée il y a trois ans, sous l’égide de Béatrice Bihr, directrice juridique de Teva, cette entité rencontre un vif succès. « La commission a vraiment répondu à un besoin, témoigne sa fondatrice. Nous avons une soixantaine de membres inscrits et nous dépassons les 30 participantes à chacune de nos réunions depuis septembre dernier. » La commission, qui visait tout d’abord à renforcer la convivialité entre les directrices juridiques de l’association, a donc atteint son premier objectif. « Travailler à un haut niveau de management peut parfois isoler. Pouvoir échanger librement au sein de la commission explique en partie son succès » , poursuit Béatrice Bihr.

Role model et mentoring
Sa seconde mission, consistant à favoriser l’échange d’expériences, a également été remplie. Depuis sa création, la commission se réunit en effet toutes les 6 semaines pour écouter le témoignage de l’une de ses membres. « Nous sommes cadres dirigeantes, managers. Nous sommes donc nous-mêmes des « role-models » les unes pour les autres, explique Béatrice Bihr. À chaque séance, une directrice juridique est choisie au hasard pour présenter son parcours. Comme nous sommes dans un cercle fermé et bienveillant, les personnalitées se dévoilent et nous apprenons à mieux nous connaître et à nous inspirer les unes des autres » . Preuve que la transmission est une valeur cardinale à leurs yeux, les membres de la commission DJ au féminin ont également initié un programme de mentoring. Lancé en partenariat avec cinq écoles (HEC, Paris II, Head, l’école de droit de Sciences Po et Paris I – remplacé en 2016 par Paris Sud), ce dernier permet à 30 étudiantes de dernière année d’être accompagnées pendant un an par une directrice juridique. « Le but est de pouvoir répondre à toutes les questions de ces étudiantes sur le point d’intégrer le marché du travail, explique Élodie Cressol, directrice juridique d’Idex, en charge du programme. Le mentor les rencontre au minimum trois fois dans l’année, puis peut lui proposer de l’accompagner dans des réunions de services, des petits déjeuners de cabinet d’avocats, etc. Parallèlement, nous organisons plusieurs événements dans l’année avec toutes les mentees : la réunion de lancement, une visite de Microsoft et de TF1, et une réunion de la commission DJ au féminin, ainsi qu’un happy hour avec tous membres du Cercle, afin qu’elles puissent bénéficier du réseau. »

Lectures
Toujours dans un esprit d’échange intellectuel, la commission a parallèlement créé un club de lecture. « Nous nous retrouvons autour d’une rencontre thé/café une fois par mois puis, lors des réunions de commission, l’une de nous expose un livre sur le thème du jour, explique Claire Olive-Lorthioir, associate general counsel France d’Oracle. Cela apprend à chacune à communiquer et donner envie ». De L’art de la guerre pour les femmes de Chin-Ning Chu à plusieurs publications sur le coaching, en passant par La révolution du don d’Alain Caillé et Jean-Édouard Grésy ou encore Choisissez tout de Nathalie Loiseau, le comité a multiplié les découvertes littéraires autour du développement personnel. « Toutes ces lectures aident à mieux appréhender ses talents, ses faiblesses, à rester vigilantes, à avoir une meilleure connaissance de soi », reconnaît Claire Olive-Lorthioir. Le comité est par ailleurs allé plus loin en organisant des rencontres avec les auteurs et en publiant des notes sur Le Monde du droit.

Parité au sein des cabinets et des conseils d’administration
Enfin, le dernier dessein de la commission DJ au féminin étant de prendre position sur des débats de société, elle s’est, sans surprise, saisie des sujets liés à la parité hommes/femmes. Depuis deux ans, elle publie ainsi un classement des cabinets d’avocats en la matière. « Cela a créé une dynamique, suscité une prise de conscience des membres du Cercle sur les discriminations et engagé la réflexion dans certains cabinets », assure Béatrice Bihr. Par ailleurs, la commission a créé un groupe de travail sur la place des femmes juristes dans les conseils d’administration, animé par Florence Lonis, directrice juridique déléguée chez Lagardère. « Notre groupe de travail se situe dans la continuité du rapport présenté en 2013 par le Cercle Montesquieu, Skadden et l’association Femmes AAA+ sur la représentation des professionnels du droit au sein des conseils d’administration, détaille cette dernière. Nous nous sommes davantage concentrées sur la population des directeurs juridiques et plus particulièrement des directrices juridiques, en réfléchissant à leur positionnement au sein des conseils et notamment dans le cadre de la loi Copé-Zimmermann. Au sein du groupe de travail, nous avons d’abord analysé la situation et mené une revue des besoins du marché, en rencontrant plusieurs cabinets de la place spécialisés en recrutement d’administrateurs, pour identifier plus précisément les critères de sélection des candidats par les conseils et leurs comités de nomination. Nous nous sommes également penchées sur la valeur ajoutée apportée par les directrices juridiques administratrices et avons travaillé sur des outils de candidature et de mise en valeur de profils. La restitution de nos travaux en avril dernier a donné lieu à des échanges avec Jérôme Hamon et Daniel Tournier, du cabinet Egon Zehnder, sur leur retour d’expérience en matière de sélection des candidats, et au témoignage de Carol Xueref d’Essilor, sur son parcours de directrice juridique administratrice au sein de groupes internationaux. Nous avons enfin poursuivi nos axes de travail avec une séance plénière consacrée à l’intervention de Dominique Druon, du cabinet Aliath, spécialisé en gouvernance et recrutement d’administrateurs. » De quoi donner à chacune toutes les armes pour tenter sa chance.

Laurence Garnerie