Plafond de verre, écarts de rémunération, discriminations liées au sexe et à la maternité, la mise en œuvre de la parité est encore loin d’être effective dans les cabinets d’avocats d’affaires. Face à ce constat, le rapport Haeri sur « l’avenir de la profession d’avocat », présenté le 2 février au garde des sceaux, Jean-Jacques Urvoas, suggère aux cabinets de s’équiper d’outils d’autodiagnostic.

En 2016, 55,1 % des avocats de France sont des femmes contre 48,7 % dix ans auparavant

En 2016, 55,1 % des avocats de France sont des femmes contre 48,7 % dix ans auparavant, selon les statistiques de la profession d’avocat au 1er janvier 2016. Une féminisation grandissante que les cabinets d’avocats d’affaires prennent difficilement en compte. « L’avocate doit bénéficier des mêmes droits, avantages et de la même reconnaissance que l’homme avocat, ce qui implique l’impérieuse obligation pour les ordres d’y veiller et de sanctionner fermement tous les manquements », introduisent Kami Haeri, Sophie Challan-Belval, Éléonore Hannezo et Bernard Lamon, auteurs du rapport « L’avenir de la profession d’avocat », avant de constater que la parité est loin d’être respectée dans la profession. Les conditions d’exercice des femmes dans les cabinets d’affaires restent aujourd’hui une question tant du point de vue de la rémunération que du traitement accordé tout au long de leur carrière.

Les femmes sont de plus en plus en mouvement

Néanmoins, les différences avec les hommes continuent de s’accentuer. En effet, d’après le rapport 2015 de la Caisse nationale des barreaux français le revenu moyen des femmes avocates sur toute leur carrière en France « est de 51% celui des hommes ». Si leurs revenus sont plus ou moins équivalents la première année d’exercice, les inégalités ne cessent de se creuser tout au long de leur carrière. « À partir de la 8e année d’exercice, les différences entre les salaires médian et moyen sont de l’ordre de 45 % entre les hommes et les femmes, c’est une honte pour la profession », s’exclame Kami Haeri.Pourtant, « l’accès à l’association en changeant de cabinet a été davantage favorable aux femmes qu’aux hommes en 2016, ce qui est la première fois depuis 11 ans », constate Jérôme Rusak, associé du cabinet de conseil Day One. Le baromètre 2017 des mouvements dans les cabinets d’affaires établi par Day One souligne que 88 mouvements sur les 214 répertoriés en 2016, concernent une avocate. Jamais la part des femmes n’a été aussi importante puisque 33 sont devenues associées en changeant de cabinet contre 29 hommes.

20 % des femmes quittent d’ailleurs la profession 5 ans après l’avoir intégrée, contre 7 ans pour les hommes, souvent bloquées par le plafond de verre et discriminées du fait de leur sexe ou de leur maternité

20 % des femmes quittent d’ailleurs la profession 5 ans après l’avoir intégrée, contre 7 ans pour les hommes, souvent bloquées par le plafond de verre et discriminées du fait de leur sexe ou de leur maternité. Sur les 60 litiges nés l’année dernière à l’occasion d’un contrat de collaboration et dont l’Ordre des avocats de Paris a été saisi, 12 étaient liés à la maternité. Une proportion constante, qui a poussé le Défenseur des droits à se prononcer cinq fois sur les discriminations faites aux avocates. Pour la première fois, dans une décision du 25 novembre 2015, il a conclu à l’existence d’une discrimination dans la rupture d’un contrat de collaboration libérale d’une avocate qui estimait qu’un lien avec sa grossesse existait.

Les femmes sont toutes aussi productives que les hommes

Les femmes sont toutes aussi productives que les hommes, 40 % d’entre elles occupent des spécialités réputées rémunératrices

Ces disparités ne peuvent pas s’expliquer par la durée de travail des femmes. En effet, comme le souligne le rapport, reprenant une étude récemment réalisée par le Conseil national des barreaux en partenariat avec l’université de Lausanne et non encore publiée, 96 % des avocates à Paris travaillent à temps plein. Les femmes sont toutes aussi productives que les hommes, 40 % d’entre elles occupent des spécialités réputées rémunératrices, toujours d’après cette étude.

Cependant, un grand nombre de managing partners ont tendance à l’oublier. C’est pourquoi les auteurs du rapport proposent de « diffuser auprès des structures d’exercice, à travers les ordres professionnels, un Kit Diversité composé d’un outil d’autodiagnostic, ainsi que d’une information sur les contraintes juridiques liées au recueil des données de la diversité et sur les moyens de s’engager pour la parité et la diversité ». La formation est privilégiée aux sanctions. « Si la lecture du rapport permet de faire en sorte qu’un managing partner fasse le point sur la parité et la diversité dans son cabinet alors notre contribution aura servi à quelque chose », confirme Kami Haeri, associé responsable du pôle contentieux, arbitrage et pénal des affaires chez August & Debouzy. Les cabinets Baker & McKenzie et Gide ont, par exemple, mis en œuvre de tels outils. Les deux managing partners ont mis fin aux discriminations de rémunérations liées aux congés maternités et ont commencé à mettre en place une nouvelle organisation du travail.

Les habitudes ont néanmoins la vie dure. Le « Baromètre de la mixité », réalisé par le Cercle Montesquieu en partenariat avec le magazine Décideurs en 2015, deuxième édition d’un classement basé sur le principe du « name and shame », le démontre. L’un des plus mauvais élève, sur les 100 plus grands cabinets d’affaires répertoriés, comptait seulement 12 femmes sur 100 associés.

Le rapport « L’avenir de la profession d’avocat » est disponible dans son intégralité sur le site du ministère de la Justice