Philippe Portier, président de l’Association des avocats lobbyistes
Philippe Portier, président de l’Association des avocats lobbyistes

Les avocats lobbyistes essaient d’insuffler certaines idées et suggestions dans les programmes de la campagne présidentielle.

Qu’est-ce qui différencie le travail d’un avocat lobbyiste à celui d’un lobbyiste stricto sensu ?
Philippe Portier : La finalité est la même, à savoir faire prendre en compte par les producteurs de normes, la situation spécifique et les intérêts d’un ou plusieurs acteurs privés. Les techniques sont extrêmement variables, mais l’avocat lobbyiste interviendra plutôt (bien que sans exclusivité) sur les aspects techniques (argumentaires, amendements, notes) là où des lobbyistes issus des métiers de la communication seront plus sur le terrain de la mise en relation et du débat public. Mais les avocats disposent aussi, au travers du procès dit « orchestré » par exemple, de moyens spécifiques permettant d’orienter indirectement la décision publique.

Êtes-vous favorable à la création d’un registre numérique des représentants d’intérêts prévue dans la loi Sapin II ?
P. P. : Oui, car une transparence raisonnable est nécessaire à la reconnaissance et à la légitimité démocratiques du lobbying. Les entreprises françaises sont souvent moins actives, moins efficaces, en la matière que leurs concurrentes d’autres pays, surtout anglo-saxons. C’est culturel. Et pour faire évoluer cette culture, il est nécessaire de débarrasser le lobbying des motifs de suspicion qui s’y attachent. Le registre obligatoire est, avec la professionnalisation des acteurs, l’un des pivots de ce nouvel âge du lobbying, décomplexé et structuré.

Comment travaille un avocat lobbyiste dans une année 2017 riche en échéances électorales (Présidentielle, Législatives, Sénatoriales) ?
P. P. : La période est moins propice à l’élaboration de textes législatifs, mais nombre de décrets techniques sont en cours d’élaboration. Le travail est donc plus à l’échelon réglementaire que législatif. Mais en période électorale, ce qu’on essaie de faire, c’est surtout de comprendre les programmes, et, sinon les influencer (ils sont généralement trop « politiques »), du moins insuffler certaines idées et suggestions. Un exemple typique est le débat sur l’économie collaborative, qui, malgré le rapport Terrasse et bien d’autres, se livre devant les tribunaux (Heetch, Airbnb…) en l’absence d’orientation politique claire. Peu de candidats sont clairs sur leur vision du sujet…

par Frédéric Hastings

Site de l’Association des avocats lobbyistes